Publié le 31 Juillet 2009

Merci à tous pour vos commentaires. Mon séjour s’est merveilleusement déroulé et oui, Murielle, Jude est encore plus beau en vrai. Mais c’est d’Hamlet que je suis devenue dingue. Macbeth et Othello, je vous aime toujours, mais il va falloir faire un peu de place pour votre nouveau compagnon. Enfin, je reparlerai de tout ça plus tard (mais en apéro, pour les fans qui se reconnaîtront, j’ai aussi vu Harriet Jones, MP, Flydale North/Prime Minister/former Prime Minister).

 

J’avais l’impression d’avoir laissé mes jambes quelque part entre Stratford- Upon-Avon et Oxford mais elles se sont débrouillées pour revenir à temps pour la suite.

 

Et la suite, c’est Berlin, ville que je vais totalement découvrir. Je ne fais donc que passer avant un nouveau départ. En plus de tous nouveaux mollets en béton, j’ai un bon guide de conversation (j’ai l’impression de découvrir une langue, c’est magnifique ou pathétique, c’est selon) et tous les bons plans de Cléanthe (Merci pour tous tes conseils).

A bientôt ! Auf Wiedersehen

 

Rédigé par Isil

Publié le 21 Juillet 2009

D'habitude, je ne pars jamais en vacances l'été (y fait chaud et y'a des gens partout, beurk!), c'est donc en toute logique que les circonstances m'obligent à partir deux fois cet été, à l'insu de mon plein gré. Je prends sur moi parce que je sais faire preuve d'abnégation mais je suis à plaindre, vraiment.

Demain, je pars donc pour un premier voyage d'une semaine en Angleterre. J'ai rendez-vous avec Jude. Mais ça, c'est the cherry on the cake. Avant, j'en profiterai pour rendre visite aussi à William et quelques autres. Au programme: Stratford-upon-Avon, Oxford, Winchester, Portsmouth et Londres.
Je pars avec peu de livres,
et
et accessoirement quelques vêtements (et surtout un gros tube d'écran total mais aussi un bon vêtement de pluie).

Et pour commencer ces vacances en beauté, un extrait du sonnet 52 parce que Shakespeare, c'est un génie ! (doit toujours être dit avec un air illuminé):
Therefore are feasts so solemn and so rare,
Since, seldom coming, in the long year set,
Like stones of worth they thinly placed are,
Or captain jewels in the carcanet.
Et dans ma grande bonté, en français:
Les fêtes sont ainsi rares et solennelles
N'étant que peu de jours sur la chaîne de l'an,
Comme pierres de prix qu'on ne va prodiguant,
Ou dessus le collier les perles les plus belles.


A bientôt !

Rédigé par Isil

Publié le 18 Juillet 2009

Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé

 

2009 – 2h32

Réalisé par David Yates. Scénario de Steve Kloves

D'après le roman de J.K. Rowling

Avec Daniel Radcliffe (Harry Potter), Rupert Grint (Ron Weasley), Emma Watson (Hermione Granger), Michael Gambon (Albus Dumbledore), Jim Broadbent (Horace Slughorn), Tom Felton (Drago Malefoy), Alan Rickman (Severus Rogue)

 

 

Harry Potter est sur le point d’entamer sa sixième année à l’école de Poudlard. Il sait que Drago Malfoy prépare quelque chose. L’ombre de Voldemort plane sur les Moldus comme sur le monde des Sorciers, même sur l’école qui semble vulnérable pour la première fois. Harry va devoir aider le Professeur Dumbledore à contrer Voldemort. Pour cela, ils vont devoir faire appel à un nouveau professeur, Horace Slughorn.

 

 


Après un cinquième volet que j’avais apprécié mais que j’avais trouvé particulièrement frustrant tant il y avait de coupes, je suis allée voir Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé sans aucune attente, en tentant d’oublier le plus possible le roman. Et je dois dire que du coup, ce nouvel opus a largement dépassé mes attentes, je pense même que c’est mon préféré de la série.

 

La réalisation m’a parue bien plus fluide que L’ordre du Phoenix, pourtant également de David Yates. Et surtout, les décors sont merveilleusement mis en scène, surtout dans la première heure et c’est sûrement le seul moment, tous films de la série confondus, où j’ai vraiment retrouvé ce mélange de noirceur et de légèreté que j’aime dans l’univers de Harry Potter. Les effets spéciaux sont réussis et bien dosés.

