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Publié le 28 Juin 2011

Œuvres complètes d’OssianMacPherson-Ossian

De James Macpherson

Titre original: The poems of Ossian

Première parution: 1765

Edition Editions Transatlantiques

189 pages

 

Quatrième de couverture : Les Grecs puisèrent leurs fictions dans leur esprit ; Ossian trouva les siennes dans son cœur…

Alors que nous n’avons pratiquement plus de documents historiques sur l’épopée celtique des premiers siècles de notre Histoire, le témoignage d’Ossian est de tout premier ordre et, tous ceux et toutes celles qui recherchent en eux, leurs lointaines racines celtiques, se doivent de connaître puis d’étudier l’œuvre d’Ossian.

Ils pourront retrouver la morale philosophique et religieuse qu’enseignaient encore les druides au 3è siècle.

 


En 1761, Seumas MacMhuirich (James Macpherson), un poète écossais, annonce avoir découvert un texte écrit par Ossian, supposé barde écossais du 3è siècle. Il édite une traduction de cet écrit. Très vite, des doutes sur l’authenticité des textes naîtront. D’ailleurs, les soi-disant originaux n’ont jamais été produits. On peut comprendre ces doutes à la lecture. On baigne plus dans le romantisme 18è siècle que dans le récit de hauts faits qui caractérisent en général le récit épique des premiers siècles occidentaux.

 

En effet, les poèmes d’Ossian, c’est la poésie épique en version romantique. Les événements tragiques ne se produisent jamais par beau temps. Il y a en général un vent précurseur d’orage pour vous prévenir qu’il va y avoir des morts. C’est donc très stéréotypé et en outre assez répétitif. On est loin de la poésie épique de Beowulf. Même Cuchulainn, malgré son côté un peu répétitif m’avait semblé plus agréable à lire et bien plus intéressant sur le fond surtout. Même lorsque des noms aussi exotiques que Erragon, Mathos, Bosmina ou Clessamor vous font vibrer, si la poésie du 18è siècle ne vous transporte pas, il est difficile d’adhérer à ces histoires d’amants toujours séparés. En effet, le texte se focalise plus sur ces thèmes que sur les combats qui sont pourtant les causes de ces séparations.

 

Chez MacPherson, les femmes meurent littéralement de chagrin ou de joie (finalement, il y a un peu d’originalité). Heureusement que la réalité est plus prosaïque sans quoi j’aurais littéralement pu périr d’ennui. J’ai donc préféré arrêter ma lecture au bout de 130 pages (sur les 150). Si je me fie à la quatrième de couverture, je me sens plus proche de l’esprit des Grecs que du cœur des Ecossais.  


« Mais la Nuit à son char attelle les tempêtes,

 

Les Autants font mugir leurs effroyables voix ;

Les chênes, battus à la fois,

Et courbant sous les vents leurs orgueilleuses têtes,

Roulent au pied du mont dont ils furent les rois.

Darthula, muette, immobile,

L’oeil morne, les cheveux épars,

Dans sa fureur sourde et tranquille,

Promène partout ses regards.

Mais bientôt ses genoux fléchissent :

Un dard est caché dans sa main ;

Elle le plonge dans son sein,

Et des flots de sang en jaillissent. »

 

challenge Kiltissime2

... écossaise du 3è siècle avant de mourir (même si le kilt n'avait pas encore été inventé)

Mois kiltissime organisé par Cryssilda et Lou.

Publié le 25 Juin 2011

Une étude en rougeConan Doyle-Etude en rouge 

De Arthur Conan Doyle

Titre original: A study in scarlet

Première parution: 1887

Edition Le Livre de Poche

222 pages

 

John Watson, ancien médecin militaire, est blessé au combat et se retrouve à Londres, désargenté. Il s’installe avec l’énigmatique Sherlock Holmes au 221B Baker Steet. Sans occupation, Watson étudie le comportement étrange de son colocataire puis se retrouve entraîné par lui dans une mystérieuse affaire de meurtre où des indices se révèlent une fausse piste laissée là volontairement.

 

 


J’ai découvert Arthur Conan Doyle à travers les aventures du Professeur Challenger, héros du Monde Perdu et de plusieurs autres récits et j’adore le personnage de Sherlock Holmes. Pourtant, je n’avais lu (et relu) qu’une seule de ses aventures, Le chien des Baskerville, ce que j’osais un jour avouer incidemment à la fabuleuse et admirable Yueyin, qui une fois revenue de son effroi, n’a pas manquer de tenter de parfaire mon éducation séance tenante en m’offrant un recueil des deux premiers romans. J’ai donc enfin pu remédier à cette faute grave.

 

Une étude en rougeest le premier roman dans lequel Conan Doyle met en scène son personnage emblématique. C’est donc le roman dans lequel on s’attache tout particulièrement à décrire Sherlock et son caractère. En outre, on y découvre également Watson qui sera le narrateur des aventures du détective.

 

Le roman s’ouvre donc sur le récit de Watson de ses difficultés de convalescent désargenté tout juste revenu de la guerre et sur sa rencontre avec Sherlock Holmes (que le lecteur découvre donc à travers la vision qu’en a Watson). La première partie du récit va en outre nous permettre de découvrir en même temps que Watson les talents d’enquêteur et le caractère spécial de Holmes, ce qui donne des passages délicieux où Watson découvre par exemple que Holmes n’a aucune connaissance en littérature ou en astronomie et des connaissances spéciales en botanique (fort sur les poisons) entre autres. Cette première partie nous amène donc à suivre l’enquête sur un meurtre dont la victime est mormone.

C’est là que le récit prend un tour étrange puisque l’on quitte Londres et les deux protagonistes pour revenir dans le passé, aux Etats-Unis où l’on découvre les agissements peu reluisants de mormons. Cela éclaire l’affaire et c’est par un retour à l’enquête d’Holmes et à la révélation finale, encore une fois racontées par Watson, que s’achève le récit.

