Publié le 30 Novembre 2008

Erewhon

De Samuel Butler

Titre original: Erewhon

Première parution: 1872

Edition Penguin Classics

270 pages

 

 

1870, un homme, gardien de moutons, est intrigué par une chaîne de montagnes qui semble infranchissable. Il espère trouver là de nouveaux pâturages pour s’établir à son compte ou de l’or. Mais il va découvrir une civilisation inconnue, Erewhon, coupée du monde et ayant ses règles et ses lois.

 

 


     La fan de Dune que je suis ne pouvait qu’être intriguée par la quatrième de couverture d’un auteur qui se nomme Butler et où il est question d’interdiction des machines. Le jihad butlerien d’Herbert, qui frappe d’interdit l’ordinateur, ne peut être une coïncidence, il a dû s’en inspirer pour son œuvre.

 

     Erewhon  est l’anagramme de « nowhere » (nulle part), dont le grec a servi à créer le mot « utopie ». Erewhon est dans la lignée des voyages de Gulliver de Swift. C’est en réalité une satire de la société victorienne, une critique de ses certitudes et de son hypocrisie. Mais là où l’utopie traditionnelle utilise la critique pour envisager un monde meilleur, Butler ne se fait guère d’illusions. En fait, il commente sans apporter d’alternative. Erewhon est considéré comme la première dystopie ( ou contre-utopie). Dans ce monde, il n’y a pas de société idéale. On juge un homme à sa beauté, la maladie et l’argent sont des enjeux importants de la société erewhonienne. L’hypocrisie sociale est un mode de vie, l’euphémisme est de mise pour éviter les sujets délicats. En outre, les habitants ne croient de toute évidence pas à tout ce qu’ils professent et il n’est pas admis de sortir du lot, c'est-à-dire d’avoir une pensée propre (ou tout au moins de la mettre en pratique). Butler va même plus loin en inversant les valeurs morales. Si vous détournez des fonds, on vous soigne et on vous réhabilite tandis que si vous êtes malade, vous êtes un criminel et la récidive est passible de la peine de mort.

 

     Le sujet est donc très intéressant et porte à la réflexion mais hélas, la lecture en est très fastidieuse. D’abord, c’est daté sur certains thèmes, la religion par exemple. D’autres heureusement restent plus d’actualité. Mais surtout, l’écriture est très plate. Les personnages n’ont aucune substance, ne dégagent aucune vie. Même le héros narrateur n’a aucun intérêt. Il est donc très difficile d’entrer dans le récit si l’on n’est pas très intéressé par l’époque. Le récit n’en est pas un puisqu’il ne se passe rien. C’est une succession de chapitres descriptifs sur un thème : les erewhoniens face à la maladie, face à la religion, face aux machines (avec un parallèle avec la théorie darwinienne qui sert à développer d’autres thèmes…)

 

     J’avoue avoir failli abandonner. J’ai même lu quelques chapitres en pensant à ma liste de courses. Heureusement, les derniers chapitres, à partir de la vision du monde universitaire est devenu plus attractif et même, la fin n’est pas sans humour avec l’hypocrisie d’une société végétarienne par obligation mais qui aime la viande, ce qui entraîne un taux de suicide très important chez les animaux (il est interdit de tuer un animal mais on peut manger ceux qui sont morts). Malgré l’intérêt que j’ai pu porter à certaines parties, cette lecture m’a été trop pénible pour que je puisse dire que j’ai aimé. Erewhon mérite peut-être une lecture, ne serait-ce que parce que c’est un des livres fondateurs d’un genre, mais il demande beaucoup de courage. Cela ressemble parfois plus à un essai qu’à une œuvre littéraire.

 

Ce roman est traduit en français chez L’Imaginaire Gallimard.

 

 

Citation à propos des machines (en lien avec la théorie de Darwin) :

“There is no security”—to quote his own words—“against the ultimate development of mechanical consciousness, in the fact of machines possessing little consciousness now.  A mollusc has not much consciousness.  Reflect upon the extraordinary advance which machines have made during the last few hundred years, and note how slowly the animal and vegetable kingdoms are advancing.  The more highly organised machines are creatures not so much of yesterday, as of the last five minutes, so to speak, in comparison with past time.  Assume for the sake of argument that conscious beings have existed for some twenty million years: see what strides machines have made in the last thousand!  May not the world last twenty million years longer?  If so, what will they not in the end become?  Is it not safer to nip the mischief in the bud and to forbid them further progress?

