Publié le 25 Juin 2010

BeowulfBeowulf 

De Anonyme

Première parution: autour du Xième siècle

Edition Gallimard

190 pages

 

 

Quatrième de couverture avec spoiler : Beowulf, poème narratif composé entre les Vè et Xè siècles, fut admiré par Tolkien, et l'est aussi par Borges qui y voit une préfiguration du roman moderne. Avant d'être fixés sur manuscrit, ces récits épiques étaient chantés à l'accompagnement de la harpe par les Vikings qui conquirent l'Angleterre et lui donnèrent ses traits durables.

On a comparé ces hommes aux héros d'Homère. Ils ont certainement le même goût de l'éloquence et des prouesses guerrières. Beowulf lui-même pourfendra trois monstres, dont le dragon-serpent qui le blessera à mort. La mort du héros annonce celle même d'une société. Ces choses sont expliquées dans une introduction sur un mode de vie perdu, mais fascinant pour le lecteur des années quatre-vingt.

 


Tolkien inside*

 

Étrangement, si Beowulf est le texte fondateur de la littérature anglaise, c’est parce qu’il est écrit dans la langue anglo-saxonne et pas parce qu’il raconte le passé (en grande partie mythologique) de l’Angleterre. En effet, l’intrigue se passe uniquement en Scandinavie. Beowulf appartient au peuple geat (ou goth dans cette édition) qui se trouve au sud de la Suède et il voyage au Danemark. Il s’agit en réalité de la transcription d’une histoire germanique en anglais.

On y retrouve ce qui caractérise les sagas et autres mythes fondateurs du nord de l’Europe. Comme dans tous ces récits, il y a l’importance de l’ascendance (on y est toujours désigné comme fils de), des éléments fabuleux, ici, des monstres, dont un dragon et tout y commence et y finit par des banquets (au cours desquels on raconte les aventures de héros ancestraux ou des exploits personnels car le héros anglo-saxon ne perd pas une occasion de se vanter). Les héros y sont surhumains (aussi fort que Cuchulainn, le héros irlandais qui tranchait des corps à la verticale, Beowulf peut arracher un bras à mains nues). Beowulf devra subir plusieurs épreuves, de plus en plus ardues au cours du récit épique. La bravoure est au cœur du texte. De ce point de vue, pourtant, Beowulf m’a semblé plus riche et plus intéressant que ce que j’ai pu lire dans le domaine jusqu’à présent car ce point est développé en opposition à la capacité à diriger un peuple. Beowulf, au début du récit représente la fougue de la jeunesse qui recherche le danger pour montrer sa bravoure tandis qu’on insiste sur la sagesse de Hrothgar, le prince danois : « Et tous racontaient la gloire de Beowulf, assurant que par les mers, que par les terres et leurs confins, et au nord comme au sud, que nul autre homme enfin ne le passe en bravoure. Mais ils avaient un mot pour Hrothgar. C’est un bon roi ! disaient-ils. ». D’ailleurs, dans le dernier tiers du récit, Beowulf devient lui-même plus âgé et sage.

 

Quand on a lu Tolkien (j’avais prévenu qu’il y aurait du Tolkien dans l’histoire), on ne peut que remarquer un certain nombre de détails qui lient ses œuvres à Beowulf. Il semble évident que Meduseld, le Château d’Or du Rohan a été inspiré par Heorot, la demeure du roi des Danois, Hrothgar. Au cours du récit, on croise d’ailleurs un Eomer, un Háma et un Froda (qui signifie « sage »). De même, et encore plus clairement, Tolkien a calqué certains événements du Hobbit sur la trame de la fin de Beowulf pour ce qui concerne le trésor gardé par un dragon et le vol qui va le mettre en colère.