 

En fin de compte, ce n’est pas tellement l’intrigue qui importe le plus, même si elle se suit sans déplaisir une fois passée la surprise de suivre une partie de l’histoire sans enquête policière. C’est plutôt l’ambiance qui est très plaisante et surtout, le personnage de Sherlock Holmes que l’on découvre ici est magnifiquement rendu. Il y a déjà presque tout: les gamins des rues qui servent d'informateurs, dont Wiggins, le violon, Lestrade et Gregson, les inspecteurs de Scotland Yard. Même lorsqu’on connaît déjà le personnage par le cinéma et la télévision (avec plus ou moins de concordance avec le canon), c’est un réel bonheur de le voir prendre vie au fil des pages. J’aimais déjà Sherlock Holmes, cela ne s’est pas démenti ici.

 

Merci à Yueyin.

challenge--Kiltissime5.jpgMois kiltissime organisé par Cryssilda et Lou.

Publié le 31 Mai 2011

L’Histoire des rois francsHistoire Rois Francs

De Grégoire de Tours

Edition L’aube des peuples, Gallimard

199 pages

 

 

Quatrième de couverture : Grégoire de Tours est né en 538. Après avoir étudié la Bible à Clermont-Ferrand, il a été élu évêque de Tours à l'âge de trente-quatre ans. Cette ville était un centre religieux et politique que se disputaient les Mérovingiens.

Pendant vingt ans, Grégoire a gouverné ce diocèse que troublaient sans cesse les luttes fratricides de nos rois. Il trouvait néanmoins le temps d'écrire l'histoire à laquelle il était mêlé de près. Quand il est mort en 594, il laissait donc un témoignage hors pair sur ce VIe siècle si peu connu et si important.

C'est l'époque où l'esprit francien succède à la mentalité gallo-romaine. Une nouvelle langue orale se forme, et le latin de Grégoire en épouse les mouvements naturels, les juxtapositions brutales, la rude vitalité : "Nous tenons en haute estime ta manière d'écrire, parce que le peuple peut la comprendre."

 


Lorsqu'une presque docteur es histoire s'enthousiasme pour le cheveu mérovingien, Yueyin et moi sommes immédiatement sur le qui-vive, prêtes à enquêter pour le bien de la science et de l'industrie capillaire. C'est comme cela que nous nous sommes retrouvées à quitter nos contrées nordiques habituelles pour un récit bien de chez nous.

 

Grégoire de Tours, évêque de la même ville a, tout au long de sa vie, raconté la vie des rois francs. Son témoignage est intéressant car il a vécu à cette époque et a donc cotoyé certains personnages dont il est question dans son Histoire des rois francs, écrite entre 574 et sa mort en 594.

 

Si l’on en croit le récit de Grégoire, les mérovingiens étaient des êtres aux moeurs étranges (ça doit être le fait de s’appeler Godomar ou Ragnachaire qui les rendait grognons). Si Clovis, avec lequel débute plus ou moins l’histoire, se révélait un bon chrétien (le brave homme n’allait trucider que les barbares non chrétiens et les briseurs de vase, parce qu’on ne rigole pas avec la décoration chez les francs, un homme de goût et de bon sens, donc), ses descendants sont décrits de manière moins glorieuse. 

Le sens de la famille y est particulier pour commencer. On s’occupe de ses neveux, et puis finalement, on se dit qu’un jour ils vont devenir des concurrents (et puis leur héritage est bien tentant tout de même: Austrasie ou Neustrie, rien que les noms donnent des envies d’annexion), alors on les trucide pour s’emparer de leur territoire. Le problème, ce sont les frères ou les neveux qui ont eu le temps de devenir adultes ou les oncles qui ne sont plus tellement d’accord pour se laisser égorger ou pire couper les cheveux, car il faut le savoir, le Mérovingien est obsédé par sa chevelure longue et tressée et la perdre est une honte inqualifiable, cela ote toute prétention à la noblesse. Bref, chez le Franc, le cheveu court est vulgaire et la vulgarité c’est la seule chose inacceptable (le Franc a des accents wildiens, si on y pense). Autant dire que cette vision peu conventionnelle de la famille crée quelques conflits. Au mieux, c’est réglé à coup de meurtres crapuleux, avec ou sans torture, au pire, on règle ses comptes sur le champ de bataille et c’est la population qui trinque (on se demande comment il peut rester une population en Touraine et dans le Poitou après le nombre de saccages que subissent ces régions en une trentaine d’années).

En outre, la notion de serment y est autant à géométrie variable que l'affection familiale. Chez le Franc, le serment est honoré jusqu’à ce qu’un intérêt supérieur (de préférence tout personnel) se présente. Ce qui fait que les alliances se font et se défont à une vitesse folle au gré des menaces les plus pressantes ou des intérêts les plus primaires. Le Franc a deux obsessions, le territoire et l'accumulation des richesses. Ça fait deux fois plus de raisons de rompre ses alliances.

 

On peut donc dire que L’Histoire des Francs ne manque pas d’action. Les auteurs de fantasy moderne devraient en prendre de la graine. Il y a plus de morts, d’actes de barbarie et de trahisons en deux cents pages de cette chronique que dans douze tomes d’un cycle de fantasy moyen. Il faut dire que Grégoire va droit au but et s’embarrasse peu de descriptions (on sait tout des divers modes de torture de l'époque, il ne faudrait quand même pas contrarier la soif de savoir du lecteur). Ses seules digressions sont pour rappeler que tous ces comportements ne sont guère chrétiens. Enfin, Dieu a parfois d’étranges priorités, sa vengeance divine s’exerçant bien plus rapidement sur le fils qui critique les méfaits de son père que sur le père qui trucide allègrement tout ce qui passe à sa portée.