“But who can say that the vapour engine has not a kind of consciousness?  Where does consciousness begin, and where end?  Who can draw the line?  Who can draw any line?  Is not everything interwoven with everything?  Is not machinery linked with animal life in an infinite variety of ways?  The shell of a hen’s egg is made of a delicate white ware and is a machine as much as an egg-cup is: the shell is a device for holding the egg, as much as the egg-cup for holding the shell: both are phases of the same function; the hen makes the shell in her inside, but it is pure pottery.  She makes her nest outside of herself for convenience’ sake, but the nest is not more of a machine than the egg-shell is.  A ‘machine’ is only a ‘device.’”

Publié le 24 Novembre 2008

La Dame en blanc

De Wilkie Collins

Titre original: The woman in white

Première parution:

Edition Phébus Libretto

554 pages

 

Walter Hartright, professeur de dessin est engagé par Mr Fairlie pour donner des cours à sa pupille et nièce, la belle Lucy. Avant de quitter Londres, Walter rencontre une mystérieuse femme vêtue de blanc et qui se comporte de façon très étrange. Il comprend rapidement que cette femme est liée à la famille Fairlie et qu’il y a un mystère autour de Sir Percival, qui tourne autour de la famille.

 

Quatrième de couverture : Les Français avaient oublié ce roman, ancêtre de tous les thrillers, qui fascinait Borges et rendit jaloux Dickens (roman publié ici pour la première fois en version intégrale). Il nous révèle une sorte de " Hitchcock de la littérature " : suspens, pièges diaboliquement retors, terreurs intimes, secrètes inconvenances - rien n'y manque. Pourtant le chef-d'oeuvre de Collins n'a jamais cessé d'être dans les pays anglo-saxons un succès populaire : l'un des plus sûrs moyens, en tout cas, d'empêcher l'innocent lecteur de dormir. 

 


     Différents narrateurs se succèdent pour raconter les événements qui entourent la jeune et belle Lucy Fairlie. Chacun s’exprime en fonction de son caractère et certains passages sont assez amusants à suivre parce que ces portraits subjectifs se répondent. Lucy Fairlie et la Dame en blanc sont les personnages centraux du roman mais ne sont vues qu’à travers le regard des autres et sont assez passives. C’est la demi sœur de Lucy, Marian Halcombe, une héroïne intelligente, dynamique et active qui travaille à la sauver, de même que Walter Hartright, le professeur de dessin.

 

     Sur le fond, les événements se succèdent dans un véritable labyrinthe de tenants et d’aboutissants. Qui est la dame en blanc? Quel est son lien avec Sir Percival? Quel est le rôle exact de son acolyte le comte Fosco? Il y a beaucoup de rebondissements. On peut prévoir la fin assez facilement mais l’intérêt du suspense tourne plutôt sur le fait de savoir comment les personnages vont s’en sortir. C’est une lecture très prenante, malgré le sens du détail très développé de l’auteur qui peut parfois ralentir l’action sur des dizaines de pages. Mais en règle générale, le récit est vif et haletant et se dévore.

 

     En plus du roman à suspens particulièrement efficace, Collins manie l’humour pour se moquer de certains aspects de la société victorienne, de l’étroitesse d’esprit, des conditions de mariage. Lucy est sacrifiée sur l’autel de la tranquillité d’esprit du médiocre Mr Fairlie et n’a aucun moyen de se défendre parce qu’il n’a pas jugé bon de protéger ses intérêts.

 

     J’avais eu une première rencontre très décevante il y a quelques années avec Le journal d’Anne Rodway, un recueil de nouvelles. Ici, je suis beaucoup plus convaincue grâce à cet excellent divertissement où perce souvent l’ironie, au point que je lirai certainement d’autres romans de Collins.

 

Mr Fairlie dans toute sa splendeur:

« Il n’y a, grâce à Dieu, pas d’enfants dans la maison, mais les domestiques, qui sont nés sans nerfs, sont capables d’en ramener du village. Quels affreux marmots ! Mon Dieu, monsieur Hartright, dois-je vous l’avouer, je désire fortement une réforme dans la constitution des enfants. La seule pensée de la nature semble avoir été d’en faire des machines à produire du bruit. La conception de notre délicieux Raphaël est autrement préférable.

Ce disant, il montrait les chérubins de l’école italienne, la tête appuyée sur les nuages.

