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Publié le 15 Octobre 2011

Il nome della rosaEco-Nome della rosa

De Umberto Eco

Première parution: 1980

Edition Bompiani

533 pages

 

En novembre 1327, dans un contexte politique et religieux instable, Guillaume de Baskerville, moine franciscain et Adso de Melk, novice bénédictin qui lui sert de secrétaire, arrivent dans une abbaye bénédictine du nord de l’Italie. Un débat théologique aux répercussions importantes doit avoir lieu entre les franciscains et les hommes du Pape Jean XXII. L’abbé demande à Guillaume, ancien inquisiteur et qui démontre une grande capacité de raisonnement dès son arrivée, d’enquêter sur la mort mystérieuse d’un moine. Mais les morts vont s'enchainer et Guillaume va avoir bien du mal à faire la lumière sur des événements qui semblent en lien avec la bibliothèque alors qu'on lui en interdit l'accès. La difficulté est encore accrue lorsqu'il découvre qu'il se passe énormément de choses étranges la nuit dans ce monastère.

 

 


     J’avais lu et adoré Le Nom de la rose après avoir vu le film d’Annaud. La relecture a été un véritable délice tant ce roman est excellent et offre de multiples niveaux de lecture.

 

     C’est d’abord une histoire policière médiévale bien construite et passionnante à suivre, surtout pour quelqu’un qui aime les livres puisque tout tourne autour d’une bibliothèque et d’un livre en particulier. Le narrateur, Adso de Melk raconte l’histoire tout comme le docteur Watson raconte les aventures de Sherlock Holmes, ce qui fait que le lecteur peut vraiment suivre le déroulement de l’intrigue au fur et à mesure en étant au même niveau de compréhension que le narrateur. La référence à Sherlock Holmes avec le nom de « Baskerville » n’est d’ailleurs pas un hasard tant on sent l’hommage au héros d’Arthur Conan Doyle. Guillaume de Baskerville, bien que beaucoup plus âgé, ressemble physiquement et moralement à Holmes. Ils ont non seulement des capacités de raisonnement impressionnantes mais également des périodes de grande activité pouvant faire place à des périodes d’abattement.

     L’intrigue policière permet de mettre en avant ce qui me plait le plus dans ce roman. C’est une sorte d’hymne à la rationalité (même si Guillaume va lui-même devoir reconnaître que parfois, trop de raisonnements nuisent). Guillaume est un ami de Guillaume d’Occam, qui a donné son nom à un principe important de la pensée rationaliste, et un disciple de Roger Bacon, savant médiéval célèbre qu’on peut aussi rapprocher du rationalisme. Tout au long du roman, on sent que les interrogations scientifiques et le progrès passionnent Guillaume autant sinon plus que les interrogations métaphysiques des autres protagonistes.

 

     Ce qui m’a frappé à la relecture, c’est que l’intrigue policière est tout de même moins présente que dans mon souvenir (sans doute influencé par le film où elle est plus prégnante). L’érudition historique y est importante et tout le contexte est très analysé. Le roman décrit une époque très troublée. Le souvenir des grandes hérésies est très présent, les luttes politiques entre la papauté et l’Empereur mettent toute la chrétienté dans un grand état d’instabilité. Les nuances politiques ont certainement été les parties où je n’ai pas saisi toutes les nuances (quoique les hérésies ne sont pas toujours simples à suivre non plus). Heureusement, l’érudition n’est pas pesante. En fait, le style d’Eco est très abordable. Les cent premières pages et leurs longues descriptions peuvent faire peur mais ça reste simple d’accès. On sent qu’Eco a choisi de mêler un sujet pointu à son goût pour la culture populaire (la référence à Holmes en est d’ailleurs un premier signe évident). Ce qui explique certainement pourquoi Le Nom de la rose a été un succès populaire aussi bien que critique.