Tout fan de Tolkien a donc quelques occasions de s’émerveiller à cette lecture. Les autres peuvent aussi lire ce texte très bien rendu en français sans déplaisir, pour peu qu’ils ne craignent pas trop le manque de psychologie des personnages (encore qu’il y en a plus que dans les sagas m’a-t-il semblé) et les petites incohérences. En effet, à l’époque, on ne s’embarrassait pas trop de cette chose particulièrement pénible pour l’écrivain moyen que l’on nomme cohérence. On raconte l’histoire de païens mais on est chrétien à une époque où c’est primordial, c’est un léger problème à priori. Qu’à cela ne tienne, mélangeons allégrement tout ça. Hrothgar le Danois ne connaîtra donc pas Dieu à la page 70 mais lui rendra grâce à la page 97 (on peut louer un tel sens de l’ellipse, qui permet une conversion en trente pages sans que le lecteur soit au courant). Ce genre de petit détail plus amusant que dérangeant ne gêne en rien la lecture.

 

Beowulf est un poème épique, ce qui implique des règles assez contraignantes : il est allitératif, la césure y est fondamentale…. La traduction en est quasiment impossible en respectant ces règles. La version éditée par Gallimard est une traduction en prose de Jean Quéval. Elle est très plaisante à lire, à défaut de rendre l’aspect oral du texte original. Je lui reprocherai quand même un petit défaut. La volonté de simplification est à la limite de l’excès. Ainsi, “O'er Heorot he lorded, gold-bright hall, in gloomy nights” devient“Dans la demeure même du prince danois, sous les ors de la haute voûte, Grendel tapi invisible tramait sa sinistre toile. ”. Ou pourquoi faire clair quand on peut faire obscur. A la décharge du traducteur, il explique son choix dans l’introduction (et son choix est cohérent et tout à fait respectable puisqu’il s’agit de la volonté de respecter la tendance à la métaphore du texte d’origine et de traduire de cette façon des mots qui n’ont pas d’équivalent exact en français moderne, le « hall » du texte original n’ayant pas le sens exact de notre « hall » français). Cependant, je ne peux m’empêcher de regretter cette volonté qui rend certaines choses moins évidentes, comme le lien entre Meduseld et Heorot. Etant en outre une adepte de la note de bas de page (ou de fin de volume, ne soyons pas sectaires), le choix de garder le terme mais de l’expliquer en note m’aurait semblé plus judicieux. J’ai fini par lire avec une version anglaise trouvée sur Internet sous les yeux pour comparer en permanence.

A part ce léger défaut, et une tendance à utiliser des termes de monstres trop anachroniques (comme ‘vampire’ ou ‘hydre’), j’ai été enchantée de cette traduction en prose qui m’a permis de prendre un grand plaisir à cette lecture.

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L’arrivée de Beowulf à Heorot :

En vieil anglais :

Strǣt wæs stān-fāh,      stīg wīsode

gumum ætgædere.      Gūð-byrne scān

heard hond-locen,      hring-īren scīr

song in searwum,      þā hīe tō sele furðum

in hyra gryre-geatwum      gangan cwōmon.

 

En anglais moderne:

STONE-BRIGHT the street: it showed the way

to the crowd of clansmen. Corselets glistened

hand-forged, hard; on their harness bright

the steel ring sang, as they strode along

in mail of battle, and marched to the hall.

 

Version de Jean Quéval:

Ils avançaient sur un chemin pavé de pierres. Luisaient les côtes de maille, cliquetaient les armes contre les armures.

 

Voyons ce que ma camarade Valar de délires en vieil-anglais en a pensé. Car oui, avec Yueyin, nous sommes capables de faire des lectures communes improbables.

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* Les boissons non alcoolisées ont un effet très bizarre sur Fashion et moi. C'est la seule explication.

Publié le 23 Juin 2010

Un peu de ton sangSturgeon-Un-peu-de-ton-sang.jpg 

Suivi de Je répare tout 

De Theodore Sturgeon

Titre original: Some of your blood

Première parution: 1955, 1961

Edition Folio SF

212 pages

 

 

Quatrième de couverture : " George Smith " est un patient d'un genre un peu particulier. Ses psychiatres hésitent d'ailleurs à le laisser quitter l'hôpital, tant il semble sain d'esprit. Mais le doute n'est pas permis : il y a bien quelque chose d'étrange, chez lui. Il n'y a pourtant rien de mal à aimer la chasse; et bien d'autres ont des difficultés avec les femmes. Alors quoi? Et si la vérité était tout simplement inimaginable?