L’histoire se concentre sur la relation Dumbledore/Harry Potter/Pr Slughorn (une fois encore, le nouveau personnage est exceptionnel) et leurs recherches ainsi que sur Drago Malfoy (j’ai trouvé Tom Felton à la hauteur). D’ailleurs, j’ai trouvé que globalement, à part Rupert Grint qui surjoue (il faut dire qu’il n’est pas aidé par son rôle dans cet opus), les jeunes acteurs se sont tous beaucoup améliorés.

Mon plus grand regret est que l’on passe beaucoup de temps sur les amourettes assez enfantines des uns et des autres (honnêtement ça m’a quand même bien fait rire) au détriment de certains personnages que j’aurais aimés voir plus, comme Rogue, surtout. Du coup, l'histoire du Prince de Sang-Mêlé passe presque à la trappe mais honnêtement, je m’y attendais car je ne voyais pas comment retranscrire ça sans être ennuyeux. Là, l’histoire est cohérente, fluide, compréhensible par tous donc satisfaisante. Il y a peu d’action (il n’y en a pas tant que cela dans le roman me semble-t-il) mais je ne me suis pas ennuyée et j’ai même eu peur alors que je savais ce qui allait se passer (dans la grotte), ce qui est plutôt bon signe pour moi que le réalisateur maîtrise l'art du suspense.

J’espère que la suite sera à la hauteur.

Rédigé par Isil

Publié dans #DVD & Cinéma

Publié le 14 Juillet 2009

Un vampire ordinaire

De Suzy McKee Charnas

Titre original: The vampire tapestry

Première parution: 1980

Edition Robert Laffont, ‘Ailleurs et Demain’

378 pages

 

 

Quatrième de couverture : Un vampire n'est pas ce que vous croyez. Il n'a pas passé de pacte avec le diable. Il ne repose pas le jour dans un cercueil empli de terre et il ne redoute ni l'ail ni la vue d'un crucifix. C'est un être presque ordinaire... Que lui arrivera-t-il s'il se met à aimer ses proies ?

Edward Weyland est l’idéal même du professeur d’université. Grand, mince, cheveux gris, profil d'oiseau de proie, distant, intimidant. Il enseigne l’anthropologie. Sa spécialité : les rêves. Ceux des autres, car lui ne rêve jamais. Il n'est pas humain. C’est un vampire.

Un vampire n'est pas un être surnaturel. C'est un prédateur qui se nourrit de sang humain comme un tigre de la chair de ses victimes. C'est un fauve, spécialisé, hautement intelligent, d'une incroyable longévité et fort habile à se glisser dans le troupeau. Pas de cape flottant au vent. Pas de crocs acérés dépassant de lèvres vermillon. Pas de spectaculaires métamorphoses en chauve-souris, non plus. D’où vient-il ? D’un autre monde ? D’un autre temps ? Le sait-il lui-même ?

Parce que les humains fascinent Weyland, il entreprend une étrange relation avec une psychanalyste. L’un et l’autre vont succomber à une fascination réciproque, bien proche de ressembler à de l’amour, cette autre forme de prédation... C'est le cœur percé, dit-on, que meurent les vampires. Weyland échappera-t-il au sortilège de ses proies ?

 

Suzy McKee Charnas a entièrement renouvelé, avec sensibilité, le thème du vampire. Un grand classique.

 


Un vampire ordinaire n’est pas une nouveauté mais une réédition d’un roman qui date de 1980. La fin de la quatrième de couverture, sans être mensongère est assez réductrice. Il ne s’agit pas vraiment d’une histoire d’amour entre une humaine et un vampire, c’est nettement plus subtil que cela. L’avis de Stephen King n’est pas très juste non plus. Un vampire ordinaire n’est pas particulièrement « terrifiant, drôle, plein de suspense » mais je dois dire que pour la seconde moitié au moins, je l’ai trouvé en effet « impossible à lâcher. ». Ce n’est pas un roman d’horreur fait pour faire peur mais un roman psychologique qui revisite le mythe du vampire. Il ne faut pas s’attendre à y trouver des pieux, de l’ail et de l’eau bénite (lorsqu’on y parle de cercueil mais c’est assez décalé).

 

C’est un roman en quatre parties assez inégales. Dans les trois premières parties, la narration à la troisième personne adopte le point de vue de personnages qui ont affaire à Edward Weyland le vampire. La première suit Katje, une Sud-africaine veuve, qui découvre la personnalité de Weyland. Cette partie met en place le personnage du vampire et ses attributs et m’a beaucoup plue. Le vampire y est assez original, pur prédateur mais obligé de vivre au milieu de ses proies, contrairement à Dracula, entre autres.