- Une famille modèle ! continua-t-il. Des visages délicieusement potelés, entourés de jolies ailes et rien d’autre. Pas de sales petites jambes qui courent et pas de poumons qui crient. Quelle constitution supérieure à celle d’aujourd’hui ! »

Publié le 21 Novembre 2008

Lamousmé vous invite à rejoindre le "Club des lecteurs perdus" de la librairie Neverland chaque dernier vendredi du mois de 19 h à 21 h. Vous pourrez-y partager vos dernières découvertes de lectures, sur un thème donné, durant un moment de convivialité.

Vendredi 28 Novembre , le thème de départ sera:

Lectures d'Automne
 

Publié le 17 Novembre 2008

Silas Marner

De George Eliot

Titre original: Silas Marner, the weaver of Raveloe

Première parution: 1861

Edition Collector’s Library

263 pages

 

Après avoir été injustement accusé de vol, le tisserand Silas Marner vit isolé pendant quinze ans, reclus chez lui, à tisser et à amasser de l'or. Le vol de son trésor le pousse à renouer avec les autres habitants du village de Raveloe, où il vit. Jusqu'à ce qu’un petit enfant abandonné entre dans sa vie…



     Cette histoire de tisserand déçu par l’humanité, qui va vivre renfermé sur lui-même avant de trouver la rédemption grâce à un enfant trouvé me laisse un sentiment mitigé.

J’ai aimé des scènes qui auraient dues me paraître interminables, comme les dix pages où les habitants du village sont réunis dans le pub et discutent, conversations banales de villageois, qui partent de l’achat d’une vache pour arriver aux fantômes. Et là, Eliot arrive à retomber sur ses jambes en revenant à l’histoire de façon subtile.

Mais ce type de long passage descriptif est un peu le problème de ce roman, en fait. C’est une belle description de la vie d’un village au milieu du XIXe siècle mais l’histoire, trop peu développée, n’a pas réussi à m’intéresser. J’avoue même avoir été perdue par moment parce qu’il est question de points de religion que je n’ai pas compris, les nuances étant trop subtiles pour ma méconnaissance des courants religieux.

     Seul le personnage de Godfrey Cass, le Squire, personnage en permanence indécis et que son frère fait chanter puis qui a des problèmes de couple, a provoqué un peu d’intérêt chez moi. Comme cela prend de l’importance au fil du roman, la fin m’a un peu réconciliée avec l’ensemble mais ça reste avant tout une déception. Trop de scènes descriptives m’ont ennuyée et m’ont laissé un peu en retrait. Ce sentiment est d’autant plus fort que je ne m’imaginais pas du tout ne pas aimer puisque j’ai adoré Middlemarch. Enfin, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé. Je l’ai lu sans trop de difficultés mais sans réel plaisir non plus. L'écriture est certainement très bonne mais donne peu d'émotion. Je ne conseille pas de découvrir Eliot avec cette œuvre pourtant courte.


« No one knew where wandering men had their homes or their origin; and how was a man to be explained unless you at least knew somebody who knew his father and mother? To the peasants of old times, the world outside their own direct experience was a region of vagueness and mystery: to their untravelled thought a state of wandering was a conception as dim as the winter life of the swallows that came back with the spring; and even a settler, if he came from distant parts, hardly ever ceased to be viewed with a remnant of distrust, which would have prevented any surprise if a long course of inoffensive conduct on his part had ended in the commission of a crime; especially if he had any reputation for knowledge, or showed any skill in handicraft. All cleverness, whether in the rapid use of that difficult instrument the tongue, or in some other art unfamiliar to villagers, was in itself suspicious: honest folk, born and bred in a visible manner, were mostly not over-wise or clever—at least, not beyond such a matter as knowing the signs of the weather; and the process by which rapidity and dexterity of any kind were acquired was so wholly hidden, that they partook of the nature of conjuring. In this way it came to pass that those scattered linen-weavers—emigrants from the town into the country—were to the last regarded as aliens by their rustic neighbours, and usually contracted the eccentric habits which belong to a state of loneliness. »

Publié le 14 Novembre 2008

En attendant le Victorian Christmas Swap, voici un panorama non exhaustif de la peinture britannique sous le règne de la reine Victoria:  

Lamousmé, si là tu n'es pas contente, je ne peux pas faire plus. A défaut d'aimer la peinture de Rossetti, j'ai fait des efforts sur les portraits de lui.J'engage d'ailleurs à fouiller chez Lamousmé et La Liseuse pour trouver des oeuvres des peintres de l'époque, surtout les préraphaélites, le courant le plus important de l'ère victorienne même s'il ne dura qu'une dizaine d'années.

