Publié le 26 Mai 2010

Je peux enfin révéler à Titine (et accessoirement aux lecteurs de ce blog) le fin mot de mon retard lors de notre dernier rendez-vous. swap-Holmes.pngJ’ai eu un invité de dernière minute, le colis du swap Holmes. Bien sûr, aller chercher son courrier au moment où l’on part n’est jamais une excellente idée. Comme je partais en week-end, j’ai hésité à peu près… non, honnêtement, je n’ai pas hésité, j’ai préféré faire attendre une copine qu’être obligée d'attendre plus de quarante-huit heures pour l’ouvrir. Il y a quand même des priorités dans la vie (enfin, j’ai été puni par le dieu des swaps puisque c’est moi qui ai attendu au final).

swap-Holmes-1.jpgMais bon, comment résister à tous ces jolis paquets à l’élégance holmesienne, surtout lorsqu’ils sont accompagnés d’une si jolie carte. On peut aussi voir la carte de visite de Sherlock Holmes Mais que contenaient donc tous ces paquets argentés? Elémentaire mon cher Watson, il suffit de déballer…

 

Des livres :

swap-Holmes-2.jpg- Les aventures de Sherlock Holmes tome 1, parce que je suis devenue fan du détective en lisant Une étude en rouge au cours du swap et que c’est arrivé aux oreilles de ma swappeuse, qui du coup m’a trop gâtée en rajoutant ce livre au colis déjà bien rempli.

- The Valley of fear, d’Arthur Conan Doyle, parce que avant ce swap, je n’avais lu qu’une seule aventure de Sherlock et ça, c’est une faute grave mais heureusement ma swappeuse était là pour la réparer.

- His last bow & the case-book of Sherlock Holmes, du même et pour les mêmes raisons.

- L’instinct de l’équarrisseur, de Thomas Day, un livre que je vais garder précieusement dans un coin en attendant de lire tout Sherlock pour mieux l’apprécier ensuite. Je me régale à l’avance.

Comme je suis un peu maniaque en matière de livres et que j’aime avoir des collections complètes, je vais donc devoir acheter les Sherlock qui me manquent à la fois dans la collection anglaise Penguin et chez Omnibus en français mais je décline toute responsabilité. Qu’il soit clair que c’est UNIQUEMENT la faute de ma swappeuse.

 

 

Des gourmandises so british :

swap-Holmes-3.jpg- Des biscuits apéritifs au bacon

- des shortbreads, dont je ne me lasse jamais

- du whisky, « pour se tenir chaud pendant les planques et se donner du courage »

- de la moutarde anglaise, parce que « le personnage est… piquant » et aussi parce que il faut bien accompagner le rosbif avant de passer au whisky

 

 

Des surprises avec par ordre d’apparition :

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Je suis calme, je suis calme, je suis très calme... bon allez, juste un petit sourcil!

J’ai eu un soupçon sur l’identité de ma swappeuse dès la lecture du post-it accompagnant le premier paquet : « Je sais que tu ne couineras pas mais me maudiras-tu ? ». Il n’y a qu’une personne pour tenter une manœuvre aussi déloyale pour me faire passer du côté obscur du couinement. Sachez que j’ai résisté mais à la découverte de cette magnifique housse de coussin à l’effigie du dernier Watson en date (car je suis très fan de Watson, bien-sûr, il ne saurait y avoir d’autre raison), j’ai quand même soulevé les deux sourcils en faisant ‘oh !’ (ou peut-être était-ce un ‘hmmm’)

 

swap-Holmes-5.jpgJe suis sûre que ma swappeuse est encore plus retorse qu’elle en a l’air. Après avoir déjoué son premier plan diabolique, j’ai été à deux doigts de glousser de plaisir en ouvrant mon deuxième paquet qui contenait une serviette de bar et des dessous-de-verre à l’effigie de Sherlock Holmes. Eh oui, ça peut surprendre mais j’adore ça (non, je ne suis pas perturbée, juste psychologiquement différente, à la limite) et je vais avoir des verres à bières très brillants.