J’ai en revanche eu beaucoup de mal avec la seconde partie, qui suit un adolescent. Le vampire y est mal en point et ce sont les humains qui s’y comportent comme des monstres. C’est intéressant mais trop long et répétitif et au final, j’ai trouvé ça fastidieux.

C’est la suite que j’ai préférée. A partir du moment où Weyland suit une thérapie avec Floria, ce qui l’amène à réfléchir à son statut et à celui de ses proies. La dernière partie, toujours à la troisième personne adopte le point de vue de Weyland et réserve quelques belles choses malgré encore quelques longueurs (la Tosca en détail, même si ça se justifie, c’est long). Mais c’est aussi la partie où il se passe le plus de choses et où tout ce qui précède prend un sens.

 

Le ton peut même parfois être léger malgré le sérieux du propos, comme lorsque Weyland explique ce que devrait être un vampire à des étudiants qui ne savent pas qu’il se décrit lui-même ou est particulièrement grincheux parce qu’il ne peut digérer son repas tranquillement. Au final donc, malgré quelques réserves, cette vision purement psychologique du vampire (l’action n’est vraiment présente que dans les dernières pages) est tout à fait plaisante. Le roman traite du passage d’un vampire prédateur à un vampire pourvu d’une conscience, lourd handicap dans la profession. C’est ce que j’ai aimé.

 

Merci à B.O.B et aux éditions Robert Laffont.

Publié le 10 Juillet 2009

Le pigeon

De Patrick Süskind

Titre original: Die Taube

Première parution: 1987

Edition Le livre de Poche

89 pages

 

 

Quatrième de couverture : Lorsque lui arriva cette histoire de pigeon qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, Jonathan Noël avait déjà dépassé la cinquantaine, il avait derrière lui une période d’une bonne vingtaine d’années qui n’avait pas été marquée par le moindre événement, et jamais il n’aurait escompté que pût encore lui arriver rien de notable, sauf de mourir un jour. Et cela lui convenait tout à fait. Car il n’aimait pas les événements, et il avait une véritable horreur de ceux qui ébranlaient son équilibre intérieur et chamboulaient l’ordonnance de sa vie.

 

 

 


    Le point de départ de cette novella est complètement absurde. Jonathan Noël est un personnage qui ne vit que dans une totale maîtrise du quotidien et sa vie n’est faite que de non évènements, au point qu’il vit dans la même chambre de bonne depuis trente ans, afin de conserver ses habitudes et ses rituels, seul et sans aucune activité autre que son métier et la gestion du quotidien. Oui mais voilà, un jour, sa petite vie bien huilée va être chamboulée par l’arrivée d’un vulgaire pigeon parisien, égaré sur son palier. A partir de là, Jonathan va faire une fixation sur ce pigeon au point de remettre toute sa vie en question. Pendant une journée entière, donc, l’obsession de Jonathan va le conduire à toutes sortes de remises en question.


 

     Il ne se passe donc absolument rien dans ce récit. Seule l’angoisse montante du personnage est décrite, mais de quelle manière ! Süskind parvient à créer une dramaturgie autour d’un ensemble de faits anodins, un pain aux raisins, un accroc... C’est fascinant. Je n’ai pas pu décrocher des malheurs imaginaires de Jonathan. Le côté irrationnel de la  peur est jubilatoire. Du pigeon à une grave crise existentielle, de la crise à la paranoïa, il n’y a qu’un pas lorsque l’introspection s’en mêle. Et en plus, c’est amusant.


     Un excellent moment de lecture donc.

Publié le 6 Juillet 2009

Petit traité de bizarrologie

De Richard Wiseman

Titre original: Quirkology

Première parution: 2007

Edition Dunod

268 pages

 

 

Quatrième de couverture : Quelle est la blague la plus drôle du monde? Comment un surnom influence-t-il notre vie? Que dit notre date de naissance sur notre bonheur futur? Existe-t-il une petite annonce qui marche à tous les coups? Peut-on se souvenir de quelque chose qu'on n'a jamais vécu? Richard Wiseman, qui a passé sa vie à étudier les comportements les plus étranges, nous livre enfin ses conclusions! Avec humour, il retrace les études les plus surprenantes menées par des spécialistes en bizarrologie. Sur des sujets aussi variés que la chance, le mensonge, l'humour, le charisme, la superstition..., vous verrez que la science a son mot à dire: elle est capable de décortiquer même le plus loufoque de nos comportements!

Biographie de l'auteur : Professeur de psychologie à l'université du Herfordshire, spécialiste en bizzarologie de renommée mondiale, il a publié une quarantaine d'articles dans des revues scientifiques, dont Nature.

