Publié le 31 Mars 2009

La solitude des nombres premiers

De Paolo Giordano

Titre original: La solitudine dei numeri primi

Première parution: 2008

Edition Seuil

329 pages



Quatrième de couverture : Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-mêmes ; soupçonneux et solitaires, certains possèdent cependant un jumeau dont ils ne sont séparés que par un nombre pair. Mattia, jeune surdoué, passionné de mathématiques, en est persuadé : il compte parmi ces nombres, et Alice, dont il fait la connaissance au lycée, ne peut être que sa jumelle. Même passé douloureux, même solitude à la fois voulue et subie, même difficulté à réduire la distance qui les isole des autres. De l’adolescence à l’âge adulte, leurs existences ne cesseront de se croiser, de s’effleurer et de s’éloigner dans l’effort d’effacer les obstacles qui les séparent.

 

Paolo Giordano scrute avec une troublante précision les sentiments de ses personnages qui peinent à grandir et à trouver leur place dans la vie. Ces adolescents à la fois violents et fragiles, durs et tendres, brillants et désespérés continueront longtemps à nous habiter.

 

Paolo Giordano est né en 1982 à Turin. Il prépare actuellement un doctorat en physique théorique. La Solitude des nombres premiers, prix Strega 2008, est son premier roman ; il est traduit dans de nombreux pays.

 


La solitude des nombres premiers ne parle pas de mathématiques mais décortique les sentiments de deux personnages décalés, blessés par la vie et enfermés dans leur solitude. C’est un sujet qui pourrait mener à un roman ennuyeux ou sinistre. Surtout que le roman s’ouvre sur quelques grosses ficelles comme la fille populaire forcément tortionnaire digne d’un feuilleton américain. Pourtant, la finesse de l’analyse psychologique (timidité, complexes, peur de l’engagement…) rend ce récit très agréable à lire. La façon dont Mattia et Alice se trouvent, s’éloignent et se rapprochent en permanence est dite sobrement. J’ai aimé la façon dont ils subissent parfois cette solitude, chacun rêvant à un moment ou un autre de ressembler aux autres, de s’intégrer mais finalement chacun revenant toujours à la solitude, leurs retrouvailles permettant malgré tout toujours un semblant d’ouverture à l’autre.

Je suis restée à l’extérieur, sans m’attacher aux personnages et pourtant, je me suis intéressée à eux, sans passion mais sans ennui, avec finalement l’envie de savoir si une issue était possible. Je comprenais où l’auteur m’emmenait sans avoir aucune idée de ce qui m’attendait. Ce n’est peut-être pas un roman qui me laissera un grand souvenir à long terme mais c’est une lecture agréable.


Livre proposé par 

Publié le 28 Mars 2009

Sense and sensibility

 

1981 - 174 min (7 épisodes)

Réalisé par Rodney Bennett, scénario de Alexander Baron et Denis Constanduros

D’après Jane Austen

Avec Irene Richard (Elinor Dashwood), Tracey Childs (Marianne Dashwood), Bosco Hogan (Edward Ferrars), Peter Woodward (John Willoughby), Robert Swann (Col. Brandon), Amanda Boxer (Fanny Dashwood)

 

Lorsque Henry Dashwood meurt, sa propriété passe aux mains de son fils aîné, obligeant sa seconde épouse et ses filles à trouver un logement modeste. Elinor, la fille aînée, raisonnable et respectueuse des conventions, et Marianne, passionnée, vont devoir s’adapter à un nouvel environnement et tandis que Elinor ne se fait pas d’illusions sur les conséquences de son amour pour Edward Ferrars, riche héritier, Marianne, amoureuse de Willoughby ne se préoccupe que de ses propres sentiments.

 



Seulement en anglais (sous-titres en anglais disponibles)


Il n’y a vraiment pas grand-chose à dire de cette adaptation du roman de Jane Austen. C’est certainement la version la plus fidèle au roman mais cela ne suffit pas à la rendre intéressante. L’histoire est en effet très proche du roman, il y a peu de coupes, on retrouve l’histoire mais l’ironie m’a semblée le plus souvent absente. C’est vraiment filmé au premier degré.