L’Histoire des rois francs se révèle être un récit passionnant, que j'ai trouvé étonnamment accessible (ma connaissance des mérovingiens est proche du néant) même s’il est difficile de suivre la généalogie ainsi que les régions disparues et les mouvements nombreux (des arbres généalogiques et cartes auraient été les bienvenus, internet permet heureusement en partie de compenser ce manque). Et comme le livre vient de sortir en poche, il n'y a plus de raison de se priver de ce monument de notre histoire de France.

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Qu’en a pensé ma vénérée co-lectrice Yueyin, à la chevelure léonine et majestueuse qu’il serait dommage de couper (ne me demandez pas si je préfère l’égorgement, je serais aussi gênée que Clotilde pour ses petits-enfants)?

 

Et comme il faut rendre à Clovis ce qui est à Clovis (en l’occurrence, il faut rendre l’urne de Soissons), c’est grâce à Mo Vilain défaut (qui démontre avec brio que le cheveu peut être fier et court) et à son brillantissime et drôlissime billet que ce livre s’est trouvé entre mes mains, je vous invite à lire son fabuleux billet.

Publié le 28 Mars 2011

Sire Gauvain et le Chevalier vertSire-Gauvain-et-le-chevalier-vert.JPG

De Anonyme

Titre original: Sir Gawain and the Green Knight

Première parution: XIVè siècle

Edition 10/18

154 pages

 

 

Quatrième de couverture : C'est Noël. Et, comme de coutume, avant de partager le festin de la Table Ronde, le roi Arthur attend un récit fabuleux. Pour cette fois, il ne sera certes pas déçu! Un personnage d'épouvante, à l'étincelante vêture verte, se dresse sur un cheval, vert lui aussi... Que lui veut-il? Pourquoi brandit-il à la fois une branche de houx et une cruelle hache de guerre? Qui est donc cet être monstrueux qui demande à être décapité et s'en retourne ensuite la tête sous le bras?

S'il vous plaît d'écouter ce lai... Je m'en vais vous le conter sur-le-champ...

 


Tolkien inside

Sire Gauvain et le Chevalier vert est un roman de chevalerie écrit en moyen anglais et en vers allitératifs à la fin du XIVe siècle. C’est l'une des premières grandes œuvres de la littérature anglaise, avec Les Contes de Canterbury de Chaucer.

 

Cette traduction française, si elle ne respecte probablement pas les allitérations d’origine (elle est une traduction de la traduction de Tolkien et pas du texte en moyen anglais), est très plaisante à lire. L’histoire est très prenante. Le merveilleux intervient rapidement et ce défi improbable semble vite un jeu de dupes. Lorsque le Chevalier vert, après un coup de hache donné par Gauvain, prend sa tête sous le bras et repart, on se demande bien comment Gauvain va s’en sortir puisqu’il doit également recevoir un coup de hache un an et un jour plus tard. Mais bien sûr, avant de subir cette épreuve, Gauvain va en outre devoir se mettre à la recherche du mystérieux chevalier qui n’a pas laissé d’adresse, ce serait trop simple. Et là encore, des épreuves vont l’attendre sur la route, surtout dans un château où le maître et la maîtresse des lieux sont bien étranges. Gauvain, personnage réputé et humble va découvrir que l’envie de survivre est parfois plus forte que le courage et ses qualités de chevalier pur et sans faille de la Table Ronde seront mises à rude épreuve. Il sera notamment soumis aux tentatives de séduction d'une belle dame de façon très osée (et le pauvre a une excellente raison de résister, ce qui rend ces scènes aussi surprenantes que délicieuses).

Je suis certainement passée à côté de la richesse du texte. Ainsi, le parallèle entre les scènes de séduction et de chasse, vers la fin du récit, semble évident mais il est difficile d’en déterminer les tenants et les aboutissants. De même, les longues descriptions  amusantes de l’équipement du Chevalier vert et de Gauvain (tout de rouge et d’or vêtu, des poulaines au heaume,  jusqu’au cheval Gringalet, tout est détaillé) sont probablement chargées de symboles. Si cela aiguise la curiosité voire provoque un peu de frustration chez le lecteur non spécialiste de l’époque médiévale, cela n’entache pas le plaisir de la lecture. Au contraire, l’auteur parvient à maintenir un grand suspense jusqu’à la fin. Il parvient même à introduire une surprise à la fin du récit car on y apprend que ce n’est pas le Chevalier vert qui est derrière tout le défi et la quête qui en découle.

 

J’aime beaucoup les romans de chevalerie en général, ceux qui mettent en scène Gauvain en particulier et ce Sire Gauvain et le Chevalier vert est mon préféré du genre. Si vous aimez les quêtes périlleuses et les héros virils en soieries rouge (car on peut être viril en soie chez les chevaliers), ce roman en vers est pour vous.

 rentrée littéraire 1220


Et bien sûr, je me devais de partager cette lecture avec une autre maniaque du moyen anglais plus ou moins dans le texte, Yueyin.


« ‘Si tu es le preux que tous les chevaliers disent,

Tu auras la bonté de m’accorder la partie de jeu que je te réclame de droit »

C’est alors qu’Arthur répondit,

Et lui dit : ‘Sire le courtois chevalier,

Si tu revendiques vraiment la bataille,

Ici les combats ne te feront pas faute.’ »

 

« Bot if þou be so bold as alle burnez tellen,

Þou wyl grant me godly þe gomen þat I ask

bi ryȝt.'

