Publié le 30 Août 2011

L’homme au complet marronChristie-homme au complet marron.

D' Agatha Christie

Titre original: The Man in the brown suit

Première parution: 1924

Editions du Masque

252 pages

 

 

Quatrième de couverture : Londres. Un homme se tient au bord du quai du métro. Soudain, il recule et tombe sur les rails. Accident ? Suicide ? La police retrouve dans ses poches un permis de visite pour une maison à louer dans la banlieue de Londres. Le corps d'une inconnue est découvert dans une villa déserte. La villa du Moulin. Coïncidence ? Difficile à admettre. D'autant qu'en ces deux occasions, un même suspect semble s'être trouvé sur les lieux. Signalement : grand, bien bâti, bronzé, yeux gris. Autre détail : l'homme porte un complet marron...

 


Quand on est à la fois who-maniaque et fan d’Agatha Christie, l’épisode sept de la quatrième saison, The Unicorn and the wasp (Agatha Christie mène l’enquête, en français) est particulièrement jubilatoire. L’épisode est empli de référence à l’oeuvre de l’auteur puisque non seulement, des événements de la vie de Christie sont utilisés, la trame de l’épisode se base sur quelques livres mais le scénariste s’est aussi amusé à insérer dans les dialogues des personnages des titres de romans de Christie. On peut donc jouer à retrouver tous les titres.

            Comme nous sommes quelques blogueuses à partager cette double passion, nous avons décider de nous faire plaisir égoïstement entre nous en lisant ou relisant ensemble tous les romans de la grande Agatha cités dans The Unicorn and the wasp ou qui ont servis de modèle à la construction de l’intrigue. Pour ce deuxième rendez-vous, c’est L’homme au complet marron qui est à l'honneur, encore un titre que je n’avais jamais lu.challenge DW Christie3

   

         Mr. Brown m’avait séduit grâce à ses personnages, moins par son intrigue. Dans L’homme au complet marron, c’est le contraire. Si l’intrigue n’est pas à la hauteur des meilleurs Christie, je la trouve en net progrès : les ficelles sont parfois grosses et le dénouement reste prévisible mais il y a quand même des retournements de situation dignes d’intérêt et des suspects intéressants.

         En revanche, cette fois, donc, j’ai été beaucoup moins séduite par les personnages. Anne Beddingfeld avait pourtant un gros potentiel. Ses débuts sont plus que prometteurs. C’est un personnage féminin typique de l’univers d’Agatha Christie, une jeune femme moderne, ayant de l’esprit et un certain goût pour l’aventure qui la mène à se retrouver au cœur de l’intrigue. Le début du récit où Anne explique son enfance avec son père, archéologue totalement déconnecté de la réalité pratique (et les conséquences financières désastreuses qui en découlent) est particulièrement amusant. Agatha Christie a toujours mis une certaine dose de sentimentalisme dans ses romans et en général, c’est fait avec suffisamment d’humour pour que ça ne me pose pas de problème (ça m’amuse même, à vrai dire). Là, j’ai trouvé qu’à partir du moment où Anne tombe amoureuse (rien de tel que d’être désagréable avec une femme pour qu’elle vous vénère, apparemment), j’ai eu parfois le sentiment d’être à la limite du Harlequin, tant c’est poussé. Si on ajoute à ça que l’amoureux en question m’a paru le personnage le moins intéressant du roman, pour cette fois, je ne suis pas entrée dans ce jeu de l’histoire d’amour obligatoire. Ce sont finalement les autres personnages qui m’ont plu, notamment Suzanne Blair, la jeune femme riche et sûre d’elle mais malgré tout très sympathique.

 

         Même si les héros de L’homme au complet marron n’ont pas tout à fait été à la hauteur de mes attentes, j’ai découvert un roman sans temps mort, dans une ambiance exotique (cela se passe en Afrique du sud) sur fond de vol de diamants. La narration basée sur les témoignages d’Anne et de Sir Pedler, un homme politique contribue à la qualité de l’intrigue.

 

Dans l’épisode The Unicorn and the wasp, un personnage fait référence au Docteur en parlant de “l’homme au complet marron” (la scène a été coupée au montage, mais ce n’est pas ce genre de détail qui nous arrête).