 

Le résultat est une mini-série molle et sans brio, très terne. La mise en scène est terriblement statique. J’ai eu l’impression de regarder la radio. On voit des efforts pourtant dans le choix des décors mais ce n’est pas suffisant pour éviter ce côté terne. Les acteurs ne sont pas mauvais mais ils manquent de chaleur, aucun n’a de charisme et ne laisse d’impression forte. L’amour que je porte à cette histoire m’a évité de ressentir l’ennui mais je ne conseille pas cette version très vieillie.

 

Evidemment, la comparaison avec les versions d’ Ang Lee et de la BBC 2008 accentue encore le manque d’ambition de cette mini-série de 1981.

Rédigé par Isil

Publié dans #DVD & Cinéma

Publié le 25 Mars 2009

Journal désespéré d’un écrivain raté

De Mary Dollinger

Première parution: 2007

Edition Jacques André Editeur « En attendant le bus »

75 pages

 


Quatrième de couverture : Difficile, la condition d'écrivain classique. De nos jours, ni Balzac, ni Stendhal, ni George Sand ne trouveraient forcément grâce aux yeux des éditeurs. Pas plus que tout autre écrivain contemporain...


Vous vous demandez pourquoi ?


Mary Dollinger, avec son humour et son (faux) flegme britanniques, s'est penchée sur ce problème.

 

Les auteurs, eux, n'en sont pas encore remis.

 


Je m’étais terriblement ennuyée en lisant Et le bébé était cuit à point. J’ai en revanche trouvé un certain charme au Journal désespéré d’un écrivain raté.

L’alternance entre les rencontres entre les auteurs classiques (Flaubert, Hugo, Maupassant…) et des éditeurs d’aujourd’hui (Anne Carrière…) et les chapitres consacrés à la tentative d’édition par un auteur actuel, Mary, est une excellente idée de l’auteur. Ça permet de bien établir le parallèle. Il y a aussi un petit suspense. Mary va-t-elle parvenir à publier entre les histoires d’à-valoir et la promotion. Le problème c’est que la longueur du récit ne permet pas de faire monter ce suspense à un point tel que la chute soit attendue avec impatience.

 

J’avoue que ce qui m’a vraiment plu, ce sont les passages dans lesquels les auteurs classiques tentent de se faire publier par des éditeurs actuels. Stendhal est trop sonné pour réagir, Zola est irréductible, Hugo y a un caractère bien affirmé, Balzac n’obtient même pas un entretien. Le chapitre le plus jubilatoire est celui qui concerne Flaubert. Madame Bovary est complètement remanié par l’éditeur, au grand désarroi d’un auteur hésitant. Du titre à la fin du roman, rien ne trouve grâce aux yeux de l’éditeur. La chute de cette partie est certainement le passage le plus drôle du livre. Ce qui est bien, c’est que Mary Dollinger a choisi des oeuvres suffisamment connues pour que le lecteur puisse apprécier les références sans avoir lu les originaux.

 

J’ai passé un bon moment en compagnie de ces écrivains et le récit est assez amusant. Il donne surtout follement envie de lire ou relire ces classiques qui malgré leurs « imperfections » paraissent encore plus appétissants.

Publié le 23 Mars 2009

Raison et sentiments

 

1995 - 136 min

Réalisé par Ang Lee, scénario de Emma Thompson

D’après Jane Austen

Avec Emma Thompson (Elinor Dashwood), Kate Winslet (Marianne Dashwood), Hugh Grant (Edward Ferrars), Greg Wise (John Willoughby), Alan Rickman (Col. Brandon), Harriet Walter (Fanny Dashwood)       

 

Lorsque Henry Dashwood meurt, sa propriété passe aux mains de son fils aîné, obligeant sa seconde épouse et ses filles à trouver un logement modeste. Elinor, la fille aînée, raisonnable et respectueuse des conventions, et Marianne, passionnée, vont devoir s’adapter à un nouvel environnement et tandis que Elinor ne se fait pas d’illusions sur les conséquences de son amour pour Edward Ferrars, riche héritier, Marianne, amoureuse de Willoughby ne se préoccupe que de ses propres sentiments.