Arthour con onsware,

And sayd, 'Sir cortays knyȝt,

If þou craue batayl bare,

Here faylez þou not to fyȝt.' »

Publié le 21 Février 2011

Saga d’Eiríkr le RougeSaga-d-Eirikr-le-rouge.jpg

Suivi de Saga des Groenlandais 

De Anonyme

Titre original: Eiríks saga rauda et Groenlandinga saga 

Première parution: XIIè - XIIIè siècles

Edition Folio

107 pages

 

 

Quatrième de couverture : Eiríkr le Rouge, condamné au bannissement à la suite des meurtres de Eyjóld la Fiente et de Hrafn le Duelliste, met les voiles et part à la découverte du Groenland. Leifr, fils d’ Eiríkr et de Thjódhildr, part du Groenland vers la Norvège mais son bateau est détourné vers les Hébrides … Quant à Thorfinn Karlsefni, fils de Thórdr Tête-de-cheval, il part à la découverte du Vinland, contrée lointaine de Terre-Neuve…

Le nom d’Eiríkr le Rouge évoque l’aventure, la bravoure, la magie des vikings et les découvertes de contrées sauvages du Grand Nord…



Ce très court recueil d’une centaine de pages est une saga islandaise c’est-à-dire, selon la définition de Régis Boyer, un récit « rapportant la vie et les faits et gestes d'un personnage, digne de mémoire pour diverses raisons, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, en n'omettant ni ses ancêtres ni ses descendants s'ils ont quelque importance ». Et en effet, on n’oublie aucun ancêtre. D’ailleurs, en commençant à lire la première des deux courtes sagas qui composent ce recueil, j’ai été prise de vertige. Tous ces noms jetés sur le papier, c’est éprouvant. Pour vous donner une idée, voici le début :

"Il y avait un roi guerrier qui s’appelait Óláfr le Blanc. Il était fils du roi Ingjaldr, fils de Helgi, fils d’Óláfr, fils de Gudrodr, fils de Hálfdan aux jambes blanches, roi des Uplönd. Óláfr guerroyait sur la route de l’ouest et conquit Dyfflin en Irlande ainsi que le pays de Dyfflin. Il s’en fit roi. Il épousa Audr la Très-Sage, fille de Ketill au nez plat, fils de Björn du Ru, un noble homme de Norvège."

Et comme ça, pendant une trentaine de page, chaque fait est accompagné de nombreux noms (avec des surnoms comme ‘la Fiente’ qui laissent tout de même perplexes). En plus de cela, les auteurs de sagas ne s’embarrassent pas de détails autres que les noms. Les faits sont rapportés de manière très brève et la psychologie des personnages inexistante. Les Vikings ne connaissent que deux choses, la négociation du commerçant ou la force du guerrier. En outre, Eiríkr le Rouge, bien que découvreur du Groenland, fait central de ces deux sagas, n’en est pas le héros, contrairement à ce que peut laisser entendre le titre. Il ne va même pas participer au mythique voyage vers le Vinland (peut-être Terre-Neuve) où les Vikings combattront les gens du cru, les Skraelingar. On suit donc de nombreux personnages successivement.

 

Pourtant, une fois passé le cap des pages remplies de noms, je me suis laissée prendre par l’histoire de ces commerçants-aventuriers qui naviguent d’île en île, passant un hiver ou conquérant une terre, négociant des alliances ou se battant. Ces récits censés raconter des événements historiques teintés d’un christianisme mélangé à des restes de paganisme, sont aussi imprégnés de merveilleux, on y trouve sorcières et rêves prémonitoires.

Le deuxième récit, la Saga des Groenlandais, plus court raconte les mêmes événements. Le texte est plus simple, moins chargé de noms, plus concis donc et je l’ai préféré. Il y a même des meurtres crapuleux qui rendent la fin encore plus prenante.

 

La saga d’ Eiríkr le Rougeet la Saga des Groenlandais appartiennent à un ensemble sagas-islandaises.jpgde trois récits nommé les Sagas du Vinland. Il est dommage que la troisième saga, Le Dit des Groenlandais, encore plus court que les deux autres, ne soit pas dans ce recueil. J’ai donc ressorti mon recueil des Sagas islandaises dans l’édition de la Pléiade (ma première tentative de lecture avait été un échec) pour profiter aussi de ce récit. Cette édition contient les mêmes traductions de Régis Boyer et d’autres sagas, dont ce texte supplémentaire. Ce récit traite de la venue du premier évêque du Groenland, d’honneur viking, du ‘thing’, l’assemblée viking où on décidait de beaucoup de choses et de ce qu’on y négociait (ou de la façon d’éviter la négociation lorsque l’on sentait qu’on allait perdre). Il est très intéressant également. En outre, la notice de Régis Boyer sur l’archéologie face aux récits des sagas est passionnante à lire.

 

J’ai donc fini par apprécier ces sagas, malgré un début difficile. Cela m’a donné envie de me replonger dans celles que j’avais abandonnées il y a quelques années.

 

semaine nordiqueOrganisée par Cryssilda et Emma

 

rentrée littéraire 1220

 

Merci à Elysio pour le prêt.

Publié le 9 Janvier 2011

La Guerre et la PaixTolstoï - Guerre et paix 

De Léon Tolstoï

Titre original: Voina i mir 

Première parution: 1869

Edition Points

1242 pages

 

 

Quatrième de couverture : « Dites-moi, pourquoi cette vilaine guerre ? » Dans une Russie agitée par l’approche des troupes napoléoniennes, la noblesse tsariste se passionne pour les bals, les mariages et les successions. La guerre emporte dans sa tourmente les amours tumultueuses de Nicolaï et Natacha Rostov, les errances mystiques de Pierre Bézoukhov et les idéaux du prince Andreï Bolkonski. Un tableau féroce et grandiose d’une société bouleversée par l’implacable marche de l’Histoire.

