Publié le 27 Octobre 2011

C'est Chiffonnette qui le dit

Jeudi citation

 

Parce que je suis plongée dans l'histoire en ce moment, je me suis rappelée qu'à l'école je croyais que cette discipline était juste une succession de dates de batailles et de règnes... après, j'ai eu des bons professeurs:
 

"But history, real solemn history, I cannot be interested in. Can you?"

"Yes, I am fond of history."

"I wish I were too. I read it a little as a duty, but it tells me nothing that does not either vex or weary me. The quarrels of popes and kings, with wars or pestilences, in every page; the men all so good for nothing, and hardly any women at all—it is very tiresome."

 

Mais l’histoire, la solennelle histoire réelle ne m’intéresse pas. Et vous ?

– J’adore l’histoire.

– Comme je vous envie ! J’en ai lu un peu, par devoir ; mais je n’y vois rien qui ne m’irrite ou ne m’ennuie : des querelles de papes et de rois, des guerres ou des pestes à chaque page, des hommes qui ne valent pas grand’chose, et presque pas de femmes, – c’est très fastidieux.

Jane Austen - Northanger Abbey

Rédigé par Isil

Publié dans #Citations du jeudi

Publié le 20 Octobre 2011

C'est Chiffonnette qui le dit,

Jeudi citation

 

De l'utilité des livres dans la profession de criminel:

« – Moi, monsieur, continua le clergyman, je suis un reclus, un étudiant, un compulseur de bouquins. Les événements m’ont fait reconnaître ma sottise depuis peu et je désire apprendre la vie. Quand je dis la vie, ajouta-t-il, je n’entends pas ce qu’on en trouve dans les romans de Thackeray, mais les crimes, les aventures secrètes de notre société, et les principes de sage conduite à tenir dans des circonstances exceptionnelles. Je suis un travailleur, monsieur ; la chose peut-elle être apprise dans les livres ?

– Vous me mettez dans l’embarras, dit l’étranger ; j’avoue n’avoir pas grande idée de l’utilité des livres, sauf comme amusement pendant un voyage en chemin de fer. Il existe toutefois, je suppose, quelques traités très exacts sur l’astronomie, l’agriculture et l’art de faire des fleurs en papier. Sur les emplois secondaires de la vie, je crains que vous ne trouviez rien de véridique. Cependant, attendez, ajouta-t-il ; avez-vous lu Gaboriau ? »

Robert-Louis Stevenson – Nouvelles Mille et une nuits, Histoire du jeune ecclesiastique

Rédigé par Isil

Publié dans #Citations du jeudi

Publié le 15 Octobre 2011

Il nome della rosaEco-Nome della rosa

De Umberto Eco

Première parution: 1980

Edition Bompiani

533 pages

 

En novembre 1327, dans un contexte politique et religieux instable, Guillaume de Baskerville, moine franciscain et Adso de Melk, novice bénédictin qui lui sert de secrétaire, arrivent dans une abbaye bénédictine du nord de l’Italie. Un débat théologique aux répercussions importantes doit avoir lieu entre les franciscains et les hommes du Pape Jean XXII. L’abbé demande à Guillaume, ancien inquisiteur et qui démontre une grande capacité de raisonnement dès son arrivée, d’enquêter sur la mort mystérieuse d’un moine. Mais les morts vont s'enchainer et Guillaume va avoir bien du mal à faire la lumière sur des événements qui semblent en lien avec la bibliothèque alors qu'on lui en interdit l'accès. La difficulté est encore accrue lorsqu'il découvre qu'il se passe énormément de choses étranges la nuit dans ce monastère.

 

 


     J’avais lu et adoré Le Nom de la rose après avoir vu le film d’Annaud. La relecture a été un véritable délice tant ce roman est excellent et offre de multiples niveaux de lecture.

 

     C’est d’abord une histoire policière médiévale bien construite et passionnante à suivre, surtout pour quelqu’un qui aime les livres puisque tout tourne autour d’une bibliothèque et d’un livre en particulier. Le narrateur, Adso de Melk raconte l’histoire tout comme le docteur Watson raconte les aventures de Sherlock Holmes, ce qui fait que le lecteur peut vraiment suivre le déroulement de l’intrigue au fur et à mesure en étant au même niveau de compréhension que le narrateur. La référence à Sherlock Holmes avec le nom de « Baskerville » n’est d’ailleurs pas un hasard tant on sent l’hommage au héros d’Arthur Conan Doyle. Guillaume de Baskerville, bien que beaucoup plus âgé, ressemble physiquement et moralement à Holmes. Ils ont non seulement des capacités de raisonnement impressionnantes mais également des périodes de grande activité pouvant faire place à des périodes d’abattement.