     Mais pour Eco, être populaire, ce n’est pas céder à la facilité et je ne peux qu’admirer comment ce roman est admirablement construit. Par exemple, ce qui me frappe toujours dans certains romans historiques, c’est la façon dont un élément qui doit être expliqué pour le lectorat peut sembler artificielle parfois. Le problème c’est qu’à la première personne, dans ce qui est censé être un manuscrit de l’époque retrouvé, les gens sont censés comprendre de quoi on parle donc on sent trop que le narrateur s’adresse à nous lecteur d’aujourd’hui et pas à ceux à qui le manuscrit est censé être adressé. Eco a judicieusement évité l’écueil en plaçant Adso en situation de raconter l’histoire alors qu’il est âgé. Ainsi, on peut imaginer que cinquante ans après les événements, tout le monde ne connaît pas bien le contexte. Et surtout Adso ne comprend pas tout lui-même, même avec le recul (quand il essaie d’expliquer ce qu’est l’ironie avec le plus grand sérieux parce qu’il a lui-même du mal à saisir l’ironie de son maître, c’est assez amusant, par exemple) et ça joue sur le naturel avec lequel c’est raconté. C’est la première fois que je ressens presque l’envie de croire que ce manuscrit existe vraiment quelque part tant c’est bien fait. L’autre grande réussite sur la forme, pour moi, c’est qu’Eco a échappé à la tentation de l’anachronisme (Guillaume, malgré son rationalisme s'intègre bien à l'époque médiévale). On n’a pas du tout le sentiment qu’il y en a (sans doute un spécialiste pourrait en trouver, je ne parle que du lecteur ‘moyen’ ayant une connaissance existante mais peu approfondie du Moyen Age). Le comble, c’est qu’il y en a au moins un (volontaire) que je n’aurais pas remarqué si Eco ne le révélait pas en d’autres lieux. Citer un philosophe du vingtième siècle (Wittgenstein) en vieil allemand dans un texte médiéval, c’est du grand art.

 

     Bref (oui, c’est de l’ironie, étant donnée la longueur de ce qui précède, je me suis un peu emballée), Eco a réussi un roman merveilleux, à l'ambiance médiévale, à la fois complexe dans ce qu’il énonce (parce que malgré l’impression qu’il y a énormément de thèmes différents, tout finit par se rejoindre) et simple dans la forme (même en italien, j’ai presque tout compris, c’est dire) malgré les formules latines qui émaillent le récit. C’est simple, j’ai envie de le relire (mais avant, j’essaierai de comprendre un peu la symbolique sous-jacente)

 

     Je conseille également la lecture de « Apostille au "Nom de la rose" », un essai dans lequel Eco explique toute sa démarche d’auteur et c’est absolument passionnant à lire. Ainsi, on peut découvrir que si ça se passe dans une région assez froide de l'Italie c'est parce qu'Eco avait besoin de sang de porc et que ce soit en novembre (pour des raisons qui sont évidentes une fois qu'il les énonce mais à laquelle on ne pense pas forcément soi-même à la lecture). J’aime beaucoup ce qu’il dit à propos de l’écrivain qui propose au lecteur non ce qu’il veut mais ce qu’il devrait vouloir sans le savoir. Et il explique tout de façon claire avec des exemples simples.  Et puis de toute façon, un intellectuel qui cite Snoopy est tout simplement parfait.

 

Une lecture commune avec Efelle et Choupynette.

Publié le 20 Mars 2011

ProfondeursMankell-Profondeurs.jpg 

De Henning Mankell

Titre original: Djup

Première parution: 2004

Edition Le Seuil

344 pages

 

 

Quatrième de couverture : Automne 1914. La Suède, malgré sa neutralité, craint d'être entraînée dans la guerre, car les flottes allemande et russe s'affrontent au large de ses côtes. Le capitaine Lars Tobiasson-Svartman reçoit la mission de sonder les fonds de la mer Baltique et de chercher une route maritime secrète à travers l'archipel d'Östergöland. L'homme est hanté par l'idée de contrôle qu'il exerce en mesurant tout ce qui l'entoure, les masses, le temps, les distances entre les lieux, les objets et les êtres (sa femme Kristina restée à Stockholm). Mais lorsqu'il découvre Sara Fredrika vivant seule sur une île désolée, la présence de cette femme très vite l'obsède et il devient son amant. Le fragile couvercle qu'il maintenait sur son " abîme " intérieur se soulève et son univers tiré au cordeau vole en éclats…

 

 


J’aime beaucoup Henning Mankell depuis que j’ai découvert sa série policière mettant en scène le policier Kurt Wallander. Je n’avais encore lu aucun de ses autres romans. Profondeurs n’est pas une histoire policière. Ce roman met en scène un homme froid, qui peut paraître un peu attachant au départ car on sent que derrière cette volonté de mettre des distances entre lui et les autres, y compris sa femme, se cache un passé sordide et douloureux (au point qu’il a fait modifié son nom pour mettre une distance entre lui et son père) mais qui devient peu à peu perturbant. On sent de plus en plus que le contrôle n’est qu’en surface et que derrière, dans l’esprit de Lars, il y a des profondeurs qui sont terrifiantes.