 


La Guerre et la Paix est un roman d’une telle richesse qu’il est difficile d’en parler et presque impossible de le résumer. Tolstoï y présente l’histoire de la Russie au temps des guerres napoléoniennes, de 1805 à 1813, à travers le destin de plusieurs personnages de l’aristocratie russe. Tous sont pleins de défauts et très attachants. Pierre n’est pas le jeune premier idéal de roman, puisqu’il est présenté comme gros, pas très beau et maladroit. Gentil et généreux, il se laisse diriger par ses émotions, ce qui le pousse à commettre des actes qu’il regrette. Il passe la plus grande partie du roman à chercher un sens à sa vie. Son ami Andreï, au contraire, est dans l’action. Il est rationnel et réussit tout ce qu’il entreprend. Il s’engage dans l’armée malgré son admiration pour Napoléon. A l’inverse de Pierre, son intelligence le pousse à être hautain et à se couper des gens et des sentiments. Natacha Rostov est une adolescente joyeuse et délurée mais inconstante en amour. Elle a la fraîcheur qui manque à la plupart des personnages féminins du roman qui sont pour beaucoup dans le calcul et l’artifice. Autour de ces personnages, une multitude d’autres vient se greffer. Les analyses psychologiques sont d’une grande finesse.

 

Au-delà des personnages dont on suit les tribulations avec un grand intérêt, Tolstoï part dans de nombreuses digressions philosophiques ou historiques. On y parle beaucoup de guerre, mais Tolstoï n’a pas de fascination pour les héros et les batailles sont peu décrites, le plus souvent c’est pour en montrer l’absurdité, les erreurs des « génies militaires » (à l’existence desquels l’auteur ne croit guère). L’irrationalité des motifs des personnages, qu’ils soient historiques comme Koutouzov ou Napoléon ou qu’ils soient inventés comme Pierre ou Natacha est ce qui revient le plus souvent. Pierre ne cesse de s’interroger sur le vide de sa vie qui lui parait si artificielle au milieu de la noblesse moscovite, tandis qu’Andreï connaît une expérience similaire lors de la bataille d’Austerlitz. Et tout le long du roman, cela revient en permanence sous une forme ou une autre. L’écriture simple et directe de Tolstoï rend cela clair et passionnant. Il y a juste quelques petites longueurs dans la deuxième partie, avant que l’action ne se mette totalement en place. On subit l’attente de la bataille au même titre que les soldats russes et ce n’est pas toujours palpitant, mais cela ne représente qu’une cinquantaine de pages sur plus de 1200, ensuite, il est difficile de s’extirper de la lecture.

 

Par ailleurs, cette édition proposée par Points est une version plus courte et plus légère, révisée par Tolstoï. Elle est excellente mais la fin me semble différer beaucoup de celle du Livre de Poche que j’avais lue lors de ma première lecture de ce grand roman. Ici, la fin est vraiment rapide, avec des points de divergences (si mes souvenirs sont bons). J’avais préféré la fin de la version du Livre de Poche mais cette version reste tout à fait bonne et recommandable, surtout si trop de passages philosophiques font peur.

 

Lu dans le cadre de la semaine russe de Cryssilda et Emma. Merci aux éditions Points

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Publié le 7 Septembre 2010

 

L’EddaEdda.jpg

De Snorri Sturluson

Première parution: XIIIe siècle

Edition Gallimard, L’Aube des Peuples

232 pages

 

 

Quatrième de couverture : Rédigée au début du XIIIe siècle par l’éminent historien Snorri Sturluson, l’Edda constitue le recueil de mythologie nordique le plus complet que nous ait légué le Moyen Âge scandinave. Au cours de récits souvent hauts en couleur, l’auteur retrace tout d’abord la création de l’univers à l’origine des temps, avec notamment l’épisode du démembrement d’Ymir, le géant primitif ; puis il présente les principaux dieux de l’antiquité païenne et raconte leurs exploits, leurs aventures et leurs querelles, tandis qu’à l’arrière-plan se profile de plus en plus nettement le drame du monde, le fameux Crépuscule des dieux, dont la description particulièrement saisissante constitue le point d’orgue de l’ouvrage.

Bien qu’il ait été conçu plus de deux siècles aprè s la conversion officielle de l’Islande au christianisme, ce traité témoigne d’une intime connaissance des poèmes mythologiques composés à l’époque païenne tant en Norvège que dans l’île des sagas. A ce titre, l’Edda offre un intérêt capital pour l’étude de l’ancienne religion scandinave, de même que pour les enquêtes de mythologie comparée indo-européenne.

Cette nouvelle traduction repose sur un examen approfondi de la tradition manuscrite de l’œuvre, en sorte qu’à la différence des traductions précédentes, elle tient largement compte des principales variantes fournies par les manuscrits de l’Edda.

 

Spécialiste de la Scandinavie ancienne et médiévale, François-Xavier Dillmann est directeur d’études à la IVe Section de l’Ecole pratique des  Hautes Etudes en Sorbonne.

Le Prix de la Traduction 1991 de la Société Française des Traducteurs lui a été décerné pour L’Edda. Il est également responsable de l’édition française de l’Histoire des rois de Norvège de Snorri Sturluson, publiée dans cette même collection.

 

 


Tolkien inside          L’Edda en prose, écrite par Snorri Sturluson, islandais chrétien du treizième siècle, est une somme de récits mythologiques et héroïques des anciens scandinaves. Malgré une influence chrétienne évidente (la description de Hel, l’Enfer en est un exemple assez flagrant), c’est une source importante de connaissance de ces mythes. C'est ma deuxième lecture de ce livre qui m'avait beaucoup plu. Ma lecture récente de Beowulf m'a donné envie de me replonger dans ce texte.