 


Ce petit traité de bizarrologie appartient à une collection de Dunod appelée « Science des Petits Riens ». Tout est dit, il s’agit bien d’expliquer l’anecdotique. Je pensais lire un ouvrage sur des expériences scientifiques rigolotes mais en réalité, Wiseman est un psychologue et ce sont donc des expériences en psychologie qui sont expliquées ici. Je ne regrette pas l’erreur car cet ouvrage est passionnant. On peut le lire par morceaux, car les chapitres se rapportent à des aspects de la psychologie humaine assez différents les uns des autres, mais je me suis révélée incapable de le lâcher avant la fin. Ce ne sont pas de grands phénomènes qui sont analysés ici mais plutôt le comportement habituel des humains dans certaines situations banales. L’auteur s’intéresse au paranormal et autres pseudosciences (il n’y croit pas mais s’y intéresse du point de vue de la psychologie) comme au mensonge et à l'altruisme.

Si vous voulez savoir en quoi votre mois de naissance influe sur la chance, pourquoi nous sommes peu habiles à détecter le mensonge, pourquoi les hommes devraient écrire les petites annonces des femmes, pour connaître le rapport entre la taille et le pouvoir, entre la superstition et la crise, entre le rire et le fondamentalisme religieux, ce livre rapporte des expériences amusantes.

C’est facile à lire et plutôt léger mais finalement assez intelligent, que cela confirme ou infirme les idées préconçues.

Merci à Babelio et à Dunod.

Le sommaire:

Introduction: ce qu'est la bizarrologie, pourquoi c'est un domaine sérieux, quelques études insolites sur la préparation du thé, le pouvoir de la prière, la personnalité des fruits et le démarrage d'une ola dans un stade.

1. Que dit réellement votre date de naissance à votre sujet? La nouvelle science de la chronopsychologie.

2. Faites confiance à tout le monde mais brouillez toujours les cartes: la psychologie du mensonge et de la duperie.

3. Croire à six choses impossibles avant le petit-déjeuner: quand la psychologie entre dans la zone d'ombre.

4. L'étrange science de la prise de décision.

5. La quête scientifique de la blague la plus drôle du monde: une plongée dans la psychologie de l'humour.

6. Saint ou pécheur? la psychologie de l'altruisme et de l'égoïsme.

Epilogue.


Rédigé par Isil

Publié dans #Livres - Autres

Publié le 4 Juillet 2009

Le monde selon Monsanto

De Marie-Monique Robin

Première parution: 2008

Edition La Découverte

400 pages

 

Quatrième de couverture : Monsanto est le leader mondial des OGM, mais c'est aussi l'une des entreprises les plus controversées de l'histoire industrielle. Production de PCB, de polystyrène, d'herbicides dévastateurs (agent orange) ou d'hormones de croissance bovine et laitière (interdites en Europe) : depuis sa création, en 1901, la firme a accumulé les procès en raison de la toxicité de ses produits. Pourtant, aujourd'hui, Monsanto se présente comme une entreprise des « sciences de la vie », récemment convertie aux vertus du développement durable. Qu'en est-il exactement ? Quels sont les objectifs de cette entreprise, qui, après avoir longtemps négligé les impacts écologiques et humains de ses activités, s'intéresse tout à coup au problème de la faim dans le monde ? Fruit d'une enquête exceptionnelle de trois ans qui a conduit Marie-Monique Robin dans trois continents (Amérique du Nord et du Sud, Europe et Asie), ce livre retrace l'histoire fort mal connue de cette entreprise.

 

 


J’ai mis énormément de temps à lire cette enquête sur l’entreprise Monsanto, version papier du reportage diffusé sur Arte il y a quelques temps. J’ai en effet un énorme défaut, lorsque je lis ce genre de chose, je suis tous les liens donnés. Ca ne facilite pas la lecture. Celui qui a déjà lu 64 pages en anglais sur le suicide des agriculteurs en Inde comprendra ma douleur. En outre, je n’ai jamais pris autant de notes. C’est un sujet qui m’intéresse puisque je suis fille d’agriculteur et que les produits phytosanitaires et les semenciers ont fait partie de mon quotidien pendant toute mon enfance (indirectement bien sûr, mes parents ne sont pas des tortionnaires qui envoyaient leurs enfants manier des produits dangereux à la sortie de l’école) et aujourd’hui encore, il m’arrive d’assister à de passionnantes conversations sur les avantages comparés de telle et telle variété de blé en terme de rendement ou de verse. Ma vie est tout à fait palpitante, n’est-ce pas ? 