Mes co-lectrices : Pimpi et Yueyin


The Unicorn and the wasp, les titres précédents:

 Mr Brown

Rédigé par Isil

Publié dans #Livres - Policiers

Publié le 28 Août 2011

McDonald - Roi du matin

Roi du matin, reine du jour

 De Ian McDonald

Titre original: King of Morning, Queen of Day

Première parution: 1991

Edition Denoël Lunes d'Encre

480 pages

 

 

Quatrième de couverture : Emily Desmond, Jessica Caldwell, Enye MacCall, trois générations de femmes irlandaises, folles pour certains, sorcières pour d’autres. La première fréquente les lutins du bois de Bridestone quand son père, astronome, essaie de communiquer avec des extraterrestres qu'il imagine embarqués sur une comète. La seconde, jeune Dublinoise mythomane, se réfugie dans ses mensonges parce que la vérité est sans doute trop dure à supporter. Quant à Enye MacColl, katana à la main, elle mène un combat secret contre des monstres venus d’on ne sait où.

 Creusant la même veine, âpre et magique, que La forêt des Mythagos de Robert Holdstock, Roi du matin, reine du jour nous convie à un incroyable voyage dans l'histoire et la mythologie irlandaises.

 

 


        Roi du matin, reine du jour est un roman qui suit le destin de trois personnages féminins à travers trois époques, trois ambiances, trois narrations et trois histoires différentes qui au bout du compte n‘en forment qu‘une, celle de l‘Irlande et de la richesse de ses mythes. Le surnaturel y côtoie le réalisme cru, ce qui le rend assez inclassable. 

 

La première partie, Craigdarragh, nous plonge dans l’Irlande de 1913 (l’époque du Home Rule, qui devait donner son autonomie au pays occupé par les Anglais). Le récit se présente sous forme épistolaire. Le lecteur suit l’histoire à travers les journaux intimes ou la correspondance des personnages. Les points de vue se succèdent donc, laissant jusqu’au bout planer une forme de doute entre l’explication surnaturelle et celle psycho-scientifique. Alors que ses parents la négligent (son père scientifique et sa mère passionnée de poésie, sont trop pris par leurs occupations), dans la grande demeure familiale, Emily s’enferme peu un peu dans un monde peuplé de créatures surnaturelles sorties tout droit du folklore irlandais (même si certaines références peuvent paraître plus anglaises comme un passage faisant fortement penser à l‘affaire des fées de Cottingley). La présence de Yeats (guest star de choix) plane sur toute cette partie qui se passe dans une région qui lui était chère et qui est souvent présente dans sa poésie. Mais ce n’est pas qu’un accessoire, McDonald donne l’impression d’avoir vraiment travaillé et pensé son roman dans le moindre détail. Yeats est à la fois le symbole du nationalisme irlandais du début du vingtième siècle, de la Renaissance littéraire irlandaise (mouvement qui a contribué à revaloriser la culture et les mythes irlandais) et était très attiré par l'ésotérisme, sa présence dans ce roman qui mêle l‘histoire de l‘Irlande au fantastique semble donc tout à fait naturelle. 

 

Pour la seconde partie, Le front des mythes, on fait un saut en 1930. L’Irlande est coupée en deux, l’Eire est indépendante et sort d’une guerre civile. La lutte armée continue avec l’IRA. C’est dans ce contexte que vit Jessica, menteuse patentée qui vit ses fantasmes plutôt que d’assumer une histoire douloureuse et refoulée. La narration est classique (la majeure partie du récit est à la troisième personne avec l’utilisation de la première personne pour un personnage récurrent) C’est la partie que j’ai préférée, pour ses éléments fantastiques très riches et pour son propos, sur la guerre, le rôle des mythes dans la construction d‘un pays, l‘ennemi qui est souvent intérieur (« L’Enfer c‘est soi »)... 

 

La troisième partie, Shekinah, se passe en 1990, en plein boom économique de l’Irlande. D’ailleurs, Enye est une femme moderne qui travaille dans la pub à Dublin. Mais la nuit, elle part à la poursuite de monstres, armée de ses sabres japonais et de son PDA. Ce mélange entre modes actuelles et mythes (qui s‘adaptent à l‘époque), lié à une narration qui fait des allers-retours dans le temps (de façon tout à fait bien maîtrisée) fonctionne parfaitement et ne perd pas le lecteur. La fin ne déçoit pas.