 

swap-Holmes-6.jpgEt pour accompagner toutes ces merveilles, un objet « pour occuper les longues heures de diligence », l’ancêtre de la console de jeu, le mini flipper (je ne comprends pas pourquoi ON veut m’empêcher de l’emporter pour le voyage en train vers Londres la semaine prochaine, tout ça pour de vagues histoires de petits bruits de ressorts et de billes très agaçants, si j’ai bien compris). Ce genre d'objet me fait toujours penser au policier dans le film Laura qui joue avec une sorte de casse-tête avec une bille. L'effet est doublement réussi donc.

 


Mais qui est donc cette swappeuse machiavélique qui a tenté perfidement de me faire craquer ? C’est… Fashion, à qui j’avais bien sûr affirmé en d’autres lieux que j’étais sûre de ne pas être sa swappée. Le Sherlock qui sommeille en moi s’est très profondément endormi. A cause d'elle, je suis maintenant devant un grave dilemme. Vais-je acheter un coussin pour mettre dans ma housse, au risque d'associer à jamais le sentiment de honte qui me traversera à chaque fois que quelqu'un le verra au nom de Fashion? Ma vie est parfois très compliquée.

Parce que je ne suis pas rancunière, un grand merci à toi, Fashion, pour ce magnifique colis. Tu n’aurais pu mieux choisir, même la housse Jude oups Watson.

 

Et merci aux organisatrices du swap, Fashion, encore une fois, et Emma.

 

Et pour voir le colis que j'ai envoyé à ma swappée, c'est par là


Ah, j’allais oublier : Sherlock rules !

swap-Holmes-7.jpgParce que je ne m'en lasse pas...

Rédigé par Isil

Publié dans #Swap

Publié le 25 Mai 2010

 

La chasse au SnarkCarroll-Chasse-au-Snark.jpg

Suivi de A travers le Jabberwocky

De Lewis Carroll

Titre original: The hunting of the Snark, An agony in eight fits

Première parution: 1874

Edition Folio

132 pages

 

 

Quatrième de couverture : Un cireur de souliers, un fabricant de bonnets, un boulanger, un avocat et un castor, entre autres personnages, partent à la chasse d'un animal fantastique : le Snark. En espérant qu'il ne s'agira pas d'un boojum ! Moins connu qu'Alice au pays des merveilles mais aussi extravagant, La chasse au Snark conserve toute sa puissance comique. En regard du texte anglais, accompagné des illustrations originales de Henry Holiday, la traduction de l'oulipien Jacques Roubaud respecte l'oralité de ce long poème. Elle est suivie d'une analyse par le linguiste Bernard Cerquiglini.

L'occasion d'une promenade savoureuse à travers l'oeuvre de Lewis Carroll pour redécouvrir, à l'aune des recherches de Joyce et d'Artaud, l'un des chefs-d'oeuvre de la littérature victorienne.

 

 


     La chasse au Snark est une pépite. Pourtant, même si j’adore l’absurde britannique, lire ce poème me faisait peur. Je suis une lectrice de poésie très médiocre alors avec le côté délirant de Carroll, je craignais de ne rien comprendre et de m’ennuyer. Pour être honnête, je crois que je n’y ai pas compris grand-chose et c’est peut-être aussi la preuve que je ne sais pas lire parce que si Carroll a voulu dire quelque chose ou faire passer un message à travers son texte, je suis passée totalement à côté. Je serais bien incapable d’en dire quoi que ce soit de précis.

     En revanche, si je ne sais toujours pas vraiment si ce texte a un sens caché, je peux dire que je l’ai trouvé passionnant à lire. Non seulement ce poème est formellement très réussi mais il est en plus très abordable. On suit le voyage improbable de chasseurs tout aussi improbables d’une créature impossible, le Snark. Même si Carroll y manie l’absurde en permanence, l’ensemble du texte est magnifiquement cohérent. C’est délirant mais compréhensible.