On a tous besoin de quelqu'un qui sait tout réparer. Mais personne n'a jamais eu besoin de lui. Cela changera sûrement avec elle. D'ailleurs, il va lui montrer, il faudra bien qu'elle s'en rende compte. Un peu de ton sang et la nouvelle Je répare tout partagent une thématique commune et sont deux petits bijoux d'horreur psychologique. Ames sensibles s'abstenir!

 

Theodore Sturgeon, de son vrai nom Edward Hamilton Waldo, naît en 1918. Considéré comme l'un des plus grands stylistes du genre, il se consacre principalement à la nouvelle. Cela ne I'empêche pas d'écrire des romans, dont deux classiques : Les plus qu'humains et Cristal qui songe. II a également scénarisé des épisodes de séries télé cultes comme Star Trek ou Les Envahisseurs. II décède en 1985.

 


Ces deux nouvelles n’ont rien à faire chez Folio SF. Ce n’est déjà pas du fantastique, ni même de l’horreur, encore moins de la science fiction. On pourrait à la limite classer l’ouvrage dans les thrillers psychologiques mais c’est en fait assez inclassable. Voilà pour le choix un peu étrange de l'éditeur, même s'il n'est pas très grave venons-en maintenant au principal, le contenu de ce recueil.

La première novella, Un peu de ton sang est tout à fait surprenante. Sturgeon a un sens certain du suspense et j’ai vite voulu savoir ce qui ce cachait derrière ce dossier étrange, et le récit dont on sent peu à peu qu’il comporte des ‘trous’ inquiétants. George Smith est pour le moins étrange et comme le psychologue qui doit suivre le dossier, on est vite intrigué. Sturgeon est très fort pour y parvenir par petite touche, ce qui est particulièrement efficace. Qu’on ne s’attende pas à un récit d’horreur comme c‘est annoncé sur la quatrième de couverture ou de grandes scènes d’action, ce n’est pas du tout le sujet, le récit est avant tout psychologique mais il laisse une empreinte forte et c’est palpitant, ce qui est d’autant plus surprenant qu’il ne se passe pas grand-chose, on nous rapporte juste l’histoire d’un homme à l’enfance pas très heureuse qui commet une petite agression sans conséquences mais apparemment sans raison. J’ai trouvé le sujet traité très original mais ce qui fait la grande force de l’histoire, c’est la forme que prend le récit. Je n’ai pu m’empêcher de penser à Dracula. La forme du récit en est proche : lettres entre un psychiatre chargé de l’affaire et un de ses collègues intéressé par ce cas étrange et documents entrecoupés par un récit dont on peut comprendre l’origine peu à peu et qui participe pour beaucoup au petit malaise psychologique qui peut étreindre le lecteur.

 

La deuxième histoire, Je répare tout est plus prévisible et moins originale mais elle est très bien menée. L’écriture en est aussi plus simple que celle de Un peu de ton sang mais elle est tout aussi agréable à lire.

 

J’ai découvert Sturgeon, auteur de SF pourtant réputé avec ce recueil. J’ai été emballée et j’ai désormais envie de découvrir ses chefs-d’œuvre.

 

Merci aux éditions Folio

Publié le 18 Juin 2010

Une éducation libertineDel-Amo-Education-libertine.jpg

De Jean-Baptiste De Amo

Première parution: 2008

Edition Folio

455 pages

 

 

Quatrième de couverture : C'est un homme sans vertu, sans conscience. Un libertin, un impie. Il se moque de tout, n'a que faire des conventions, rit de la morale. Ses moeurs sont, dit-on, tout à fait inconvenantes, ses habitudes frivoles, ses inclinations pour les plaisirs n'ont pas de limites. Il convoite les deux sexes. Il est arrivé, on le soupçonne, que des dames se tuent pour lui. Après les avoir menées aux extases de l'amour, il les méprise soudain car seule la volupté l'attise. Il détournerait les hommes de leurs épouses, même ceux qui jurent de n'être pas sensibles à ces plaisirs-là. Oh, je vous le dis, il faut s'en méfier comme du vice. " Paris, 1760. Le jeune Gaspard laisse derrière lui Quimper pour la capitale. De l'agitation portuaire aux raffinements des salons parisiens, il erre dans les bas-fonds et les bordels de Paris. Roman d'apprentissage, Une éducation libertine retrace le destin d'un homme asservi par la chair.