Le début est lent mais je trouve que la façon dont Mankell nous présente son personnage est totalement réussie. On ne peut pas l’aimer mais on est réellement intrigué par cet homme qui se sent plus proche de sa sonde que de sa femme (et rien n'est laissé au hasard dans ce roman, la sonde aura son importance). Du coup, cette lenteur se justifie parfaitement. C’est d’ailleurs déjà ce qui fait le style de Mankell dans ses romans policiers où la psychologie du héros est aussi voire plus importante que l’action. On retrouve cela ici. Malgré tout, ça finit par traîner un peu en longueur et j’ai fini par me demander où l’auteur voulait en venir. Heureusement, ce sentiment ne dure pas, l’atmosphère pesante du début laisse place à une histoire glaçante comme un hiver sur l’îlot où vit Sara Fredrika, dont Lars devient l’amant. L’histoire prend de l’ampleur et se dénoue de manière impitoyable mais magnifique. C’est sombre de bout en bout (et l’aspect sinistre est merveilleusement rendu grâce à la plume très efficace de Mankell). Pourtant, ce roman est fascinant et me laissera certainement une profonde impression. J'aime aussi Mankell quand il sort de la littérature policière.

 

Attention à la quatrième de couverture qui révèle toute l’intrigue du livre. Je l'ai coupée volontairement dans ce billet.

 logo semaine nordique bis

Organisée par Cryssilda et Emma

Publié le 18 Décembre 2010

L’Amant Duras-L'amant

De Marguerite Duras

Première parution: 1984 

Edition: Editions de Minuit

142 pages

 

Dans ce roman autobiographique, Marguerite Duras raconte son adolescence au sein d’une famille de colons pauvres au Viêtnam. L’histoire commence lorsque la narratrice de quinze ans rencontre un millionnaire chinois, de douze ans son aîné, sur le bac qui l’emporte vers son lycée.

 


Ma première lecture de L’Amant remonte à mes années d’étudiante. Je me souvenais d’une écriture qui ne me plaisait pas vraiment mais d’une histoire qui m’avait fascinée. Cette deuxième lecture est venue confirmer ce sentiment. Sur la forme, l’écriture de Duras me déplait. C’est un style très particulier dans lequel on saute d’une idée à l’autre dans une sorte de va-et-vient permanent. En outre, cette écriture est économe, presque sèche, sans dialogues où la narration passe du « je » au « elle ». A priori c’est tout ce que je n’aime pas en littérature. Et pourtant, cette économie de moyens est probablement ce qui rend ce texte si efficace car il me touche comme peu d’histoires peuvent le faire.

Duras a une façon détachée et pourtant touchante de raconter les non-dits d’une famille, la sienne, et l’histoire d’une toute jeune fille de quinze ans et demi qui se sent mal aimée par sa famille et qui découvre le désir dans les bras d’un chinois, liaison sans avenir dans le Viêtnam colonial. Ce qui est magnifique et pathétique à la fois, laissant une impression très douce-amère, c’est le mélange d’amour et de haine que ressent l’héroïne pour sa famille, c’est aussi le lien entre la volupté et l’intérêt qui est presque perturbant. On est plus proche de la prostitution que de l’amour (avec le consentement hypocrite de la mère et des frères, ce qui est encore plus terrible) mais la façon dont cette adolescente découvre le désir et la sensualité est magnifiquement décrit ainsi que le conditionnement familial qui rend la réalisation des désirs si particulier.


chainebis.jpgMaillon n°13 :

Choix de Bluegrey

 

 

 

Yueyin a également relu le livre pour la chaîne mais nous en avons fait une lecture commune (parce que ça nous manquait) Il semblerait que nous ayons un point de vue assez proche sur ce livre mais vérifions.

 


"Ces soirées se passent toutes de la même façon. Mes frères dévorent et ne lui adressent jamais la parole. Ils ne le regardent pas non plus. Ils ne peuvent pas le regarder. Ils ne pourraient pas le faire. S'ils pouvaient faire ça, l'effort de le voir, ils seraient capables par ailleurs de faire des études, de se plier aux règles élémentaires de la vie en société."