 

Roi du matin, reine du jour est un roman prenant qui allie une maîtrise parfaite d’un sujet et d’une forme ambitieuses (sans tomber dans l’excès) et la beauté de l'histoire racontée. Ça se lit toujours avec plaisir, on est très loin du pensum de l’auteur qui sous prétexte d’exigence se regarde écrire. Au contraire, Ian McDonald (ou tout au moins son traducteur) a un style très abordable. Qu’on connaisse les références culturelles ou pas (j’en ai certainement raté beaucoup, surtout dans la troisième partie), on suit l’histoire sans difficulté. Il n’y a pas de moments creux, c’est plein d’inventivité tout en réutilisant le pot commun des mythes, nommé ici le Mygmus, « domaine du symbolisme potentiel infini », sorte de matrice dans laquelle se retrouve tout l’imaginaire collectif issu du psychisme humain. Roi du matin, reine du jour est un excellent roman, à lire absolument.

 

Lecture commune avec Efelle (a-t-il autant aimé que moi?)


« Comment ce qui n’a jamais véritablement existé pourrait-il mourir? Ce n’était qu’un fruit de ton imagination prélevé dans le Mygmus pour se voir accorder une existence éphémère. Tout comme moi, d’ailleurs. J’ai de tout temps existé… le jeune guerrier héroïque, le protecteur et libérateur de son peuple destiné à mourir en pleine fleur de l’âge. J’étais présent bien avant que l’homme ne commence à accorder de l’importance à son histoire. J’ai été Scriathach l’homme-loup et la Flamme de la forêt. J’ai été Cuchulain le chien de meute et Diarmuid l’amant qui a trouvé la mort sur cette montagne.[…] le jeune guerrier-héros d’une nation nouvelle… un idéal impérissable. On dit qu’il n’y a en ce siècle pas de place pour les héros, pour les mythes et les légendes, mais la nature des hommes est immuable. »

Publié le 25 Août 2011

C'est Chiffonnette qui le dit,

Jeudi citation

 

Un peu de teasing avant le billet de dimanche:

"Deux nations corrompues", ajouta-t-il en se vautrant sur le versant de cette colline irlandaise chauffée par le soleil, le regard rivé vers une contrée située quant à elle au-delà des flots. "Et je redoute que tous les hommes, femmes et enfants des deux camps ne doivent finalement régler le prix de la compromission. La tragédie de deux nations dont les fondations ne reposent sur rien de plus solide que des mythes. Les mythes, mon cher Gogo. On ne peut pas ériger un pays sur ce qui est immatériel, pas plus qu'on ne peut nourrir ses enfants de belles paroles. Il est impossible de moudre les légendes pour les réduire en farine. Elles ne peuvent apporter une pluie bienfaisante ni être brûlées pour repousser la froidure hivernale. Ne comptez pas sur elle pour vous réconforter lorsque vous serez vieux, quand vous vous sentirez seuls, quand vous connaîtrez la peur ou le besoin.

Ian McDonald - Roi du matin, reine du jour 

Rédigé par Isil

Publié dans #Citations du jeudi

Publié le 18 Août 2011

C'est Chiffonnette qui le dit,

Jeudi citation

 

Un peu d'économie solidaire (1):

Si ton bistrot y marche, c'est par la volonté d'une poignée d'hommes!  (2)*

Pilier de bar anonyme, 1997, recueilli par Jean-Marie Gourio

 

(1) En hommage à celles qui soutiennent l'économie à leur façon.

(2) Et de femmes, devrait-on ajouter 

* Notes de bas de page et notes de notes, copyright Walter Scott. 

 

Rédigé par Isil

Publié dans #Citations du jeudi

Publié le 4 Août 2011

C'est Chiffonnette qui le dit,

Jeudi citation

 

Un peu de poésie:

"Turning and turning in the widening gyre
The falcon cannot hear the falconer;
Things fall apart; the centre cannot hold;
Mere anarchy is loosed upon the world,
The blood-dimmed tide is loosed, and everywhere
The ceremony of innocence is drowned;
The best lack all conviction, while the worst
Are full of passionate intensity."


"Tournant, tournant dans la gyre toujours plus large,
Le faucon ne peut plus entendre le fauconnier.
Tout se disloque. Le centre ne peut tenir.
L’anarchie se déchaîne sur le monde
Comme une mer noircie de sang : partout
On noie les saints élans de l’innocence.
Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires
Se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises."

William Butler Yeats - The second coming (Traduction de Yves Bonnefoy)

Rédigé par Isil

Publié dans #Citations du jeudi