 

     Hélas, la version française perd des détails qui, s’ils ne sont pas nécessaires à la compréhension, font en partie le sel du texte. Ainsi, chaque membre de l’équipage qui part à la chasse au Snark a une profession (ou dans un cas est un animal) qui commence par la lettre ‘B’ : Beaver (Castor), Butcher (Boucher), Bellman (Homme à la cloche), Banker (Banquier)… Pour le reste, dans l’une ou l’autre version, ce texte est splendide.

 

La Chasse au Snark est suivie par une comparaison des mots-valises inventés par Lewis Carroll qu’on trouve dans le Jabberwocky. J’ai trouvé étrange ce choix de placer cette étude après La Chasse au Snark plutôt que à la suite de « Derrière le mirroir » car j’ai eu du mal à resituer le texte dans son contexte mais la comparaison elle-même est passionnante pour qui s’intéresse à la traduction.

 

Parce que je ne me sens pas à la hauteur pour parler de ce genre d’ouvrage, et que rien ne vaut le texte, voici une citation (qui revient à plusieurs reprises) qui ici semble obscure mais qui semble tout à fait logique à la lecture:    

“They sought it with thimbles, they sought it with care;

They pursued it with forks and hope;

They threatened its life with a railway-share;

They charmed it with smiles and soap.”

 

“Ils le chassèrent avec des dés à coudre

Ils le chassèrent avec passion

Ils le poursuivirent avec des fourchettes et de l’espoir

Ils menacèrent sa vie avec une action de chemin de fer

Ils le charmèrent avec des sourires et du savon”

 

Merci aux éditions Folio.

EnglishClassicsMaxiBordeaux.jpg  LireEnVo

Publié le 19 Mai 2010

Les fables de l’HumpurBordage-Fables de l'Humpur

De Pierre Bordage

Première parution: 1999

Edition Au Diable Vauvert

574 pages

 

 

Véhir est un grogne (mi homme-mi cochon). Il se soumet aux règles très dures de son village, où tout se partage mais son désir d’individualité est le plus fort et il s’enfuit. Il croise sur sa route Tia, une hurle (mi femme-mi loup), qui fuit Luprat, la cité des loups pour éviter un mariage forcé. Tous deux partent à la recherche des dieux humains, objets de légendes.

 

Quatrième de couverture : Dans le pays de la Dorgne, des êtres mi-hommes mi-animaux perdent peu à peu leur patrimoine génétique originel pour s'enfoncer inexorablement dans la régression. Tribus dominantes carnivores, communautés agricoles servant de pâture aux clans prédateurs, tous sont soumis aux lois de l'Humpur qui punissent de mort les mélanges entre clans et les sentiments humains.

Les Fables de l'Humpur étonne par l'originalité de son style. Mais ce livre singulier est avant tout un fabuleux roman d'amour, une ode à la différence et sans doute l'une des plus belles histoires de Bordage.

 

 


Les fables de l’Humpur est un roman difficile à classer Il mêle fantasy et science-fiction, en recréant un univers moyenâgeux dans le futur. Ce qui frappe d’abord, c’est le style. Bordage crée un langage particulier, à base de mots et de formes anciens (j’ai reconnu un mot de mon enfance, les « grolles » qui sont des « corbeaux » en patois) dans les dialogues. C’est bien fait, vraiment très agréable à lire et très original.

Ensuite, l’univers développé par l’auteur est également tout à fait réussi. On y découvre un monde âpre où toute individualité est sévèrement réprimée et où l’on ne doit faire que des tâches destinées à la survie de l’espèce. Les héros du récit, rares porteurs de volonté individuelle et d’un restant d’humanité, doivent en permanence lutter contre leur nature animale. Ainsi, Tia la hurle ne peut s’approcher de Véhir le grogne sans avoir envie de le dévorer comme son instinct l’y pousse.

 

Le roman est une sorte de voyage initiatique, une fable (chaque chapitre est d’ailleurs introduit par un fabliau brillant en lien avec l’histoire) sur la tolérance, mais aussi sur la religion.

J’ai suivi les pérégrinations des personnages avec intérêt, même si j’ai trouvé une certaine naïveté dans ces amitiés improbables. Les Fables de l’Humpur sont une belle réussite.

 

Merci aux Editions du Diable Vauvert.