Publié le 12 Octobre 2010

L’amour au jardin Amour-au-jardin.jpg

De Jean-Pierre Otte

Première parution: 1995 

Edition Phebus Libretto

160 pages

 

 

Quatrième de couverture : Un homme se penche sur son jardin, et d'abord sur les moeurs singulières des êtres vivants qui l'habitent : fleurs et bestioles, dont la grande affaire est bien sûr l'amour. Car tout ici est sexe. Les fleurs sont visitées. On se glisse, corseté comme un faux bourdon, dans les calices, on entre dans l'intimité de l'iris, de la violette ou de la figue. Des enchantements, des plaisirs nous attendent, mais aussi des épreuves, des périls des pièges - quand le crabe doré et la mante religieuse portent l'amour à l'estomac.

 


J’ai commencé ce petit livre avec beaucoup de craintes. L’anthropomorphisme m’agace déjà prodigieusement lorsqu’on traite d’animaux évolués alors quand l’auteur parle des valeurs morales à propos de fleurs ou d’« interdits de la primevère » ou de la fleur qui « a conçu avec intelligence cette épreuve » (oui, bien sûr, la fleur s’est éveillée un matin et s’est dit : « J’ai besoin d’un but dans la vie. Tiens, et si je concevais un piège, je suis vraiment une bête d’intelligence »), je manque m’étouffer. De même, lorsque des défauts ou qualités jugés féminins sont attribués à des végétaux, je suis au bord de l’apoplexie. D’ailleurs, il aurait mérité de s’appeler la sexualité au jardin plutôt que l’amour au jardin, puisqu’il est question de reproduction. C’était donc très mal parti pour ce livre.

 

Et pourtant, peu à peu, je me suis prise au jeu. En dehors des quelques abus de langage que j’ai cités plus haut, j’ai trouvé qu’Otte  a un vrai talent descriptif et même un vrai talent de conteur qui procurent un certain plaisir à la lecture de ces descriptions successives de la sexualité des plantes. Sans avoir été passionnée, je l’ai lu avec facilité tellement les mots coulent de source et ce fut une lecture somme toute agréable. J’ai même trouvé certains passages particulièrement plaisants.

 


« Quoi qu’il en soit, l’iule n’agonise pas après l’accouplement, pas plus qu’il n’est dévoré par sa partenaire, ainsi que la chose semble de tradition festive chez d’autres espèces. Il survit très aisément à l’amour et ne paraît pas étonné de son privilège ni même en éprouver une quelconque gratitude. »

 

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Maillon n°14 :

Choix de Yohann

Publié le 4 Septembre 2010

 

L’odyssée de PénélopeAtwood-Odyssee-de-Penelope.jpg

De Margaret Atwood

Titre original: The Penelopiad

Première parution: 2005

Edition Flammarion

160 pages

 

 

Quatrième de couverture : " Depuis toujours nous étions tous deux, de notre propre aveu, des menteurs émérites et éhontés. " Ainsi Pénélope évoque-t-elle le couple qu'elle formait avec Ulysse - Pénélope qui, comme son époux, recourut à la ruse et à l'artifice pour sauver sa vie. Selon Homère, Ulysse à son retour de Troie massacra tous les prétendants à son trône qui, en son absence, avaient courtisé son épouse. Mais il fit aussi pendre les douze servantes de Pénélope qu'il accusa de l'avoir trahi. Dans cette relecture originale du mythe grec que nous propose Margaret Atwood, Pénélope, hantée par la mort de ses servantes, raconte depuis les Enfers sa propre version de l'histoire, celle d'une femme, d'une épouse, d'une mère et surtout d'une reine bien plus lucide et plus forte que ce que les hommes ont voulu croire jusqu'à aujourd'hui.

 

 


L’odyssée de Pénélope est une réécriture amusante et légèrement féministe de l’histoire de Pénélope, la célèbre femme d’Ulysse, héros de l’Odyssée. C’est Pénélope qui, depuis les Enfers, nous conte son histoire. C’est une femme lucide, aussi brillante à sa façon que son époux. Ulysse y est bien sûr très peu présent. Décrit par Pénélope, il n’est pas aussi à son avantage que dans la tradition, mais c’est un partenaire pas désagréable pour Pénélope. Parmi les hommes, c’est Télémaque et ses relations difficiles avec sa mère qui est le plus présent. On y voit surtout des femmes, Hélène, notamment, qui bien sûr, vue par le biais de Pénélope n’est pas particulièrement montrée sous un jour positif.