Celui que j'apprécie le plus n'est pas un préraphaélite, il s'agit de John William Waterhouse (1849-1917), même si je préfère sa période post-victorienne.

John William Waterhouse, The Shrine
1895, Huile sur toile, 42 × 88, Christopher Wood Gallery

Rédigé par Isil

Publié dans #Pinacothèque

Publié le 13 Novembre 2008

Rendez-vous chez Madame Charlotte qui propose la carte des LBF, les Lecteurs Blogueurs Francophones. L'idée est de visualiser où les uns et les autres, nous nous situons ! Peut-être découvrirez-vous un blogueur près de chez vous!
Pour en savoir plus et vous inscrire, c'est chez Madame Charlotte.

Pour consulter la carte, c'est ici:
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Rédigé par Isil

Publié le 11 Novembre 2008

La Sorcière de Salem

De Elizabeth Gaskell

Titre original: Loïs the witch

Première parution: 1861

Edition José Corti

210 pages

 

En 1691, à la mort de ses parents, Loïs Barclay, jeune anglaise de 18 ans, rejoint la famille de son oncle en Nouvelle-Angleterre, à Salem. Elle va être confrontée au puritanisme exacerbé qui va conduire à une effroyable chasse aux sorcières.

 


Elizabeth Gaskell dont je suis une grande fan depuis ma découverte de Nord et Sud, écrit une novella, un récit court mais excellent en partant d’une histoire vraie, celle de la paranoïa collective qui s’empara de la petite ville de Salem à la fin du XVIIe siècle et qui conduisit à l’arrestation de 200 personnes pour sorcellerie et à la pendaison d’une vingtaine d’entre elles. Gaskell parvient à réunir tous les ingrédients qui vont conduire à cette horreur. La famille de Loïs est exemplaire du point de vue d’un puritanisme exacerbé, de l’ambiance de peur qui règne (à juste titre certainement parfois puisqu’ils se sentaient acculés entre les pirates, les Indiens et les papistes et autres adversaires religieux qui avaient provoqués leur fuite d’Europe). A ces menaces vont s’ajouter l’exaltation et le désir refoulé, la jalousie et la méfiance face à l’étranger. Le résultat va conduire à une situation terrible.

Gaskell décrit avec sa subtilité coutumière une atmosphère malsaine où vont naître la suspicion généralisée et l’hystérie collective. Le seul petit bémol, c’est que l’ouvrage est très bien documenté et qu’à une ou deux reprises, on sent trop le copié/collé mais c’est vraiment bénin et le récit est si poignant que ça n’entache en rien le plaisir de la lecture. C’est magnifique. A lire.

 

« Loïs savait bien que rien – l’instinct pas plus que la raison – ne pouvait empêcher que la panique appelle la lâcheté et la lâcheté la cruauté. »

 

Mes autres chroniques pour l’auteur :

- Mary Barton
- Cranford

- Lady Ludlow

- Mr Harrison’s confession 

Publié le 7 Novembre 2008

La Marque

Kushiel, tome 1

De Jacqueline Carey

Titre original: Kushiel’s dart

Première parution: 2001 (prix Locus du premier roman 2002)

Edition Bragelonne

716 pages 

 

Quatrième de couverture : Vendue par sa mère alors qu’elle n’était qu’une enfant, Phèdre nó Delaunay apprend l’histoire, la théologie, la politique, quelques langues étrangères et les arts du plaisir dans la demeure d’un haut personnage de la noblesse, pour le moins énigmatique. Courtisane accomplie et espionne de talent, rien ne paraît la destiner à connaître un destin héroïque. Pourtant, lorsqu’elle découvre par hasard le complot qui pèse sur sa patrie, Terre d’Ange, elle n’a d’autre choix que de passer à l’action. Commence alors pour elle une aventure épique et déchirante, semée d’embûches qu’elle doit toutes surmonter pour sauver sa terre et son peuple.

 

Le chef-d’œuvre de la Fantasy érotique enfin traduit en français. Entre Terry Goodkind, Robin Hobb et George R.R. Martin, une fresque riche et flamboyante, « un roman historique contant une histoire qui n’a jamais eu lieu » selon le mot de l’auteure.