  

La première partie « Gylfaginning » (La mystification de Gylfi) est la plus longue. En une centaine de pages, on découvre la cosmogonie scandinave, sous la forme d’un dialogue entre Gylfi et trois hauts personnages rencontrés à Ásgard. On y découvre le géant Ymir et l’origine du monde, la naissance des géants, les dieux et leurs actes de bravoure (Thor, pas toujours à son avantage lorsqu’il se fait berner mais très fort, Tyr le hardi, Odin), Loki (et ses enfants monstrueux, le loup Fenrir et le serpent de Midgard qui contient le monde) ou encore l’apparition des premiers hommes. Cette première partie s’achève sur le Ragnarök, ou Crépuscule des Dieux, qui décrit une fin du monde apocalyptique. Au-delà de l'intérêt du texte, la liste des nains de la page 44 ne peut que réjouir la fan de Tolkien qui est totalement éveillée en moi. Le début est assez descriptif mais heureusement, l'intérêt monte rapidement et puis on nous appâte très rapidement avec la fin du monde.

  

La deuxième partie, « Skáldskaparmál » (L’art poétique) nous plonge dans les récits mythologiques et héroïques. Le dieu Thor se bat contre des géants, le marteau qui reviendra à Thor est forgé… Cette partie recèle aussi un des joyaux des récits scandinaves, celui qui sera plus tard rendu célèbre par Wagner dans son opéra L'Anneau du Nibelung. Ici, on a un aperçu de la Völsunga, la saga qui raconte la malédiction qui s’abat sur l’anneau du nain Andvari lorsque Loki le lui enlève et tout ce qui en découle puis le destin tragique de Sigurd, Gudrun et Brynhild. Cette histoire est magnifique, on y trouve du sang, des larmes, des vengeances terribles et même un dragon, mais elle est aussi quelque peu frustrante. Elle donne surtout envie de lire la Völsunga saga.

  

L’influence de l’Edda sur Tolkien m’a parue encore plus claire que lors de ma première lecture. Le lien entre entre L'Edda et Le Hobbit est absolument évident. En outre, l’histoire de Tyr et du loup Fenrir m’a en partie fait penser à Beren dans le Silmarillion. Mais surtout, je trouve que la construction des deux livres est assez semblable. Dans les deux, on ne suit pas une histoire mais de multiples histoires  successives raccrochées au même motif, avec de multiples personnages, avec une première partie consacrée à la création du monde et à la description des divinités et une deuxième partie qui raconte des récits mythologiques remplis de héros tragiques. La mythologique décrite dans l’Edda est sombre, pour les héros humains comme pour les dieux, comme l'est celle créée par Tolkien dans le Silmarillion.

  

On connaît la plupart des mythes décrits dans L’Edda, dont les figures sont beaucoup reprises dans la culture populaire moderne mais souvent cette connaissance se fait de manière déformée. Il ne faut donc pas se priver de découvrir l’original, texte magnifique et passionnant malgré une forme littéraire qui nous est peu familière.

Les notes sont très nombreuses et en fin de volume de l’édition Gallimard, ce qui n’en facilite pas la lecture mais qui l’enrichit considérablement. Les illustrations  en noir et blanc que l’on trouve dans cette édition sont très bien choisies.

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"Loki arriva chez le nain qui s'appelle Andvari, alors que celui-ci avait pris dans l'eau la forme d'un poisson. Loki l'attrapa et exigea de lui, comme rançon, tout l'or qu'il possédait dans son rocher. Quand ils pénétrèrent dans le rocher, le nain apporta tout l'or qu'il possédait: c'était une immense fortune. Mais le nain dissimula sous son bras un petit anneau d'or. Loki le vit et lui ordonna de livrer l'anneau. Le nain le pria de ne pas lui prendre cet anneau, en déclarant que, s'il le conservait, il pourrait faire renaître et fructifier sa fortune à partir de lui. Mais Loki lui répondit qu'il ne conserverait pas le moindre sou, puis il lui prit l'anneau et sortit. Alors, le nain proclama que cet anneau provoquerait la mort de quiconque le posséderait. Loki répliqua que cela lui plaisait fort et déclara aussi que ces paroles pourraient bien conserver toute leur validité quand il les répéterait à celui qui recevrait l'anneau"


Voyons ce que Yueyin, ma soeur en Tolkienie, en a pensé.

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Publié le 25 Juin 2010

BeowulfBeowulf 

De Anonyme

Première parution: autour du Xième siècle

Edition Gallimard

190 pages

 

 

Quatrième de couverture avec spoiler : Beowulf, poème narratif composé entre les Vè et Xè siècles, fut admiré par Tolkien, et l'est aussi par Borges qui y voit une préfiguration du roman moderne. Avant d'être fixés sur manuscrit, ces récits épiques étaient chantés à l'accompagnement de la harpe par les Vikings qui conquirent l'Angleterre et lui donnèrent ses traits durables.

On a comparé ces hommes aux héros d'Homère. Ils ont certainement le même goût de l'éloquence et des prouesses guerrières. Beowulf lui-même pourfendra trois monstres, dont le dragon-serpent qui le blessera à mort. La mort du héros annonce celle même d'une société. Ces choses sont expliquées dans une introduction sur un mode de vie perdu, mais fascinant pour le lecteur des années quatre-vingt.

 


Tolkien inside*

 

Étrangement, si Beowulf est le texte fondateur de la littérature anglaise, c’est parce qu’il est écrit dans la langue anglo-saxonne et pas parce qu’il raconte le passé (en grande partie mythologique) de l’Angleterre. En effet, l’intrigue se passe uniquement en Scandinavie. Beowulf appartient au peuple geat (ou goth dans cette édition) qui se trouve au sud de la Suède et il voyage au Danemark. Il s’agit en réalité de la transcription d’une histoire germanique en anglais.