Pour en revenir au livre, la thèse de Marie-Monique Robin est simple (voire simpliste ?) : Monsanto est prête à tout pour s’emparer de l’agriculture mondiale, ne se préoccupe pas de la santé humaine et met sur le marché uniquement des produits dangereux, que ce soient les PCB, le Roundup ou les OGM. Ses dirigeants infiltrent ou menacent tous les niveaux des Etats et toutes les institutions, y compris scientifiques.

 

 

Le début est incontestable, lorsque l’auteur évoque le scandale du PCB dans les années 70. Là, la journaliste s’appuie sur des faits reconnus et la seule chose qui me gêne un peu, c’est une forte tendance à vouloir faire pleurer dans les chaumières. S’en tenir aux faits me semble toujours plus probant que d’abuser d’un vocabulaire du domaine de l’émotion, phénomène assez généralisé et très agaçant du reportage de nos jours, qui passe encore moins à l’écrit. Cette petite facilité n’enlève rien à la démonstration cependant. Les problèmes posés par le lobbying et les liens entre économie et politique sont intéressants aussi mais parfois plus affirmés que clairement démontrés. Toute la partie sur les liens entre FDA (Food and Drug Administration, en charge de la réglementation légale pour la mise en place des produits sur le marché) et Monsanto (cela dit, ça marcherait avec la plupart des grandes entreprises) est intéressante. On voit que les liens étroits par le jeu des chaises musicales entre les entreprises et l’administration sont au moins discutables d’un point de vue éthique. Cela mériterait un livre en soi et pas juste quelques dizaines de pages.

 

La suite en revanche a fini par beaucoup me gêner. C’est un bel exemple d’une démonstration à charge avec une succession d’argumentations biaisées et d’affirmations assez vaguement étayées. Je ne prendrai qu’un exemple mais c’est loin d’être le seul. Le Roundup (un herbicide, produit phare de l’entreprise) est d’abord pris sous l’angle de l’argument de la publicité mensongère, ce qui est incontestable puisque la société a été condamnée : le produit n’est pas biodégradable à 100%. C’est alors que la démonstration part en vrille. De biodégradabilité, on passe à la toxicité (au passage, si le public fait l’amalgame entre les deux, j’imagine que ça ne nuira pas à la diabolisation voulue du produit et c’est toujours ça de gagné pour la suite) et alors, Marie-Monique Robin nous explique pourquoi il faut absolument interdire le Roundup et cette raison, c’est ... que des gens se suicident avec. Eh oui, j’ai découvert grâce à cet ouvrage qu’il ne faut pas boire de Round up (en tout cas, moins de ¾ de tasse, la dose létale). Alors, dans ma grande bonté, plutôt que de vous faire la liste de tous les produits qui devraient être interdits pour cause de suicide (ça va quand même de la corde (il faut dénoncer la Corderie royale de Rochefort) aux rivières, surtout celles avec des ponts - oui, interdisons les ponts et rendons Bouygues responsable), je vais vous apprendre que si une personne de 60 kg avale 240 grammes de sel, elle meurt aussi. Attention aussi à l’aspirine : chez les adultes, l’intoxication aiguë intervient à partir d'une prise de 10 g (http://www.freewebs.com/medicaments/medicament_aspirine.htm). Il est donc temps d’interdire l’aspirine, et je ne parle même pas du sirop contre la toux et du doliprane, véritables bombes à retardement (oui, avec moi, apprenez à manier le vocabulaire catastrophiste de base). Bref, si demain vous vous empoisonnez en avalant un sachet de sel entier, il ne faudra pas vous plaindre, je vous aurai prévenus.

 

Pour le reste, toute la démonstration (plus de la moitié du livre) est basée sur le prétendu danger lié aux OGM. Je n’ai pas vraiment d’avis sur le sujet. Le problème, c’est qu’il est difficile de juger si on manque de connaissances scientifiques comme c’est mon cas. Le principe « d’équivalence en substance » utilisé par la FDA (avec l’influence de Monsanto) pour faire passer la réglementation sur les OGM aux Etats-Unis est contesté par les anti-OGM. Mais là, j’avoue avoir eu du mal à suivre l’explication. Il y a aussi bataille d’experts sur des études, chacun y allant de son interprétation. Voici une étude qui est mise en cause par certains témoins : http://jn.nutrition.org/cgi/reprint/126/3/717. J’ai un peu cherché ce que les partisans OGM disaient de cette étude et en comparant avec ce que dit le chercheur interrogé par Marie-Monique Robin, il semblerait que ce soient plutôt ses adversaires qui aient raison puisque page 7, on peut lire que « There were no gross pathologic findings observed at necropsy that were considered related to genetic modification. However, the livers of several animals (males predominately) fed GTS and parental-line ground soy beans appeared a darker brown at necropsy; the liver of one diet control male also appeared darker. Because rats fed processed GTS and parental-line soybean meal did not exhibit a similar incidence of darker brown livers at necropsy, this finding may have been related to feeding rats high dietary levels of ground soybeans. Because this finding occurred both in rats fed ground GTS and in rats fed ground parental-line soybeans, it was not considered to be related to genetic modification. ». Bien sûr, là, je suis assez circonspecte parce que je ne suis pas scientifique et il y a forcément des termes qui m’échappent, donc c’est difficile d’avoir un avis absolument tranché.