 



Pour moi, Raison et sentiments est une adaptation quasi parfaite du roman de Jane Austen. Elle réussit à s’éloigner du livre tout en le respectant parfaitement. Emma Thompson, l’auteur du scénario, a réussi à condenser l’histoire sans en perdre grand-chose. Elle a parfaitement compris et intégré l’essence du roman. Elle n’a pas fait l’erreur de trop accentuer le romantisme même s’il y en a certainement un peu plus que dans le livre. La satire sociale et la comédie pure ne sont pas oubliées. C’est amusant et spirituel, mais c'est aussi sobre dans l'expression, comme un roman de Jane Austen.

La réalisation d’Ang Lee, subtile, sans effets trop appuyés, simple mais belle met en valeur les personnages avant tout. L’équipe d’acteurs fonctionne parfaitement (il faut dire que Emma Thompson s’est entourée de sa bande d’amis, Alan Rickman, Imelda Staunton et Hugh Laurie). Les relations entre tous les personnages sont tellement bien respectées et merveilleusement jouées que j’en ai oublié très vite qu’ Emma Thompson est trop âgée pour le rôle d’Elinor. Le duo avec Kate Winslet, parfaite Marianne, passionnée sans en faire trop, fonctionne, de même que celui qu’elle forme avec Hugh Grant, excellent en gentleman doux et emprunté, un peu plus vif que dans le roman mais qui n'en fait pas trop.


Il est rare que je sois aussi emballée par une adaptation après avoir lu le roman (en fait, aucun cas ne me vient à l’esprit). Mais pour Raison et sentiments, j’aime le film pour lui-même et pas seulement parce que c’est une adaptation. Il est respectueux mais il a sa propre identité.

 

Le film a d’ailleurs reçu quelques récompenses prestigieuses dont un Ours d’or 1996 à Berlin, le Golden Globe 96 du meilleur scénario et l’Oscar 96 de la meilleure adaptation.

Rédigé par Isil

Publié dans #DVD & Cinéma

Publié le 19 Mars 2009

Sense and sensibility

De Jane Austen

Première parution: 1811

Edition Collector’s Library

462 pages

 

Lorsque Mr Henry Dashwood meurt, sa deuxième épouse et leurs trois filles se retrouvent dans une situation financière difficile et perdent la jouissance de Norland, la demeure familiale. La propriété passe à John, le fils de la première épouse. Bien qu’il promette à son père, sur le lit de mort de ce dernier, d’aider sa belle-mère et ses sœurs, Fanny, sa femme le persuade facilement de ne rien faire pour elles. Après l’installation de John et Fanny à Norland, Elinor, l’aînée des filles, raisonnable et modérée est attirée par Edward Ferrars, le frère de sa belle-sœur mais sait que son manque de fortune et de rang la disqualifient devant la famille d’Edward.

Ne se sentant plus chez elles, les femmes de la famille Dashwood trouvent un petit cottage à louer dans le Devonshire et là, c’est Marianne, passionnée et intransigeante préfère Willoughby qui partage les mêmes centres d’intérêt qu’elle, à Brandon, sérieux et posé. Les deux se montrent imprudents dans leurs démonstrations d’affection.

 



J’ai un rapport très particulier à Jane Austen. Sans doute parce que je l’ai découverte sur le tard, il y a moins de dix ans. Dans mon esprit, Jane Austen était un auteur pour midinettes, ancêtre de la chick-lit, donc pas pour moi. Jeune, mes seules héroïnes ont été Claude du Club des cinq, puis Alia dans Dune et Ripley dans le film Alien. Autant dire que les histoires de jeunes femmes à marier ne m’intéressaient pas du tout. Jusqu’au jour où j’ai vu Emma, le film de Douglas McGrath, qui reprend les aspects les plus comiques de l’œuvre d’Austen. Là, j’ai enchaîné les romans. Non seulement j’ai adoré son œuvre mais en plus, elle m’a donné le goût des classiques anglais en général. Comme pour tous les auteurs auxquels je voue un véritable culte, j’ai beaucoup de mal à analyser mon ressenti. Mon billet sera encore une fois décousu (encore plus que d’habitude, plus exactement).