     L’intrigue policière permet de mettre en avant ce qui me plait le plus dans ce roman. C’est une sorte d’hymne à la rationalité (même si Guillaume va lui-même devoir reconnaître que parfois, trop de raisonnements nuisent). Guillaume est un ami de Guillaume d’Occam, qui a donné son nom à un principe important de la pensée rationaliste, et un disciple de Roger Bacon, savant médiéval célèbre qu’on peut aussi rapprocher du rationalisme. Tout au long du roman, on sent que les interrogations scientifiques et le progrès passionnent Guillaume autant sinon plus que les interrogations métaphysiques des autres protagonistes.

 

     Ce qui m’a frappé à la relecture, c’est que l’intrigue policière est tout de même moins présente que dans mon souvenir (sans doute influencé par le film où elle est plus prégnante). L’érudition historique y est importante et tout le contexte est très analysé. Le roman décrit une époque très troublée. Le souvenir des grandes hérésies est très présent, les luttes politiques entre la papauté et l’Empereur mettent toute la chrétienté dans un grand état d’instabilité. Les nuances politiques ont certainement été les parties où je n’ai pas saisi toutes les nuances (quoique les hérésies ne sont pas toujours simples à suivre non plus). Heureusement, l’érudition n’est pas pesante. En fait, le style d’Eco est très abordable. Les cent premières pages et leurs longues descriptions peuvent faire peur mais ça reste simple d’accès. On sent qu’Eco a choisi de mêler un sujet pointu à son goût pour la culture populaire (la référence à Holmes en est d’ailleurs un premier signe évident). Ce qui explique certainement pourquoi Le Nom de la rose a été un succès populaire aussi bien que critique.

     Mais pour Eco, être populaire, ce n’est pas céder à la facilité et je ne peux qu’admirer comment ce roman est admirablement construit. Par exemple, ce qui me frappe toujours dans certains romans historiques, c’est la façon dont un élément qui doit être expliqué pour le lectorat peut sembler artificielle parfois. Le problème c’est qu’à la première personne, dans ce qui est censé être un manuscrit de l’époque retrouvé, les gens sont censés comprendre de quoi on parle donc on sent trop que le narrateur s’adresse à nous lecteur d’aujourd’hui et pas à ceux à qui le manuscrit est censé être adressé. Eco a judicieusement évité l’écueil en plaçant Adso en situation de raconter l’histoire alors qu’il est âgé. Ainsi, on peut imaginer que cinquante ans après les événements, tout le monde ne connaît pas bien le contexte. Et surtout Adso ne comprend pas tout lui-même, même avec le recul (quand il essaie d’expliquer ce qu’est l’ironie avec le plus grand sérieux parce qu’il a lui-même du mal à saisir l’ironie de son maître, c’est assez amusant, par exemple) et ça joue sur le naturel avec lequel c’est raconté. C’est la première fois que je ressens presque l’envie de croire que ce manuscrit existe vraiment quelque part tant c’est bien fait. L’autre grande réussite sur la forme, pour moi, c’est qu’Eco a échappé à la tentation de l’anachronisme (Guillaume, malgré son rationalisme s'intègre bien à l'époque médiévale). On n’a pas du tout le sentiment qu’il y en a (sans doute un spécialiste pourrait en trouver, je ne parle que du lecteur ‘moyen’ ayant une connaissance existante mais peu approfondie du Moyen Age). Le comble, c’est qu’il y en a au moins un (volontaire) que je n’aurais pas remarqué si Eco ne le révélait pas en d’autres lieux. Citer un philosophe du vingtième siècle (Wittgenstein) en vieil allemand dans un texte médiéval, c’est du grand art.