Jean-Baptiste Del Amo est né en 1981 et vit actuellement à Montpellier. Une éducation libertine a été récompensé par le prix Goncourt du Premier Roman, le prix Laurent Bonelli, le prix Fénéon et le prix François Mauriac de l'Académie française.

 


Voilà un roman français qui sort des sentiers battus. Je m’attendais à une sorte de réécriture de Dom Juan ou d’une vision de la société un peu cynique à la Balzac, dans laquelle un individu tente de faire son trou dans la bonne société. Je suis entrée dans une évocation de Paris digne de celle du Parfum de Süskind. Le début est dur. Ce qui y est décrit est très loin de la sensualité élégante des salons libertins tels qu’on peut les concevoir. Dans les bas-fonds de Paris où arrive Gaspard, le protagoniste du roman, tout n’est que misère, crasse et pourriture. La description de la vie de cette ville effroyable, dévorante est saisissante. On s’y croirait, on y trouve le bruit et l’odeur, surtout l’odeur. La prostitution y est décrite de façon crue et ça n'a rien de romanesque. L’écriture classique, riche et précise contribue à cet effet. Je regrette juste la longueur de cette partie qui finit par être un peu répétitive malgré ses qualités indéniables.

 

L’ascension sociale de Gaspard, liée à sa rencontre avec le fameux libertin dont parle le titre et auquel fait référence la quatrième de couverture, est bien décrite aussi. La découverte de la sexualité est décrite cette fois avec une grande sensualité puis l’utilisation de cette sexualité à des fins de réussite sociale est d’une grande finesse dans la description des sentiments complexes du personnage central.

 

Je regrette néanmoins que l’histoire ne soit pas plus prenante., contrairement à celle du Parfum, justement, qui pouvait tenir le lecteur en haleine. Une éducation libertine est un roman que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire donc, qui pourtant me laissera une impression , forte certes, mais assez imprécise, impression plus due à l’ambiance qu’à l’intrigue au final peu développée. Del Amo est pourtant un jeune écrivain à suivre.

 

Merci aux éditions Folio

Publié le 15 Juin 2010

La main de DieuChar-Main-de-Dieu.jpg

De Yasmine Char

Première parution: 2008

Edition Folio

122 pages

 

La narratrice, issue d’un mariage mixte entre une française qui s’enfuit et un riche libanais musulman, raconte son adolescence en pleine guerre du Liban.

 

Quatrième de couverture : Il y a une jeune fille, quinze ans, qui court le long d'une ligne de démarcation. Il y a le Liban, ce pays depuis si longtemps en guerre qu'on oublie parfois que la guerre est là. Et puis dans la guerre, il y a l'amour. L'amour de la jeune fille, pur comme un diamant : pour le père, pour l'amant, pour la patrie. Grande absente, la mère ne sait rien de cet amour. Elle est partie sans laisser d'adresse. La jeune fille ne sait pas comment faire pour grandir là, tiraillée entre deux cultures, happée par la violence. Alors elle court. C'est l'histoire d'une fille en robe verte qui virevolte dans les ruines, qui se jette dans les bras d'un étranger, qui manie les armes comme elle respire. L'histoire d'une adolescente qui tombe et qui se relève toujours.

 


     Voilà un roman dont je n’attendais pas grand-chose en lisant la quatrième de couverture malgré le thème du Liban et je n’y ai en effet pas trouvé grand-chose.

     Il y a trop de choses pour un livre aussi court, la double culture, la guerre, la découverte de l’amour et de la sexualité... Tout est survolé, rien n’est développé. Vivre dans un pays en guerre, c’est difficile et vivre dans une famille traditionaliste musulmane, c’est difficile aussi. C’est tout ce qui me reste de cette lecture. Quelle découverte ! Le problème, c’est qu’en plus du manque de développement, l’écriture, très hachée, ne fait pas vraiment ressentir ces difficultés. Il y a quelques bons passages, mais trop fugitifs pour laisser une trace profonde.