 

     Raison et sentiments, le premier roman de Jane Austen publié, est caractéristique de l’auteur. Il m’est très difficile de donner un avis sans faire une analyse de texte très scolaire (ce que je suis bien incapable de faire). Parce que c’est dans les détails qu’excelle Jane Austen. Les intrigues sont toujours très simples et Raison et sentiments ne fait pas exception à la règle. Et pourtant, derrière cette simplicité apparente, il y a une richesse de détails peu commune.

     A première vue, il s’agit du récit de deux histoires d’amour parallèles de deux jeunes femmes de bonne famille mais pauvres et de leurs péripéties vers la conquête du bonheur. Elinor et Marianne sont deux sœurs au caractère différent, la première est posée tandis que sa jeune sœur est passionnée. Mais, si ces romans ont traversé les siècles, c’est parce que c’est bien plus que cela.

     Il s’agit aussi d’une peinture très fine de la société de son temps. Et même, plus précisément, d’une petite partie seulement de la société du début du XIXe siècle. Car Jane Austen ne traite que de ce qu’elle connaît, la « gentry » de la province anglaise, déconnectée des événements extérieurs et des autres classes sociales (les servants ne font que passer, on ne sait rien d’eux). La « gentry », c’est cette classe assez difficile à définir de la petite noblesse non titrée, terrienne et rentière. Austen en accepte les valeurs mais en critique certains aspects, notamment le sort réservé aux femmes pauvres de cette petite noblesse qui doivent s‘assurer un avenir financier tant bien que mal (il leur est impossible d‘envisager une carrière professionnelle bien entendu). Il y est question d’amour mais tout autant d’argent car le mariage est pour l‘époque aussi une question d‘argent. Dans Raison et sentiments, on voit bien, en outre, que Elinor et Marianne, toutes deux cultivées, souffrent du manque d’intérêt pour les disciplines artistiques de leur entourage. Sir Middleton ne s’intéresse qu’à la chasse, sa femme à ses enfants et Mrs Jennings aux potins locaux et aux perspectives de mariage des unes et des autres. La satire sociale est très présente. 


     Austen ironise aussi sur le romantisme (elle écrit en pleine période romantique). Elle ne se moque pas du courant artistique, très présent dans le roman, mais du fait de vivre sa vie comme dans un roman, comme le voudrait Marianne avec ses grandes idées sur l’amour absolu et éternel, du haut de ses dix-sept ans. Pourtant, Marianne est un personnage romantique et passionné pour qui on éprouve de la sympathie, ce qui est assez inhabituel chez Austen. En général, les personnages cyniques, intéressés et antipathiques ont plus de chances de s’en sortir bien chez Austen que ceux qui laissent leurs sentiments l’emporter, qui sont assez généralement ridiculisés. Cela n’empêche, on ne peut que rire de l’excès permanent de Marianne en tout, comme le fait remarquer sa sœur Elinor: « It is not everyone, said Elinor, who has your passion for dead leaves ». C’est un passage qui prend d’ailleurs beaucoup de saveur après la lecture des Mystères d’Udolphe d’Ann Radcliffe où l’héroïne et son père  ne peuvent pas voir un arbre sans s’émouvoir.

 

     Ce qui est peut-être le plus exceptionnel chez Austen, et ce qui explique qu’elle est un auteur à la fois extrêmement populaire et très aimé par les universitaires, c’est que je trouve qu’on y voit ce que l’on veut. De belles histoires d’amour dans la tradition du roman sentimental ou d’excellentes comédies de mœurs très intelligentes. Et chaque lecture m’apporte une vision nouvelle de l’œuvre, très riche et qui se prête bien à l’analyse. Ce que j’aime le plus, c’est que ses personnages ne sont pas toujours décrits précisément. Ils sont caractérisés surtout par ce qu’ils disent et par leurs interactions avec les autres personnages. On peut très bien apprécier sa lecture au premier degré mais une attention plus poussée rend le tout franchement plus jubilatoire.