 

Récit plein de grandeur, de luxuriance, de sacrifice, de trahison, d’insondables infamies et de conspirations machiavéliques, La Marque dévoile un monde de poètes vénéneux, de courtisans assassins, de monarques trahis et assiégés, de seigneurs de guerre barbares, de traîtres grandioses… vu par les yeux d’une héroïne comme vous n’en avez jamais rencontré et que vous n’oublierez jamais


     Quand cette histoire de prostituée qui aime la douleur m’a été présentée, ma première réaction a été la méfiance. Ne pas tomber dans la vulgarité ou le glauque avec un tel sujet demande un talent non négligeable. Le masochisme ne m’intéresse vraiment pas, la littérature érotique finit souvent par me sembler assez grotesque et le récit à la première personne aurait pu me gêner doublement en ces circonstances. J’ai donc entamé ma lecture pour me « débarrasser » et je dois dire que j’ai complètement revu mon jugement. L’érotisme réussit à ne jamais tomber dans la vulgarité, ça reste très sobre et élégant malgré la violence de la sexualité de Phèdre.

 

     Quant à l’histoire, elle ne se contente pas d’explorer la sexualité particulière de l’héroïne. Au contraire, complexe, dense, riche, elle est captivante. J’ai moins pensé à Hobb ou à Martin qu’à Guy Gavriel Kay. Comme "les lions d’Al-Rassan", Kushiel se déroule dans un monde imaginaire mais prend autant ses sources dans le roman historique que dans la fantasy. Le monde décrit par Carey ressemble beaucoup à notre Renaissance, mâtinée de périodes plus anciennes, avec les Skaldiques (proches des peuples germaniques) ou les Cruithnes (ressemblant aux Irlandais celtes). J’ai d’ailleurs été frappée de retrouver dans les manières guerrières des Cruithnes des analogies avec ma lecture du récit mythologique "la Razzia des vaches de Cooley", par exemple, la méthode peu stratégique des batailles. Dans ce monde très développé, on assiste à des intrigues de cour, des complots palpitants, qui amènent leur lot d’action mais assez peu de grandes batailles épiques.

 

     Ce n’est pas une lecture si facile que cela, les informations et les personnages y sont nombreux. Il est rare que je consulte un dictionnaire lorsque je lis de la fantasy. J’ai appris un nouveau mot : « algolagnie » (Expression pathologique d'une douleur voluptueuse). En outre, j’avais plaisir à essayer de trouver des analogies avec les différents pays et peuples d’Europe. La lecture en fut donc assez lente mais très agréable. L’écriture est belle, délicate même (voire pompeuse dans certains passages trouveront certains), totalement en accord avec l’ambiance générale, les intrigues, l’érotisme. Ce dernier, utilisé à petite dose et à bon escient, s’efface peu à peu pour laisser place à l’intrigue. Phèdre est un personnage complexe et attachant car sa faculté à éprouver du plaisir dans la douleur peut s’accompagner d’un sentiment de culpabilité et chaque étape franchie se paie au prix d’une grande perte. Elle est entourée de personnages tous intéressants : ses amis Alcuin et Hyacinthe, un Tsingano au don de voyance ; Joscelin, un moine guerrier ; et bien sûr Delaunay son maître. Même les méchants sont réussis.

    
     Attention cependant, l’auteur s’attache beaucoup au détail et les amateurs d’action pure y trouveront peut-être moins leur compte. En revanche, ceux qui aiment que l’action se déroule dans un monde construit et crédible devraient aimer. J’y ai trouvé quelques petites longueurs surtout dans la période d’initiation de Phèdre puis aux deux tiers du roman mais c’est malgré tout un excellent roman de fantasy, peut-être un des meilleurs que j’aie jamais lus (ce n’est pas mon genre de prédilection), surtout par son écriture. D'ailleurs, j'ai découvert après ma lecture que ce roman avait obtenu le prix Locus du premier roman.

Publié le 5 Novembre 2008

Avec Cryssilda et Lou, les organisatrices de choc du Victorian Christmas swap, je passe en mode victorien, grâce à une pal victorienne débordante. Mes prochaines lectures seront victoriennes ou ne seront pas. J'ai deux billets en attente sur "La Sorcière de Salem" et "Silas Marner" et je commence ma série avec "La dame en blanc" de Wilkie Collins. Suivront des oeuvres différentes car la littérature victorienne qualifie une époque et non un genre.