     Quant à l’histoire d’amour, elle ne m’a pas touchée. Les amours entre une adolescente naïve et un adulte me semblent peu originales malgré un contexte particulier. Ainsi, j’ai trouvé la description de la première expérience sexuelle d’une effroyable platitude et la fin est trop prévisible et tout aussi plate (et pourtant, il s’y passe un évènement qui est tout sauf banal).

 

     En fin de compte, j’ai eu le sentiment de voir un album de famille d’une personne absolument banale (alors que ni le contexte, ni la vie personnelle de cette jeune fille le sont). En outre, les photos sont dans le désordre. On passe du coq à l’âne, avec des allers-retours permanents. C’est d’autant plus dommage que ce thème aurait pu être développé avec beaucoup plus de profondeur.

 

Merci aux éditions Folio

Publié le 10 Juin 2010

MacbethShakespeare-Macbeth.jpg

De William Shakespeare

Première parution: 1623

Edition GF bilingue

289 pages

 

 

Quatrième de couverture : Macbeth et Banquo, généraux de Duncan, roi d’Ecosse, de retour d’une campagne victorieuse contre les rebelles, rencontrent dans la lande trois sorcières qui leur font une prophétie : Macbeth deviendra roi, affirment-elles, et Banquo engendrera des rois… Poussé par Lady Macbeth et désireux d’accéder au trône, Macbeth entreprend d’assassiner Duncan – premier crime d’une longue série.

C’est ainsi que débute Macbeth (1606), l’une des plus célèbres tragédies de Shakespeare, qui relate une plongée dans le Mal extrême et absolu. Comme l’écrivait Victor Hugo dans William Shakespeare : « Dire : ‘Macbeth, c’est l’ambition’, c’est ne rien dire. Macbeth, c’est la faim. Quelle faim ? La faim du monstre toujours possible dans l’homme. Certaines âmes ont des dents. N’éveillez pas leur faim. »

 

 


Macbeth fait partie de mes pièces shakespeariennes préférées. C’est une de celles que je relis régulièrement. C’est une pièce sanglante dont l’ambiance très sombre est renforcée par l’omniprésence du surnaturel, spectres ou sorcières, dont on ne sait pas si elles annoncent le destin inéluctable ou si elles sont un élément corrupteur. Les textes de Shakespeare sont toujours d’une richesse infinie, à chaque lecture on y trouve de nouveaux détails qui avaient échappés auparavant. La pièce parle de thèmes intemporels, dont le pouvoir corrupteur de l’ambition (Macbeth et Banquo sont tous deux confrontés à l’ambition, l’un est prêt à tout, l’autre pas) et la destruction de celui dont les actes sont trop en désaccord avec sa morale.

J’adore la complexité de Macbeth, sa profonde humanité (comme la profonde humanité qui ressort des personnages principaux des meilleures tragédies de Shakespeare, Hamlet ou Othello, notamment). En effet, Macbeth est un personnage qui se débat avec sa conscience. C’est un personnage qui apparaît noble et courageux (on le découvre revenant d’une victoire, précédé par une grande réputation) mais qui va se déshonorer par ambition (sur l’instigation de Lady Macbeth dont l’ambition n’est pas freinée par le doute) et qui surtout, va montrer sa faiblesse à l’occasion. Je n’ai pu m’empêcher de comparer Macbeth à d’autres représentants du Mal chez Shakespeare. Là où Iago ou Richard III n’ont aucune conscience et ne regrettent jamais leur crime, Macbeth en est pourvu et ce sera sa perte. On peut d’ailleurs aussi remarquer, pour rester dans les comparaisons, que dans le cas de Richard III comme dans celui de Macbeth, l’usurpation mène à la tyrannie. J’aime la façon dont Macbeth s’interroge, tout en s’enfonçant de plus en plus profondément dans le crime. Il éprouve de la culpabilité mais surtout une grande peur car si la première partie de la prophétie des sorcières, la deuxième pourrait aussi se réaliser. Lady Macbeth n’est pas en reste. Si elle est peu présente, ses tirades sont très fortes. Sûre d’elle au début, elle soutient activement Macbeth dans l’action mais elle ne résiste finalement pas à la culpabilité. La scène où elle se frotte les mains pour en effacer le sang est celle qui m’avait le plus marquée lors de ma première lecture.