     Le regard d’Austen est toujours distancié mais plein d’ironie. On y passe de la romance avec des histoires d’amour contrariées à de la pure comédie avec une série des personnages ridicules (dès le début, John Dashwood et sa femme montrent leur médiocrité, leur égoïsme et leur mesquinerie dans une scène très amusante) puis à l’analyse très juste du sentiment et des relations entre les divers personnages. Les relations entre les deux sœurs sont magnifiquement exposées. Elinor représente la raison et Marianne le sentiment. Très vite, c’est le point de vue d’Elinor qui est adopté dans la narration. C’est elle la véritable héroïne alors que c’est pourtant Marianne qui est au centre de la plupart des événements importants.


     En outre, le style est d’une qualité rare, fait de simplicité et de justesse dans le choix de l’expression. En fait, les romans de Jane Austen m’ont fait regretter de ne pas avoir fait d’études littéraires qui me permettraient de mieux comprendre toutes les références car plus je m‘intéresse à la littérature du XVIIIe et du XIXe et plus je saisis des éléments nouveaux dans ses romans.

     Austen parvient à introduire du réalisme dans le courant romantique. Elle est l’écrivain de l’équilibre entre la raison et le sentiment. Elle n’aime pas la froideur et le calcul mais elle sait que l’excès de sentiment ne peut apporter que des déceptions. Et en cela, ce premier roman annonce les suivants.

 

     Raison et sentiments est mon roman de Jane Austen préféré, à l’exception de tous les autres.

Publié le 18 Mars 2009

Emjy propose un questionnaire-tag dans le cadre du challenge Jane Austen 2009. En attendant que je trouve quelque chose de brillant à dire sur Raison et sentiments:

 


1) Comment avez-vous découvert Jane Austen ?

Grâce à un cycle cinéma anglais sur TPS, il y a quelques années. J’ai découvert l’excellent Jeremy Northam dans The Winslow Boy, non moins excellent film de David Mamet. Dans ce même cycle passait aussi Emma de Douglas McGrath avec Gwyneth Paltrow. J’ai trouvé le film très drôle mais j’ai pensé que l’humour avait été ajouté à la comédie romantique de base. J’ai donc lu Emma par curiosité plutôt que par conviction et j’ai lu les cinq autres dans la foulée.

 

2) Avez-lu tous ses romans jusqu'ici ?

Oui, j’ai même lu ses six romans plusieurs fois. Je les relis régulièrement. Il ne me reste que sa correspondance à découvrir: à priori, je ne suis pas preneuse de ce genre mais en l’occurrence, connaissant l’humour d’Austen, ça doit être amusant.

 

3) Avez-vous un préféré ?

Je les aime tous. C’est toujours le dernier lu qui devient mon préféré.

 

4) Combien d'adaptations avez-vous vues ?

Beaucoup. J’ai vu 14 adaptations des six romans et quelques "hommages".

 

5) Lesquelles sont vos préférées ?

Mes préférées sont : Pride & P


rejudice BBC 1995, Sense & Sensibility 1995, Emma cinéma 1996 (la première que j'ai découverte et qui j'ai une tendresse particulière), Northanger Abbey ITV 2007 et Persuasion BBC 1995.

 

6) Et lesquelles aimez-vous le moins ?

L’horreur absolue pour moi, c’est Mansfield Park 1999 qui n’a en commun avec le roman que j’adore que le titre, la situation de départ et le nom des personnages. Je l’ai tellement détestée que je m’en suis débarrassé après un seul visionnage, ce qui ne m’arrive jamais. En général, je laisse au moins une deuxième chance. Là, c’est vraiment n’importe quoi, un grand gloubiboulga de thèmes politiques mal traités (il y est même question d’esclavage, de drogues…) avec encore moins de subtilité que chez Joe Wright. Je n’ai vraiment aimé aucune adaptation de Mansfield Park (que je pense être inadaptable sans être trahi). Les autres, même si je ne les aime pas toutes, j'y trouve toujours au moins quelques points positifs même si je n'aime pas trop Persuasion ITV ou Orgueil et préjugés 2005.