      Mais dès que l’on sortait de l’explication purement scientifique, là encore, beaucoup d’arguments sont à la limite de la mauvaise foi. Comme lorsqu’elle tire des conclusions très ‘personnelles’ de réponses de Robert Shapiro (ancien PDG de Monsanto). Il est convaincu de la nécessité pour Monsanto de se lancer dans le développement durable et pense que les OGM en font partie, et pourtant il n’achète pas de produits laitiers biologiques (en relation avec le rBGH, l’hormone laitière). Ah ah ! Pris en flagrant délit ! De quoi je ne sais pas mais apparemment, pour l’auteur, c’est un signe. Bon, comme je suis plutôt de l'avis de ce méchant homme, même si j’ai tendance à penser que Monsanto n’est pas forcément le meilleur symbole de développement durable, je ne vois pas trop où est le problème.

 

Ensuite, en suivant les liens donnés, j’ai eu quelques surprises. On a l’impression par exemple que de multiples documents viennent affirmer la toxicité des OGM. En suivant les liens, je me suis aperçue qu’en fait, tout tourne toujours autour de deux ou trois mêmes études (contestées par le reste de la communauté scientifique mais c’est tellement nébuleux que à part de la confusion, ça ne m’a pas apporté de réponse et je n’ai pas réussi à me faire d’opinion entre complot mondial d’un côté et excès de diabolisation de l’autre), qui sont reprises à l’infini par les anti-OGM. Les liens renvoient aussi très souvent à des articles de journaux étrangers qui utilisent les mêmes sources sans jamais les mettre en doute (alors que, quand tout ce qu’on trouve est sous-tendu par une idéologie, même sympathique à priori, cela devrait être questionné, me semble-t-il, que ce soit dans le domaine économique, politique ou environnemental). Là encore, la plupart des liens renvoient vers des organisations écologistes (dont la composition des comités scientifiques prêtent parfois à rire en plus), anti-OGM par principe et quand on essaie de voir sur quoi elles se basent, c’est le flou le plus total, toutes reprenant mot pour mot les mêmes phrases toutes faites censées être basées sur ces mêmes études contestées qui tournent en boucle. Pour moi, tout cela n’est donc pas totalement convaincant même si c’est troublant.