J'ai en plus concocté une petite page sur le roman anglais du 19è siècle, ce qui permet de Littérature anglaise du XIXè, Brontë et les autres...replacer les auteurs victoriens dans le siècle. Vous pouvez la trouver en cliquant sur Charlotte Brontë dans la colonne de gauche de la page d'accueil ou ici.


Et en attendant le Victorian Christmas swap,
patientez avec un peu de musique victorienne... ou pas

Découvrez Sir Edward Elgar!

Prière de ne pas se jeter sur une batte de base ball!

Découvrez Uriah Heep!

Seul un des morceaux est d'un compositeur victorien. Devinez lequel.
Quel est le rapport de l'autre avec le thème? A vous de deviner.

En tout cas, les victoriens me poursuivent car c'est en découvrant les noms figurant sur la bande musicale de la série Life on Mars que j'ai découvert un groupe. Quant à l'autre, je le connaissais sans savoir que le musicien appartenait à l'époque victorienne.

Rédigé par Isil

Publié dans #Swap

Publié le 3 Novembre 2008

L’Appel de la lune 

Mercy Thompson, tome 1

De Patricia Briggs

Titre original: Moon called

Première parution: 2006

Edition Milady

385 pages

 

 

Quatrième de couverture : « Les loups-garous peuvent être dangereux et ont un talent extraordinaire pour dissimuler leur véritable nature aux yeux des humains. Mais moi, je ne suis pas tout à fait humaine. »

 

En effet, Mercy Thompson n’est pas une fille des plus banales. Mécanicienne dans le Montana, c’est une dure à cuire qui n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis et à sortir les griffes quand le danger frappe à sa porte.

Mais ce n’est pas tout : son voisin si sexy est le chef de meute d’une bande de loups-garous, le minibus qu’elle bricole en ce moment appartient à un vampire, et la vieille dame très digne qui lui rend visite vient jeter des sorts sur son garage.

Au cœur de ce monde des créatures de la nuit, Mercy se trouve mêlée à une délicate affaire de meurtre et d’enlèvement…

 


La bit-lit arrive en force. Il s’agit d’un genre qui mêle généralement romance et créatures fantastiques. Ma première expérience du genre avec Fascination ne m’a pas convaincue, il faut dire que c'est plus une histoire d'amour absolue entre adolescents qu'une histoire de vampires. Mais comme on m’a offert celui-ci, je m’y suis à nouveau lancée et comme le sujet de départ semblait très différent, je l'ai fait sans arrière-pensée.

L’appel de la lune est un thriller chez les loups-garous. Il y a des coming out de créatures fantastiques, des complots, des enlèvements, des expériences secrètes et un vampire fan de Scoubidou. J’ai bien aimé le détournement de symbole religieux en matière de lutte contre les vampires et la référence amusante à l’ail.

Le style est assez pauvre mais c’est assez efficace. Toute la partie poursuite et enquête m’a bien plu et la fin est réussie mais pendant toute une partie, j’ai trouvé ça un peu mou. C’est plus un prétexte pour expliquer le fonctionnement de la société des loups-garous, société archaïque, misogyne et souvent homophobe (pas toujours facile d’être un individu chez les loups-garous) qu’une véritable partie de l’intrigue. Et puis je me suis rapidement lassée des jeux de domination et des montées permanentes de testostérone des mâles dominants. Mais Mercy est loin d'être passive et ne se laisse pas faire et comme elle est capable de courir sans se prendre les pieds dans le tapis (je sais je m'acharne sur Bella mais je ne peux jamais résister), ce qui se révèle fort utile pour fuir un loup-garou teigneux quand on n'a pas de super pouvoirs. Donc, on a plutôt plaisir à la suivre. En revanche, j'ai trouvé que, à part Mercy, ça manquait de personnages intéressants, certains sont même très clichés: le chef sexy, l'homo sympa... 

     Je n’achèterais jamais ce genre de livre et je ne lirai pas la suite mais je dois dire que je ne me suis pas ennuyée. Le côté romance du genre est beaucoup moins présent que l’action ce qui me l’a rendu assez agréable même si je n'ai pas non plus été emballée parce que c'est très léger et le dénouement, sans être décevant ou particulièrement attendu ne m'a pas bluffé. Les amateurs du genre  devraient néanmoins aimer.