 

J’avais deux craintes en commençant ma lecture. La première, c’était la réputation de l’écriture particulière. La langue employée est assez moderne. J’aurais préféré une écriture plus proche du pastiche mais je me suis bien habituée au style de Margaret Atwood. Quant à mon autre réserve, elle concernait l’intérêt du point de vue de Pénélope. Une femme qui passe sa vie à tisser et détisser, ça peut lasser rapidement. De ce côté-là, mes craintes se sont effacées très vite. S’il ne se passe pas grand-chose dans la vie de Pénélope, ses nombreuses réflexions souvent amusantes m’ont particulièrement intéressées.

 

Le récit est entrecoupé du chœur des servantes qui m’a laissé dubitative au début, avant que je comprenne que finalement, ce sont elles qui sont au cœur de l’histoire. Elles sont un symbole dont Atwood donne le code dans les dernières pages.

Cette thèse finale, définie par le sort des servantes, est peut-être contestable historiquement mais c’est intéressant d’un point de vue purement littéraire et ça donne à réfléchir.

 

J’ai donc passé un excellent moment avec Pénélope et son Odyssée. Et ça m’a donné envie de lire l’Odyssée, moi qui avais piteusement abandonné l’Iliade il y a de nombreuses années. 


chainebis.jpgMaillon n°13 :

Choix d’Argantel (mais où est-elle ?)

Publié le 23 Juin 2010

Un peu de ton sangSturgeon-Un-peu-de-ton-sang.jpg 

Suivi de Je répare tout 

De Theodore Sturgeon

Titre original: Some of your blood

Première parution: 1955, 1961

Edition Folio SF

212 pages

 

 

Quatrième de couverture : " George Smith " est un patient d'un genre un peu particulier. Ses psychiatres hésitent d'ailleurs à le laisser quitter l'hôpital, tant il semble sain d'esprit. Mais le doute n'est pas permis : il y a bien quelque chose d'étrange, chez lui. Il n'y a pourtant rien de mal à aimer la chasse; et bien d'autres ont des difficultés avec les femmes. Alors quoi? Et si la vérité était tout simplement inimaginable?

On a tous besoin de quelqu'un qui sait tout réparer. Mais personne n'a jamais eu besoin de lui. Cela changera sûrement avec elle. D'ailleurs, il va lui montrer, il faudra bien qu'elle s'en rende compte. Un peu de ton sang et la nouvelle Je répare tout partagent une thématique commune et sont deux petits bijoux d'horreur psychologique. Ames sensibles s'abstenir!

 

Theodore Sturgeon, de son vrai nom Edward Hamilton Waldo, naît en 1918. Considéré comme l'un des plus grands stylistes du genre, il se consacre principalement à la nouvelle. Cela ne I'empêche pas d'écrire des romans, dont deux classiques : Les plus qu'humains et Cristal qui songe. II a également scénarisé des épisodes de séries télé cultes comme Star Trek ou Les Envahisseurs. II décède en 1985.

 


Ces deux nouvelles n’ont rien à faire chez Folio SF. Ce n’est déjà pas du fantastique, ni même de l’horreur, encore moins de la science fiction. On pourrait à la limite classer l’ouvrage dans les thrillers psychologiques mais c’est en fait assez inclassable. Voilà pour le choix un peu étrange de l'éditeur, même s'il n'est pas très grave venons-en maintenant au principal, le contenu de ce recueil.