Mais le pire, c’est que les agriculteurs m’ont l’air bien trop passifs pour que ce soit honnête. On m’explique que l’hormone laitière est super dangereuse et provoque énormément de problèmes de mammites et là, j’avoue que je ne comprends pas bien les agriculteurs américains. Seraient-ils plus stupides que tous les agriculteurs autour de moi, qui quand ils sont déçus par un produit en changent ? Pareil pour les OGM. On ne parle pas de machines-outils hyper coûteuses qui prennent des années pour être rentabilisés. Lorsqu’un agriculteur n’est pas satisfait de la semence qu’il a utilisée, il en change (cela fait bien longtemps que la plupart des agriculteurs rachètent tous les ans leurs semences dans les pays occidentaux), donc cette idée qu’il soit difficile de revenir en arrière dans le cas des OGM, j’avoue que j’aurais besoin de beaucoup plus d’arguments pour être convaincue qu’une simple affirmation. Les agriculteurs indiens pourraient très bien revenir à des semences traditionnelles moins chères. Pourquoi s’obstinent-ils à semer ces plantes (et même de plus en plus nombreux, semble-t-il) s’ils voient qu’elles n’apportent pas plus de bénéfices que d’inconvénients à leurs voisins qui les utilisent ? S’il y avait tant de problèmes, serait-ce économiquement viable ? Le produit ne disparaîtrait-il pas de lui-même ? Cela fait pourtant des années que ces semences sont utilisées. Voilà des questions que je me pose à la lecture de ce livre. Au moins, les quelques pages qui expliquent pourquoi les résultats du Roundup-ready ne sont pas miraculeux sont probablement les seules qui ne m’ont pas fait sursauter et je les ai même trouvées très convaincantes (ça fait quand même seulement une dizaine de pages sur l’ensemble) sauf que finalement, c’est une cause plus politique que technique qui explique leur échec (le maïs s’est effondré à l’exportation en raison du rejet européen). Donc, globalement, plus j’avançais dans ma lecture et plus j’étais sceptique. Le problème, c’est qu’à force d’accuser chaque chose et chacun de tous les maux, ça finit par paraître un peu trop pour être honnête. Ainsi, dans le chapitre sur le brevetage du vivant, les agriculteurs américains sont présentés comme de pauvres victimes innocentes. Alors là, je veux qu’on me les présente. Un agriculteur qu’on oblige à signer quelque chose contre son gré, c’est une espèce rare qu’il faut exposer. Les agriculteurs occidentaux sont aussi des chefs d’entreprise qui savent en général faire jouer la concurrence et s’ils signent ces contrats, encore une fois, c’est qu’ils y trouvent certainement leur compte d’un point de vue économique. Que l’on puisse reprocher des abus à l’entreprise, certainement, mais qu’on le fasse au moins avec honnêteté. Même quand la journaliste dénonce les méthodes odieuses de l’entreprise en cas de litige avec ces agriculteurs, on commence par s’insurger devant des cas de toute évidence scandaleux, avant que ça devienne vite n’importe quoi. Sur cinq exemples d’agriculteurs abusés, deux sont d’une mauvaise foi totale. Ainsi le témoignage le plus intéressant qui montre bien des pratiques peu reluisantes et qui est en soi très efficace est gâché par d’autres qui font rire tellement ils sont maladroits. Ainsi, un certain Mitchell Scruggs garde des semences OGM Monsanto pour l’année suivante (contrairement au contrat qu’il a accepté de signer) car il trouve ça cher et pour des raisons idéologiques. Si c’est trop cher et qu’il refuse le principe de ne pas garder ses semences, qu’est-ce qui l’empêchait de semer uniquement des non-OGM ? (D’autant que 25% de ses semences sont encore conventionnelles) Ne sait-il pas que Monsanto a des concurrents très bien positionnés qui se feraient certainement un plaisir de lui vendre d’autres semences, qu’elles soient OGM ou pas ? Et en plus, ça lui ferait les pieds à Monsanto de perdre son marché. Ca, c’est un mystère qui n’est pas vraiment résolu dans ce livre. Personnellement j’ai deux pistes, idiotie ou malhonnêteté mais faute d’indice... Donc, Michael préfère tricher avec la plus parfaite mauvaise foi et est fort surpris d’être poursuivi en justice.

             Plus largement, la vision de l’agriculture véhiculée par ce livre me hérisse carrément. Ca se résume à « au temps de la bouillie bordelaise, c’était mieux » (d’ailleurs existe-t-il des études sur les méfaits du cuivre sur l’environnement ? Je serais curieuse de le savoir). Cette vision idyllique et simpliste de l’agriculture traditionnelle pure et naturelle et donc sans dangers (ah le bon vieux temps des charançons qui tombaient dans la soupe !) opposée à une agriculture moderne sans foi ni loi me porte sur les nerfs de plus en plus. L’idéologie de la journaliste est tellement visible que ça en devient désagréablement perturbant. Le vocabulaire béatifiant sur la nature laisse pantois. « Notre bonne vieille mère nature » (elle me semble au moins être aussi souvent capable de congeler ses enfants que d’être bonne pour eux, cette mère, me semble-t-il) est mise à toutes les sauces. Les seuls scientifiques qui ne sont pas corrompus sont ceux qui partagent son point de vue, même s’ils ne s’expriment pas dans leur domaine de compétence. Personnellement, ça ne me suffit pas pour être convaincue.
 

J’ai en fait parfois eu le sentiment qu’on essayait quasiment de me manipuler en faisant vibrer la corde sensible plutôt que mon cerveau. Un comble pour un ouvrage qui se veut dénonciateur. Dans le fond, je trouve que le vrai problème, ce n’est pas Monsanto mais c’est la FDA, dont le mode de fonctionnement est certes contestable, et le principe même du lobbying qui n’est pas l’apanage de Monsanto, loin de là, fait beaucoup de dégâts. Pour le reste, j’ai beaucoup de doutes, la démonstration me semblant trop être un mélange de théorie du complot et d’écologie de comptoir. Souvent, Monsanto est coupable là où il me semble que ce sont plutôt des Etats et leur politique ultra libérale qui sont responsables des abus. Je n’ai finalement pas le sentiment d’avoir appris grand-chose sur Monsanto. Mais ici, il s’agit d’ailleurs surtout d’une attaque contre ses produits et surtout les OGM. Certes, c’est une entreprise cynique dont les pouvoirs sont trop délayés pour que quiconque soit responsable. Certes, ils tentent de mettre en place des choses inacceptables, mais n’est-ce pas aux pouvoirs publics de jouer leur rôle alors ? Certes, les discours scientistes et béatifiants à base de « on va sauver le monde » d’une entreprise dont le premier objectif est le profit sont assez risibles. En dehors du gros scandale des années 70 (là, on est vraiment dans l’infâme), certaines choses sont encore inacceptables mais rien de ce qui est dans ce livre ne me semble effroyable au point de justifier un tel déchaînement.