On y retrouve ce qui caractérise les sagas et autres mythes fondateurs du nord de l’Europe. Comme dans tous ces récits, il y a l’importance de l’ascendance (on y est toujours désigné comme fils de), des éléments fabuleux, ici, des monstres, dont un dragon et tout y commence et y finit par des banquets (au cours desquels on raconte les aventures de héros ancestraux ou des exploits personnels car le héros anglo-saxon ne perd pas une occasion de se vanter). Les héros y sont surhumains (aussi fort que Cuchulainn, le héros irlandais qui tranchait des corps à la verticale, Beowulf peut arracher un bras à mains nues). Beowulf devra subir plusieurs épreuves, de plus en plus ardues au cours du récit épique. La bravoure est au cœur du texte. De ce point de vue, pourtant, Beowulf m’a semblé plus riche et plus intéressant que ce que j’ai pu lire dans le domaine jusqu’à présent car ce point est développé en opposition à la capacité à diriger un peuple. Beowulf, au début du récit représente la fougue de la jeunesse qui recherche le danger pour montrer sa bravoure tandis qu’on insiste sur la sagesse de Hrothgar, le prince danois : « Et tous racontaient la gloire de Beowulf, assurant que par les mers, que par les terres et leurs confins, et au nord comme au sud, que nul autre homme enfin ne le passe en bravoure. Mais ils avaient un mot pour Hrothgar. C’est un bon roi ! disaient-ils. ». D’ailleurs, dans le dernier tiers du récit, Beowulf devient lui-même plus âgé et sage.

 

Quand on a lu Tolkien (j’avais prévenu qu’il y aurait du Tolkien dans l’histoire), on ne peut que remarquer un certain nombre de détails qui lient ses œuvres à Beowulf. Il semble évident que Meduseld, le Château d’Or du Rohan a été inspiré par Heorot, la demeure du roi des Danois, Hrothgar. Au cours du récit, on croise d’ailleurs un Eomer, un Háma et un Froda (qui signifie « sage »). De même, et encore plus clairement, Tolkien a calqué certains événements du Hobbit sur la trame de la fin de Beowulf pour ce qui concerne le trésor gardé par un dragon et le vol qui va le mettre en colère.

Tout fan de Tolkien a donc quelques occasions de s’émerveiller à cette lecture. Les autres peuvent aussi lire ce texte très bien rendu en français sans déplaisir, pour peu qu’ils ne craignent pas trop le manque de psychologie des personnages (encore qu’il y en a plus que dans les sagas m’a-t-il semblé) et les petites incohérences. En effet, à l’époque, on ne s’embarrassait pas trop de cette chose particulièrement pénible pour l’écrivain moyen que l’on nomme cohérence. On raconte l’histoire de païens mais on est chrétien à une époque où c’est primordial, c’est un léger problème à priori. Qu’à cela ne tienne, mélangeons allégrement tout ça. Hrothgar le Danois ne connaîtra donc pas Dieu à la page 70 mais lui rendra grâce à la page 97 (on peut louer un tel sens de l’ellipse, qui permet une conversion en trente pages sans que le lecteur soit au courant). Ce genre de petit détail plus amusant que dérangeant ne gêne en rien la lecture.

 

Beowulf est un poème épique, ce qui implique des règles assez contraignantes : il est allitératif, la césure y est fondamentale…. La traduction en est quasiment impossible en respectant ces règles. La version éditée par Gallimard est une traduction en prose de Jean Quéval. Elle est très plaisante à lire, à défaut de rendre l’aspect oral du texte original. Je lui reprocherai quand même un petit défaut. La volonté de simplification est à la limite de l’excès. Ainsi, “O'er Heorot he lorded, gold-bright hall, in gloomy nights” devient“Dans la demeure même du prince danois, sous les ors de la haute voûte, Grendel tapi invisible tramait sa sinistre toile. ”. Ou pourquoi faire clair quand on peut faire obscur. A la décharge du traducteur, il explique son choix dans l’introduction (et son choix est cohérent et tout à fait respectable puisqu’il s’agit de la volonté de respecter la tendance à la métaphore du texte d’origine et de traduire de cette façon des mots qui n’ont pas d’équivalent exact en français moderne, le « hall » du texte original n’ayant pas le sens exact de notre « hall » français). Cependant, je ne peux m’empêcher de regretter cette volonté qui rend certaines choses moins évidentes, comme le lien entre Meduseld et Heorot. Etant en outre une adepte de la note de bas de page (ou de fin de volume, ne soyons pas sectaires), le choix de garder le terme mais de l’expliquer en note m’aurait semblé plus judicieux. J’ai fini par lire avec une version anglaise trouvée sur Internet sous les yeux pour comparer en permanence.

A part ce léger défaut, et une tendance à utiliser des termes de monstres trop anachroniques (comme ‘vampire’ ou ‘hydre’), j’ai été enchantée de cette traduction en prose qui m’a permis de prendre un grand plaisir à cette lecture.

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L’arrivée de Beowulf à Heorot :

En vieil anglais :

Strǣt wæs stān-fāh,      stīg wīsode

gumum ætgædere.      Gūð-byrne scān

heard hond-locen,      hring-īren scīr

song in searwum,      þā hīe tō sele furðum

in hyra gryre-geatwum      gangan cwōmon.

 

En anglais moderne:

STONE-BRIGHT the street: it showed the way

to the crowd of clansmen. Corselets glistened

hand-forged, hard; on their harness bright

the steel ring sang, as they strode along

in mail of battle, and marched to the hall.

 

Version de Jean Quéval:

Ils avançaient sur un chemin pavé de pierres. Luisaient les côtes de maille, cliquetaient les armes contre les armures.

 

Voyons ce que ma camarade Valar de délires en vieil-anglais en a pensé. Car oui, avec Yueyin, nous sommes capables de faire des lectures communes improbables.

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* Les boissons non alcoolisées ont un effet très bizarre sur Fashion et moi. C'est la seule explication.