La première novella, Un peu de ton sang est tout à fait surprenante. Sturgeon a un sens certain du suspense et j’ai vite voulu savoir ce qui ce cachait derrière ce dossier étrange, et le récit dont on sent peu à peu qu’il comporte des ‘trous’ inquiétants. George Smith est pour le moins étrange et comme le psychologue qui doit suivre le dossier, on est vite intrigué. Sturgeon est très fort pour y parvenir par petite touche, ce qui est particulièrement efficace. Qu’on ne s’attende pas à un récit d’horreur comme c‘est annoncé sur la quatrième de couverture ou de grandes scènes d’action, ce n’est pas du tout le sujet, le récit est avant tout psychologique mais il laisse une empreinte forte et c’est palpitant, ce qui est d’autant plus surprenant qu’il ne se passe pas grand-chose, on nous rapporte juste l’histoire d’un homme à l’enfance pas très heureuse qui commet une petite agression sans conséquences mais apparemment sans raison. J’ai trouvé le sujet traité très original mais ce qui fait la grande force de l’histoire, c’est la forme que prend le récit. Je n’ai pu m’empêcher de penser à Dracula. La forme du récit en est proche : lettres entre un psychiatre chargé de l’affaire et un de ses collègues intéressé par ce cas étrange et documents entrecoupés par un récit dont on peut comprendre l’origine peu à peu et qui participe pour beaucoup au petit malaise psychologique qui peut étreindre le lecteur.

 

La deuxième histoire, Je répare tout est plus prévisible et moins originale mais elle est très bien menée. L’écriture en est aussi plus simple que celle de Un peu de ton sang mais elle est tout aussi agréable à lire.

 

J’ai découvert Sturgeon, auteur de SF pourtant réputé avec ce recueil. J’ai été emballée et j’ai désormais envie de découvrir ses chefs-d’œuvre.

 

Merci aux éditions Folio

Publié le 18 Juin 2010

Une éducation libertineDel-Amo-Education-libertine.jpg

De Jean-Baptiste De Amo

Première parution: 2008

Edition Folio

455 pages

 

 

Quatrième de couverture : C'est un homme sans vertu, sans conscience. Un libertin, un impie. Il se moque de tout, n'a que faire des conventions, rit de la morale. Ses moeurs sont, dit-on, tout à fait inconvenantes, ses habitudes frivoles, ses inclinations pour les plaisirs n'ont pas de limites. Il convoite les deux sexes. Il est arrivé, on le soupçonne, que des dames se tuent pour lui. Après les avoir menées aux extases de l'amour, il les méprise soudain car seule la volupté l'attise. Il détournerait les hommes de leurs épouses, même ceux qui jurent de n'être pas sensibles à ces plaisirs-là. Oh, je vous le dis, il faut s'en méfier comme du vice. " Paris, 1760. Le jeune Gaspard laisse derrière lui Quimper pour la capitale. De l'agitation portuaire aux raffinements des salons parisiens, il erre dans les bas-fonds et les bordels de Paris. Roman d'apprentissage, Une éducation libertine retrace le destin d'un homme asservi par la chair.

Jean-Baptiste Del Amo est né en 1981 et vit actuellement à Montpellier. Une éducation libertine a été récompensé par le prix Goncourt du Premier Roman, le prix Laurent Bonelli, le prix Fénéon et le prix François Mauriac de l'Académie française.

 


Voilà un roman français qui sort des sentiers battus. Je m’attendais à une sorte de réécriture de Dom Juan ou d’une vision de la société un peu cynique à la Balzac, dans laquelle un individu tente de faire son trou dans la bonne société. Je suis entrée dans une évocation de Paris digne de celle du Parfum de Süskind. Le début est dur. Ce qui y est décrit est très loin de la sensualité élégante des salons libertins tels qu’on peut les concevoir. Dans les bas-fonds de Paris où arrive Gaspard, le protagoniste du roman, tout n’est que misère, crasse et pourriture. La description de la vie de cette ville effroyable, dévorante est saisissante. On s’y croirait, on y trouve le bruit et l’odeur, surtout l’odeur. La prostitution y est décrite de façon crue et ça n'a rien de romanesque. L’écriture classique, riche et précise contribue à cet effet. Je regrette juste la longueur de cette partie qui finit par être un peu répétitive malgré ses qualités indéniables.

 

L’ascension sociale de Gaspard, liée à sa rencontre avec le fameux libertin dont parle le titre et auquel fait référence la quatrième de couverture, est bien décrite aussi. La découverte de la sexualité est décrite cette fois avec une grande sensualité puis l’utilisation de cette sexualité à des fins de réussite sociale est d’une grande finesse dans la description des sentiments complexes du personnage central.

 

Je regrette néanmoins que l’histoire ne soit pas plus prenante., contrairement à celle du Parfum, justement, qui pouvait tenir le lecteur en haleine. Une éducation libertine est un roman que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire donc, qui pourtant me laissera une impression , forte certes, mais assez imprécise, impression plus due à l’ambiance qu’à l’intrigue au final peu développée. Del Amo est pourtant un jeune écrivain à suivre.