 

 

7) Avez-vous vu des films inspirés ou dérivés de son oeuvre ? (Becoming Jane, Miss Austen regrets, Coup de foudre à Bollywood, Clueless, Bridget Jones, The Jane Austen Book Club etc) Qu'en avez-vous pensé ?

Le seul que j’ai vraiment aimé, c’est Miss Austen’s regrets, qui a été une excellente surprise, un « biopic » fin et intelligent qui ne tombe pas dans les clichés et la mièvrerie habituels. J'ai bien aimé le film Bridget Jones pour ses gags visuels. Becoming Jane est beaucoup trop fleur bleu pour moi et j’ai fini par m’y ennuyer et je n’ai pas pu regarder Coup de foudre à Bollywood jusqu’au bout même si j’y ai trouvé un certain nombre de choses intéressantes. Les autres, je n’essaie même pas, ça ne m’intéresse pas.

 

7) Qu'aimez-vous le plus chez Jane Austen ?

Son style, la façon qu’elle a de ne rien prendre vraiment au sérieux. J’aime son humour et sa vision du monde : je ne partage pas cette vision complètement mais j’aime l’idée que l’on puisse être à la fois indépendant d’esprit et ne pas tout rejeter en bloc de la société. Et puis se moquer des gens en restant toujours d’une extrême politesse, c’est un peu mon idéal.

 

8) Avez-vous ce qu'on peut appeler une collection Jane Austen ? (Inclure photos si vous le souhaitez)
Pas vraiment. Mes DVDs sont pour le moment dans des sacs en papier ou des boîtes à chaussures. Quant aux livres, j’ai les œuvres en anglais et en français. J’ai quelques marque-pages mais mon addiction s’arrête vraiment à ses œuvres.



Rédigé par Isil

Publié dans #Brèves de blog

Publié le 16 Mars 2009

La magicienne

De Robert Louis Stevenson

Titre original: The enchantress

Première parution: vers 1890

Edition Rivages Poche

88 pages

 

Un gentleman désargenté aborde une jeune femme en espérant obtenir de l’argent pour régler ses dettes. Mais tout ne se passe pas comme prévu lorsque la femme lui propose un marché.

Quatrième de couverture : Tendue, nerveuse, et essentielle par les ambiguïtés autobiographiques qu'elle soulève, cette nouvelle inédite de Stevenson, retrouvée seulement len 1989 dans les archives de la Beinecke Library à Yale University, a été composée par l'auteur vers la fin de sa vie, aux îles Samoa, où il s'était installé en 1888.
L'auteur de L'Etrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde expose ici avec concision l'éventail des ambiguïtés et des duplicités humaines, à travers la relation trouble d'une jeune femme riche et d'un gentleman vagabond. Stevenson utilise toutes les ruses du dialogue classique pour mettre en scène une intrigue à la logique implacable où les mauvais sentiments et le cynisme de Miss Croft contredisent sans cesse la naïveté lyrique du narrateur. L'histoire de ce mariage mystérieusement avorté semble poser une question lancinante: toute liaison n'est-elle pas purement imaginaire ?


      Cette nouvelle a pour narrateur un jeune gentleman désoeuvré, Hatfield qui au départ a l’air conquérant mais très vite, dès l'entrée en scène de Miss Croft, les rôles traditionnels de l’homme et de la femme sont inversés. Miss Croft est sûre d’elle et un peu ironique et Hatfield est rapidement déstabilisé. C’est lui qui est du côté des émotions alors qu’elle est dans le contrôle d’elle-même et fait preuve de cynisme afin de contourner les règles de la société victorienne.

      Le style de Stevenson me plait toujours beaucoup. Les dialogues sont brillants, concis et précis. La chute est excellente. Il est rare que j’aime un récit aussi court à ce point mais celui-ci est vraiment brillant.

Merci à Fashion pour cette découverte.

« Alors vous me preniez pour un laideron stupide ? s’exclama-t-elle. Mais ça valait mieux que de me croire ingénue. »

Publié le 13 Mars 2009

Roméo et Juliette

Ciné 13 Théâtre, Paris

Jusqu’en mai 2009

www.cine13-theatre.com

 

 

Roméo + Juliette + Los Figaros

+ 3 comédiens (et c’est tout !)