Et puis bien sûr, comme d’habitude, Shakespeare, c’est une langue magnifique et poétique, des phrases cultes et des passages éblouissants. Bref, Macbeth est un chef-d’œuvre (mais bon, le chef d’œuvre chez Shakespeare c’est banal car c’est la norme).

 "To-morrow, and to-morrow, and to-morrow,

Creeps in this petty pace from day to day,

To the last syllable of recorded time;

And all our yesterdays have lighted fools

The way to dusty death. Out, out, brief candle!

Life's but a walking shadow, a poor player,

That struts and frets his hour upon the stage,

And then is heard no more. It is a tale

Told by an idiot, full of sound and fury,

Signifying nothing."

 

"Demain, et demain et demain

Se glisse dans ce pauvre pas de jour en jour

Vers la dernière syllabe du temps des souvenirs;

Et tous nos hiers ont éclairé les fous

Sur le chemin de la mort poussièreuse.

Eteins-toi, petite chandelle!

La vie n'est qu'une ombre en marche, un pauvre acteur

Qui s'agite pendant une heure sur la scène

Et alors, on ne l'entend plus; c'est un récit

Conté par un idiot, plein de son et de furie,

Ne signifiant rien."


EnglishClassicsMaxiBordeaux.jpg3/2    LireEnVo 2



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J’avais été absolument emballée par les pièces de Shakespeare que j’avais vues lors  de mon voyage en Angleterre l’an dernier mais j’avais été très frustrée de ne pouvoir assister à une représentation au Globe (toutes les représentations étaient complètes, il est plus prudent de réserver), le théâtre londonien reconstruit à l’emplacement et sur le modèle de celui où la troupe de Shakespeare se produisait. Heureusement, l’association Caledonia a organisé un séjour shakespearien qui m’a permis d’y remédier. Avec quelques autres blogueuses, j’ai donc eu la chance d’assister à une représentation de Macbeth le 4 juin. J’en suis ressortie ébahie.

 

J’ai adhéré à tous les partis pris de la mise en scène. Elle fait ressortir des points intéressants de la pièce, comme la relation amoureuse de Macbeth et sa femme. Leur relation charnelle qui a son importance pour comprendre comment Macbeth peut se laisser convaincre d’aller à l’encontre de sa morale y est clairement montrée grâce à une scène torride lors des retrouvailles des époux. La mise en scène insiste aussi sur la virilité, la violence, le sang (la scène du meurtre de la famille de Macduff est poignante). La grande originalité est la présence des sorcières (derrière un voile car elles ne sont là que par l’esprit et n’agissent pas) lors de scènes où le mal est à l’œuvre. Tout est rendu très clairement mais on ne tombe jamais dans la démonstration trop évidente. Le dosage est parfait.

Quant aux décors, très sobres (la scène circulaire est recouverte de tissu noir et le parterre est même en parti couvert d’un tissu noir dont les têtes de spectateurs courageux dépassent), ils renforcent l’ambiance surnaturelle dans laquelle baigne la pièce. C’est très simple, mais terriblement efficace. macbeth-Globe-theatre.jpg

La roue du destin?

Merci Caledonia pour la photo


Les acteurs sont tous excellents, voire époustouflants. Elliott Cowan est un Macbeth très charismatique (même s’il n’articule pas assez et que sa voix est parfois voilée, et qu’il demande donc beaucoup de concentration pour être compris), Le reste de la distribution est à la hauteur.

 

Et la bonne nouvelle est qu’il est possible de voir cette merveille jusqu’au 27 juin 2010. Il est encore temps de vous décider. Pour en savoir plus (et voir des photos), rendez-vous sur le site du Globe.

 

Rédigé par Isil

Publié dans #Livres - Théâtre

Publié le 8 Juin 2010

Quand j'ai acheté Les enfants de Hurin de JRR Tolkien, je me suis dit que ce serait une excellente idée de relire le Silmarillion et les Contes et légendes inachevés où l'on peut déjà trouver l'histoire, afin de comparer les versions. Dans la foulée, je comptais re-re-...relire aussi le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux et lire une étude sur l'oeuvre de Tolkien, ainsi que Beowulf, qui est dans ma PAL depuis plusieurs années. Sauf que bien sûr, d'autres lectures sont venues entre temps.