 

Merci aux éditions Folio

Publié le 15 Juin 2010

La main de DieuChar-Main-de-Dieu.jpg

De Yasmine Char

Première parution: 2008

Edition Folio

122 pages

 

La narratrice, issue d’un mariage mixte entre une française qui s’enfuit et un riche libanais musulman, raconte son adolescence en pleine guerre du Liban.

 

Quatrième de couverture : Il y a une jeune fille, quinze ans, qui court le long d'une ligne de démarcation. Il y a le Liban, ce pays depuis si longtemps en guerre qu'on oublie parfois que la guerre est là. Et puis dans la guerre, il y a l'amour. L'amour de la jeune fille, pur comme un diamant : pour le père, pour l'amant, pour la patrie. Grande absente, la mère ne sait rien de cet amour. Elle est partie sans laisser d'adresse. La jeune fille ne sait pas comment faire pour grandir là, tiraillée entre deux cultures, happée par la violence. Alors elle court. C'est l'histoire d'une fille en robe verte qui virevolte dans les ruines, qui se jette dans les bras d'un étranger, qui manie les armes comme elle respire. L'histoire d'une adolescente qui tombe et qui se relève toujours.

 


     Voilà un roman dont je n’attendais pas grand-chose en lisant la quatrième de couverture malgré le thème du Liban et je n’y ai en effet pas trouvé grand-chose.

     Il y a trop de choses pour un livre aussi court, la double culture, la guerre, la découverte de l’amour et de la sexualité... Tout est survolé, rien n’est développé. Vivre dans un pays en guerre, c’est difficile et vivre dans une famille traditionaliste musulmane, c’est difficile aussi. C’est tout ce qui me reste de cette lecture. Quelle découverte ! Le problème, c’est qu’en plus du manque de développement, l’écriture, très hachée, ne fait pas vraiment ressentir ces difficultés. Il y a quelques bons passages, mais trop fugitifs pour laisser une trace profonde.

     Quant à l’histoire d’amour, elle ne m’a pas touchée. Les amours entre une adolescente naïve et un adulte me semblent peu originales malgré un contexte particulier. Ainsi, j’ai trouvé la description de la première expérience sexuelle d’une effroyable platitude et la fin est trop prévisible et tout aussi plate (et pourtant, il s’y passe un évènement qui est tout sauf banal).

 

     En fin de compte, j’ai eu le sentiment de voir un album de famille d’une personne absolument banale (alors que ni le contexte, ni la vie personnelle de cette jeune fille le sont). En outre, les photos sont dans le désordre. On passe du coq à l’âne, avec des allers-retours permanents. C’est d’autant plus dommage que ce thème aurait pu être développé avec beaucoup plus de profondeur.

 

Merci aux éditions Folio

Publié le 3 Avril 2010

La marche de MinaOgawa-Marche-de-Mina.jpg

De Yoko Ogawa

Titre original: Mina no koshin

Première parution: 2006

Edition Acte Sud

317 pages

 

 

Quatrième de couverture : Après le décès de son père, alors que sa mère doit s'éloigner pour parfaire sa formation professionnelle, la petite Tomoko est revue pour un an chez son oncle et sa tante.

Tomoko a douze ans ; à Kobe, son oncle l'attend sur le quai de la gare. Il la serre dans ses bras et la conduit jusqu'à la très belle demeure familiale.

Pour Tomoko, tout est ici singulièrement différent. Sa cousine Mina passe ses journées dans les livres, collectionne les boîtes d'allumettes illustrées sur lesquelles elle écrit des histoires minuscules ; un hippopotame nain vit dans le jardin, son oncle a des cheveux châtains, il dirige une usine d'eau minérale et la grand-mère se prénomme Rosa.

Au cœur des années soixante-dix, Tomoko va découvrir dans cette maison l'au-delà de son archipel : à travers la littérature étrangère, les récits de Rosa sur son Allemagne natale et la retransmission des Jeux olympiques de Munich à la télévision, c'est un tout autre paysage qui s'offre à elle.

 

La grande romancière japonaise explore dans ce livre, et pour la première fois dans son œuvre, le thème de l'étranger et des origines. En choisissant le prisme des liens de l'enfance, elle inscrit ce roman, comme le précédent, intitulé la formule préférée du professeur, dans un cycle voué à la tendresse et à l'initiation.