Publié le 25 Mai 2010

 

La chasse au SnarkCarroll-Chasse-au-Snark.jpg

Suivi de A travers le Jabberwocky

De Lewis Carroll

Titre original: The hunting of the Snark, An agony in eight fits

Première parution: 1874

Edition Folio

132 pages

 

 

Quatrième de couverture : Un cireur de souliers, un fabricant de bonnets, un boulanger, un avocat et un castor, entre autres personnages, partent à la chasse d'un animal fantastique : le Snark. En espérant qu'il ne s'agira pas d'un boojum ! Moins connu qu'Alice au pays des merveilles mais aussi extravagant, La chasse au Snark conserve toute sa puissance comique. En regard du texte anglais, accompagné des illustrations originales de Henry Holiday, la traduction de l'oulipien Jacques Roubaud respecte l'oralité de ce long poème. Elle est suivie d'une analyse par le linguiste Bernard Cerquiglini.

L'occasion d'une promenade savoureuse à travers l'oeuvre de Lewis Carroll pour redécouvrir, à l'aune des recherches de Joyce et d'Artaud, l'un des chefs-d'oeuvre de la littérature victorienne.

 

 


     La chasse au Snark est une pépite. Pourtant, même si j’adore l’absurde britannique, lire ce poème me faisait peur. Je suis une lectrice de poésie très médiocre alors avec le côté délirant de Carroll, je craignais de ne rien comprendre et de m’ennuyer. Pour être honnête, je crois que je n’y ai pas compris grand-chose et c’est peut-être aussi la preuve que je ne sais pas lire parce que si Carroll a voulu dire quelque chose ou faire passer un message à travers son texte, je suis passée totalement à côté. Je serais bien incapable d’en dire quoi que ce soit de précis.

     En revanche, si je ne sais toujours pas vraiment si ce texte a un sens caché, je peux dire que je l’ai trouvé passionnant à lire. Non seulement ce poème est formellement très réussi mais il est en plus très abordable. On suit le voyage improbable de chasseurs tout aussi improbables d’une créature impossible, le Snark. Même si Carroll y manie l’absurde en permanence, l’ensemble du texte est magnifiquement cohérent. C’est délirant mais compréhensible.

 

     Hélas, la version française perd des détails qui, s’ils ne sont pas nécessaires à la compréhension, font en partie le sel du texte. Ainsi, chaque membre de l’équipage qui part à la chasse au Snark a une profession (ou dans un cas est un animal) qui commence par la lettre ‘B’ : Beaver (Castor), Butcher (Boucher), Bellman (Homme à la cloche), Banker (Banquier)… Pour le reste, dans l’une ou l’autre version, ce texte est splendide.

 

La Chasse au Snark est suivie par une comparaison des mots-valises inventés par Lewis Carroll qu’on trouve dans le Jabberwocky. J’ai trouvé étrange ce choix de placer cette étude après La Chasse au Snark plutôt que à la suite de « Derrière le mirroir » car j’ai eu du mal à resituer le texte dans son contexte mais la comparaison elle-même est passionnante pour qui s’intéresse à la traduction.

 

Parce que je ne me sens pas à la hauteur pour parler de ce genre d’ouvrage, et que rien ne vaut le texte, voici une citation (qui revient à plusieurs reprises) qui ici semble obscure mais qui semble tout à fait logique à la lecture:    

“They sought it with thimbles, they sought it with care;

They pursued it with forks and hope;

They threatened its life with a railway-share;

They charmed it with smiles and soap.”

 

“Ils le chassèrent avec des dés à coudre

Ils le chassèrent avec passion

Ils le poursuivirent avec des fourchettes et de l’espoir

Ils menacèrent sa vie avec une action de chemin de fer

Ils le charmèrent avec des sourires et du savon”

 

Merci aux éditions Folio.

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Publié le 29 Janvier 2010

Contes hors du tempscontes-hors-du-temps.jpg

De Charles Van Lerberghe

Editions Labor

187 pages

 

 


Quatrième de couverture : Ecrits par Charles Van Lerberghe entre 1889 et 1906, ces contes sont autant d’avancées dans le merveilleux. S’y révèle un prosateur subtil qui demeure un grand poète, cousin du Victor Hugo de Melancholia ou de Paul Verlaine des Poèmes saturniens.

 

 

 


 


Les Contes hors du temps sont des contes symbolistes. Ce genre de livre me montre mes limites culturelles. Pour que j’apprécie ce genre d’histoires à leur juste valeur, il faudrait me fournir un mode d’emploi avec parce que le symbolisme demande une capacité d’abstraction qui me fait sans doute défaut. Si certains symboles sont assez faciles à comprendre, comme l’idée de l’âme représentant l’élévation spirituelle dans le conte « sélection naturelle », d’autres demanderaient certainement plus de réflexion. D’ailleurs, le dossier à la fin donne quelques pistes.

 

Le problème profond, c’est que je suis bien trop terre à terre pour m’intéresser à la spiritualité, surtout aussi abstraite. « Sélection naturelle » est le conte que j’ai le mieux compris et trouvé le plus beau (cette idée de partir sur une sorte d’arche de Noé en embarquant les mots et en jetant tout ce qui ne révèle pas l’âme par-dessus bord est très belle et magnifiquement écrite) mais même là, mon intérêt a été limité parce je n’ai pas eu envie de dépasser mon idée que le premier mot que je jetterais personnellement, c’est le mot ‘âme’.  

C’est donc agréable à lire, très poétique par moment, mais ça ne me suffit hélas pas pour apprécier cette littérature à sa juste valeur. Ce n’est tout simplement pas pour moi et si j’ai quand même lu certains des contes avec curiosité, comme celui où un enfant décrit ce qu’il ferait s’il était Dieu, j’ai sauté quelques passages et presque ignoré les poèmes que l’on trouve aussi dans ce recueil.

 

chainebis.jpgMaillon n°10 :

Choix de Lau(rence)