 

Sur le fond, je ne sais donc pas trop ce que vaut ce livre faute de capacités scientifiques pour le décortiquer plus avant. Sur la forme, je le trouve souvent sujet à caution et il y a trop de points qui m’ont semblés aberrants pour que je puisse accepter le reste sans plus de preuves que des témoignages (comme pour les maïs ‘monstres’ du Mexique). Le problème ici, c’est que s’il y a démonstration de réels dangers, ils sont noyés dans la masse du flou artistique et des imprécisions (le mélange des causes de tout ce qui est dénoncé pour l’Argentine et l’Inde* –je me suis demandée à plusieurs reprise ce que Monsanto venait faire dans ces histoires - serait presque risible si ce n’était une enquête censée être sérieuse) et au bout d’un moment, je me dis que si elle se trompe sur un point, elle peut aussi bien se tromper sur tout et que si ce n’est pas le cas, comment savoir ce qui est vrai ou pas ? Dans le doute, je vais donc m’abstenir de prendre ce livre au sérieux. J’ai en fait surtout appris que la surproduction agricole est un problème (c’est déjà arrivé avant les OGM), que les gros exploitants argentins se comportent très mal vis à vis des petits paysans locaux et que le surendettement et l’usure en Inde sont très importants. Que cela soit directement lié à Monsanto me semble plus sujet à caution.

Je ne regrette pourtant pas ma lecture. Cela me permettra d’aborder désormais les documentaires télévisés avec beaucoup plus de circonspection. En regardant le documentaire filmé, je dois reconnaître que je n’aurais certainement pas eu le même regard critique. Lire un témoignage n’a pas le même impact que voir une sympathique victime en vrai et on n’a pas le temps de s’arrêter pour réfléchir vraiment à ce qu’on a entendu et à en percevoir les limites. Avec un livre, on est moins dans la compassion immédiate ou l’émotion et plus dans la réflexion.

 

Un peu de démagogie pour terminer : merci à mes parents agriculteurs de m’avoir expliqué il y a fort longtemps qu’il ne faut pas boire de Roundup.

Merci à Babelio et Arte pour l'envoi du livre.


* Pour les suicides des agriculteurs indiens, une étude (publiée après l’enquête de Marie-Monique Robin) semble conclure qu’ils ne sont pas particulièrement liés aux OGM, même si les conclusions n’excluent pas totalement certains cas. Comme elle parait assez honnête, je donne le lien: http://www.navdanya.org/news/IFPRIDP00808.pdf.

Elle est très intéressante mais en anglais.

Rédigé par Isil

Publié dans #Livres - Autres

Publié le 1 Juillet 2009

 

Ah si seulement j’avais choisi Allemand LV2 ! Ah mais... j’ai choisi allemand LV2. J’en ai même fait cinq ans, au collège et au lycée. Tout ça pour être capable de dire « Wo wohnst du ? », « Umweltverschmutzung », « bleifrei benzin », « Ich bin ein Berliner » et mon mot préféré, celui que j’attends toujours de pouvoir caser un jour dans une conversation, « Toilettenspülung ». Je ne suis capable de former que deux phrases complètes donc. Ce n’est pas très brillant. C’est pour ça qu’on m’a demandé d’accompagner une ado à Berlin. Et c’est dans un mois pile. Et je ne pars jamais en vacances l’été d’habitude pour pouvoir partir à l’avanture. Et rien n’est réservé ou préparé. Et je pars pour mes vraies vacances juste avant. Tout va bien sinon. Enfin, c’est là que j’ai besoin d’un peu d’aide.


Je ne connais pas du tout la ville. Si vous avez des conseils pour des hôtels pas trop chers et bien placés (ou au moins avec un accès facile au centre historique) et des visites à faire avec une fille de 15 ans, vos conseils sont les bienvenus.

Merci d’avance.

Rédigé par Isil

Publié dans #Sorties - Voyages