 

 


La marche de Mina nous conte de façon fine et élégante la vie d’une collégienne de douze ans dans le Japon des années soixante-dix. Il ne se passe pas grand-chose dans ce roman. Le rythme est lent, au rythme de la vie des protagonistes. Le ton est très juste, j’ai trouvé l’atmosphère de deux enfants attendant la finale d’un match de volley-ball décisif ou les émois d’une collégienne face à son très beau grand cousin très bien rendue. C’est intéressant aussi de lire le récit nostalgique (la narratrice du roman est l’héroïne devenue adulte) d’un Japon un peu occidentalisé de ces années là.

 

Pourtant, il m’a manqué un fond, un véritable enjeu, pour être réellement emportée par le récit. Même l’hippopotame nain est nonchalant du début à la fin. C’est très beau, ça se lit très bien, mais ce n’est pas vraiment pour moi malgré toutes les qualités de ce type de littérature.

 

chainebis.jpgMaillon n°12 :

Choix de Virginie

Publié le 15 Novembre 2009

Le roman d’Oxford

De Javier Marías

Titre original: Todas las almas

Première parution: 1988

Edition Folio

329 pages

 

 

Quatrième de couverture : Venu enseigner la littérature espagnole dans un collège d'Oxford, le narrateur se retrouve désorienté et désarçonné par le conflit interne entre plusieurs cultures et plusieurs personnages. Il y a Clare Bayes, une femme mariée dont il tombe amoureux mais qui, bientôt, l'abandonne à l'Oxford délétère des universitaires, des clochards et des espions; Cromer-Blake, un ami anglais, dont il feuillette le journal intime et qui paraît renaître de ses cendres; enfin l'autorité littéraire de Toby Rylands, le maître respecté du narrateur-bibliomane. Mais le personnage principal, l'ombre énigmatique et malicieuse qui plane au-dessus du narrateur et de sa quête d'identité, c'est Oxford, ville d'intrigues et de virtuosités ambiguës, de rites compassés et de " perturbations " imprévisibles. Un roman éblouissant de virtuosité, d'ironie et d'humour.

 

 


De tous les livres de la chaîne des livres, le roman d’Oxford est celui que j’attendais avec le plus d’impatience mais les abandons successifs m’avaient quelque peu refroidie.

Voilà encore un roman dans lequel il ne se passe pas grand-chose. Le début n’est qu’une suite d’anecdotes, de réflexions et de descriptions de moments de vie à l’université d’Oxford. Les phrases sont parfois longues et légèrement alambiquées, avec beaucoup de parenthèses et parfois des redondances. Il y a même une phrase assez ridicule dans laquelle le narrateur écrit qu’il y a deux personnes, quatre jambes et se sent obligé d’expliquer que ça fait deux jambes par personne (un littéraire qui connaît aussi bien la biologie humaine doit être salué je suppose).

 

Malgré le manque d’action, il y a quelques passages très plaisants comme celui de la description des mœurs lors d’une high table ou dîner entre professeurs dont l’ironie sous-jacente est très plaisante, les règles de bienséance tordues et l'incapacité des intervenants à s'intéresser à autre chose que leur sujet de prédilection sont délicieusement décrites. J’ai apprécié cette partie plus pour son intérêt vaguement documentaire que pour son aspect romanesque. Ensuite, le roman s’oriente vers l’évolution de la relation entre le narrateur et Claire Bayes, une collègue mariée avec laquelle il va entretenir une liaison. A cela s’ajoutent la maladie (dont on ne sait pas grand-chose) d’un autre collègue et ami et surtout la recherche du narrateur autour d’un auteur. Cette seconde moitié m’a moins plue même si les cinquante dernières pages relient tous les éléments disparates qui s’esquissent au fur et à mesure et sont réussies.

 

J’ai finalement relativement apprécié ce livre, malgré le manque d’enjeux véritables. Sans doute que ma visite à Oxford l’été dernier m’a aidé à retrouver des éléments significatifs dans les descriptions et donc, ce roman dont Oxford est un véritable personnage m’a un peu parlé. Le reste hélas était trop imprécis et trop sec pour me faire adhérer à la relation entre les personnages.

 

Maillon n°9 :

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