+ une bande son originale (de spleen !)

+ des costumes à gogo,

+ des décors (peut-être)

+ de l’énergie à revendre,

+ de l’humour (c’est sûr)

= le mythe revisité, dépoussiéré, remixé en 1h15 chrono.

Et ne le dites à personne mais à la fin ils meurent…


Grâce à Cryssilda, qui a réussi à m’entraîner dans cette affaire plus que douteuse, j’ai vu la plus grande comédie de Shakespeare, Roméo et Juliette. Comment ça Roméo et Juliette est une tragédie ? C’est que vous n’avez pas vu la version de la troupe Los Figaros, troupe de trois comédiens seulement.

Nous y allions avec méfiance et l’esprit moqueur affûté. Parce que sur le papier, je dois avouer que nous nous étions préparées au pire. Trois acteurs pour une pièce de cette envergure ! Et nos craintes se sont confirmées à l’entrée dans la salle, à la vue consternante de trois porte vêtements à roulettes pour tout décor. Nous avons donc pris place en nous attendant à rire beaucoup. Nous ne nous étions pas trompées. Nous avons beaucoup ri. Mais nous n’avons pas ri « de » mais « avec » cette version totalement déjantée.

 

La première minute a pourtant confirmé cet à priori négatif. Parce que le jogging, la casquette et l’accent de banlieue, c’est pour moi ce qu’on peut faire de pire à ce très cher Will. Pourtant, très vite, on s’aperçoit que le pari très risqué de cette adaptation est réussi. L’alternance de l’adaptation moderne et du texte original fonctionne parfaitement. C’est même un des éléments de la comédie.

Les comédiens d’ailleurs s’en donnent à cœur joie. Ils ont beaucoup d’énergie. Comme certains rôles sont joués par les trois comédiens à tour de rôle, ils sont accessoirisés pour faciliter la reconnaissance par le public. Et les porte-vêtements réservent de grandes surprises.

Nous avons donc beaucoup ri mais le rire a aussi su laisser place à l’émotion dans les dernières scènes et dans ce registre aussi les comédiens sont excellents. Ce Roméo et Juliette est donc fort peu académique mais c’est un vrai plaisir théâtral.

Si vous aimez la comédie, les cascades, les chorégraphies et les porte vêtements à roulettes, courez-y.

 

Pour vous donner une idée de ce qui vous attend. Mais je déconseille de regarder toute la vidéo si vous avez l’intention d’y aller pour garder le plaisir de la découverte des gags.

Rédigé par Isil

Publié dans #Sorties - Voyages

Publié le 11 Mars 2009

Roméo et Juliette

De William Shakespeare

Titre original: Romeo and Juliet

Première parution: vers 1590

Edition GF – Flammarion, bilingue

275 pages

 

Quatrième de couverture : Deux anciennes Maisons d'égale dignité

Dans la belle Vérone où se tient notre scène

Font un nouvel éclat de leur antique hargne,

Le sang civil salit les mains des citoyens.

Or dans le sein fatal de ces deux ennemis

Deux amants prennent vie sous la mauvaise étoile ;

Leur malheureux écroulement très pitoyable

Enterre en leur tombeau la haine des parents.

Les terribles moments de leur amour mortel

Et l'obstination des rages familiales

Que rien sinon la mort des deux enfants n'apaisera,

Pendant deux heures nous le jouerons sur ce théâtre ;

Et si vous nous prêtez une patiente oreille,

Tout défaut, notre zèle le rachètera.

 


Femme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? J’aurais pourtant dû faire confiance à mon amour pour Shakespeare. J’aurais dû savoir que le grand Will ne pouvait pas me décevoir. Dans mon panthéon personnel, Shakespeare est au même rang que Dickens, Austen et Wilde. Et pourtant, je n’avais jamais lu Roméo et Juliette (et j’avais toujours refusé de voir des adaptations). Parce que j’avoue que l’amour passionné ne provoque au mieux, chez moi, qu’une grosse envie de rire. Alors à plus forte raison quand deux adolescents qui se connaissent depuis deux jours se jurent fidélité jusqu’à la mort et qu’ils la précipitent ensuite, je sais que ce n’est pas pour moi. Surtout que sans l’avoir jamais lu, j’avais le sentiment de connaître l’histoire par cœur.