 

     Bref (oui, c’est de l’ironie, étant donnée la longueur de ce qui précède, je me suis un peu emballée), Eco a réussi un roman merveilleux, à l'ambiance médiévale, à la fois complexe dans ce qu’il énonce (parce que malgré l’impression qu’il y a énormément de thèmes différents, tout finit par se rejoindre) et simple dans la forme (même en italien, j’ai presque tout compris, c’est dire) malgré les formules latines qui émaillent le récit. C’est simple, j’ai envie de le relire (mais avant, j’essaierai de comprendre un peu la symbolique sous-jacente)

 

     Je conseille également la lecture de « Apostille au "Nom de la rose" », un essai dans lequel Eco explique toute sa démarche d’auteur et c’est absolument passionnant à lire. Ainsi, on peut découvrir que si ça se passe dans une région assez froide de l'Italie c'est parce qu'Eco avait besoin de sang de porc et que ce soit en novembre (pour des raisons qui sont évidentes une fois qu'il les énonce mais à laquelle on ne pense pas forcément soi-même à la lecture). J’aime beaucoup ce qu’il dit à propos de l’écrivain qui propose au lecteur non ce qu’il veut mais ce qu’il devrait vouloir sans le savoir. Et il explique tout de façon claire avec des exemples simples.  Et puis de toute façon, un intellectuel qui cite Snoopy est tout simplement parfait.

 

Une lecture commune avec Efelle et Choupynette.

Publié le 13 Octobre 2011

C'est Chiffonnette qui le dit,

Jeudi citation

 

Un peu de clichés sur les sexes... ou à cliché, cliché et demi:

« – Vous autres hommes, répliqua-t-elle, vous êtes trop grossièrement faits, pour pouvoir apprécier les nuances d’une intention. Vous êtes vous-mêmes rapaces, violents, impudiques et indifférents à toute espèce de sentiments élevés ; n’importe, le moindre calcul vous choque de la part d’une femme. Je ne puis supporter de pareilles sornettes. Vous mépriseriez, chez le plus bête de vos semblables, les scrupules imbéciles que vous vous attendez à trouver en nous. »

Robert-Louis Stevenson – Nouvelles Mille et une nuits, Histoire du carton à chapeau

Rédigé par Isil

Publié dans #Citations du jeudi

Publié le 6 Octobre 2011

C'est Chiffonnette qui le dit,

Jeudi citation

 

Lire, c'est dangereux (certes, certains livres sont plus dangereux que d'autres, on ne parle pas de Oui-Oui et le chien qui saute dans ce passage... oui, je spoile, il n'y a aucun manuscrit d'Enid Blyton dans les abbayes bénédictines du XIVè siècle)

“Ma la chiesa può sopportare l’eresia dei semplici, i quali si condannano da soli, rovinati dalla loro ignoranza. La incolta dissennatezza di Dolcino e dei suoi pari non porrà mai in crisi l’ordine divino. Predicherà violenza e morirà di violenza, non lascerà traccia, si consumerà così come si consuma il carnavale, e non importa se durante la festa si sarà prodotta in terra, e per breve tempo, l’epifania del mondo della rovescia. Basta che il gesto non si trasformi in disegno, che questo volgare non trovi un latino che lo traduca. Il riso libera il villano dalla paura del diavolo, perché nella festa degli stolti anche il diavolo appare povero e stolto, dunque controllabile. Ma questo libro potrebbe insegnare che liberarsi della paura del diavolo è sapienza.”

 

La traduction de Jean-Noël Schifano:

« Mais l’église peut supporter l’hérésie des simples, lesquels se condamnent eux-mêmes, ruinés par leur ignorance. L’inculte folie de Dolcino et de ses pairs ne mettra jamais en crise l’ordre divin. Il prêchera la violence et mourra dans la violence, il ne laissera point de trace, il se consumera ainsi que se consume le carnaval, et peu importe si au cours de la fête se sera produite sur la terre, et pour un temps compté, l’épiphanie du monde à l’envers. Il suffit que le geste ne se transforme pas en dessein, que cette langue vulgaire n’en trouve pas une latine qui la traduise. Le rire libère le vilain de la peur du diable, parce que, à la fête des fols, le diable même apparaît comme pauvre et fol, donc contrôlable. Mais ce livre pourrait enseigner que se libérer de la peur du diable est sapience. »

Umberto Eco – Il nome della rosa (Le nom de la rose)

Rédigé par Isil

Publié dans #Citations du jeudi