 

Alors soit, dans Roméo et Juliette, cet aspect est présent et j’avoue que ce n’est pas l’aspect qui m’a le plus emballé. En deux jours (ou trois ?), les amants se rencontrent, se déclarent, se marient et meurent. C’est un peu trop pour moi. Mais ce n’est pas le seul aspect de la pièce. Car cette pièce, c’est aussi l’histoire d’un gâchis. Parce que Roméo et Juliette sont les victimes de querelles familiales absurdes. Et c’est suffisamment développé pour que l’histoire des amants ne vampirise pas toute la pièce. Et puis il y a des personnages dont le bon sens tempère ces moments passionnés au moyen de quelques passages merveilleusement écrits.

Car comme toujours chez Shakespeare, il y a l’utilisation magnifique de la langue. Cela demande un effort car évidemment beaucoup d’images sont désuètes mais quel plaisir au bout du compte ! J’avais d’ailleurs déjà remarqué que Shakespeare utilisait beaucoup de jeux de mots salaces mais là, c’est vraiment très flagrant.

 

Et bien sûr, Shakespeare ne serait pas Shakespeare s’il n’ajoutait pas quelques moments de comédie même dans une tragédie telle que celle-ci. Le pitre Mercutio et la nourrice de Juliette apportent des moments de rire très agréables.

 

Même si Roméo et Juliette ne sera pas ma pièce préférée à cause de son thème, j’aime tellement l’écriture de Shakespeare que j’ai pris un grand plaisir à le lire.



« 'Tis but thy name that is my enemy.

    Thou art thyself, though not a Montague.

    What's Montague? it is nor hand, nor foot,

    Nor arm, nor face, nor any other part

    Belonging to a man. O, be some other name!

    What's in a name? That which we call a rose

    By any other name would smell as sweet.

    So Romeo would, were he not Romeo call'd,

    Retain that dear perfection which he owes

    Without that title. Romeo, doff thy name;

    And for that name, which is no part of thee,

    Take all myself. »


« some grief shows much of love,

but much of grief shows still some want of wit. »

Rédigé par Isil

Publié dans #Livres - Théâtre

Publié le 9 Mars 2009

Neverwhere

De Neil Gaiman

Première parution: 1996

Edition HarperTorch

370 pages

 

Richard Mayhew est un homme quelconque mais il a bon cœur – et une vie ordinaire qui est bouleversée le jour où il aide une jeune femme qu’il trouve blessée sur un trottoir de Londres. A partir de là, il est transporté dans un monde qu’il n’avait jamais imaginé – un univers sombre qui s’étend dans des stations de métro et des égouts abandonnés, sous la ville – un monde bien plus étrange et dangereux que celui qu’il a connu.

 


     L’histoire de Neverwhere ne m’a pas transportée. Je n’ai pas été surprise par le scénario. Je devinais au fil des rencontres qui étaient le méchant, le traître… Les personnages ne sont pas originaux : un héros pas très doué affublé d’une fiancée dominatrice, Croup et Vandemar sont des mercenaires caricaturaux… Bref, j’ai souvent eu l’impression d’avoir déjà vu le film des dizaines de fois (c’est un roman au style très visuel qui m’a paru très cinématographique). Donc, si ce n'est pas désagréable à lire, ce n'est pas non plus surprenant.

 

     Ce qui fait la différence avec d’autres histoires de ce type, c’est la qualité du « décor », l’ambiance. L’imagination de Gaiman a produit un Londres souterrain à la géographie fabuleuse, pleine de trouvailles brillantes, parfois presque poétique qu’on prend un immense plaisir à découvrir. Et le sens de la formule de Gaiman fait mouche à chaque fois. C’est amusant de bout en bout. Bref, une réussite en fin de compte.

     J’ai donc passé un très bon moment avec Neverwhere même si j’ai largement préféré De bons présages (co-écrit avec Terry Pratchett).

 

« Can’t make an omelette without killing a few people. »