C'est alors que The Bursar et Resmiranda, telles Aragorn arrivant in extremis avec l’armée des morts au moment où on n’y croyait plus, sont arrivées avec leur Middle-earth Challenge qui était l'occasion parfaite de m'y mettre et de partager ma passion pour Tolkien avec d'autres blogueurs.

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Ce challenge est parfait car il y en a pour tous les niveaux:

- le challenge Hobbit, qui consiste dans la lecture d'un seul ouvrage de Tolkien.

 

- le challenge de l'Anneau qui consiste dans la lecture de Bilbo le Hobbit et du Seigneur des Anneaux.

 

- le challenge Elfique qui consiste dans la lecture du Silmarillion, des Contes et légendes inachevés, de Bilbo le hobbit et du Seigneur des Anneaux, et d'un ouvrage sur Tolkien ou son oeuvre, ou inspiré de celui-ci comme les parodies ou les adaptations en bande-dessinées.

 

- le challenge Valar qui consiste dans la lecture du Silmarillion, des Contes et légendes inachevés, de Bilbo le hobbit, du Seigneur des Anneaux, des Enfants de Hurin, la légende de Sigurd et Gudrun, les 5 premiers tomes de l'histoire de la Terre du milieu, ainsi que dans la lecture d'un ouvrage sur Tolkien ou son oeuvre et d'une de ses sources d'inspirations telles que Beowulf, les Edda, la saga Völsunga, le Kalevala, ou Crist de Cynewulf.

 

 

Comme je n'ai peur de rien, je suis inscrite au challenge Valar. Avant le 31 décembre 2011, date de fin du challenge, je devrai donc lire et commenter 15 livres, au moins:

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Je lirai donc:

- Beowulf, poème épique anonyme du Moyen-âge

- Tolkien et le Moyen âge, ouvrage collectif

- The Silmarillion (Le Silmarillion)

- The Book of Lost tales (Le livre des Contes Perdus), History of Middle-earth (HoMe) 1 et 2

- Les Contes et légendes inachevés Premier âge

-The Lays of Beleriand (Les Lais du Beleriand), HoMe 3

- Les enfants de Hurin

- The shaping of Middle-earth (La Formation de la Terre du Milieu), HoMe 4

- The Lost road (La route perdue et autres textes), HoMe 5

- Les Contes et Légendes Inachevés Second âge

- The Hobbit

- The Lord of the Rings

- Les Contes et Légendes Inachevés Troisième âge

- La légende de Sigurd et Gudrun, réécriture par Tolkien de la saga Völsunga.

 

A première vue, ça peut faire peur. Quand on y réfléchit, à deuxième vue aussi. Mais  qui a bien pu proposer un truc aussi infaisable ? Faut être malade !

Bon, je suis d'un naturel optimiste, je peux y arriver, ce n’est pas comme si j’avais une pile des piles de livres qui menacent de s’effondrer. Bon et puis « presque » tous ces livres sont dans ma Pal (enfin trois sont dans ma Pal et six seront des relectures). Ce n’est pas non plus comme si j’avais un an de retard dans mes chroniques. Bon, de toute façon, il fallait bien que je m’inscrive pour le plaisir de mettre les logos sur mon blog et puis avec mon pseudo,  je ne pouvais pas faire moins que le Valar. Bref, ce challenge n'est pas déraisonnable du tout, après tout.

Rédigé par Isil

Publié dans #Brèves de blog

Publié le 7 Juin 2010

Il semble bien que mon été sera placé sous le signe de Star Wars.

D'abord, je commence très raisonnablement avec le challenge Summer Star Wars organisé par M. Lhisbei. Là, c'est facile, il suffit que je lise un roman classé en space-opera entre le 21 juin et le 21 septembre 2010.

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Et bien sûre, comme "résistance" est mon deuxième prénom et donc pas mon premier, j'ai hésité à peu près cinq minutes avant de m'inscrire au swap Star Wars organisé par The Bursar alors que je m'étais promis de ne plus en faire avant un très long moment (autant le dire tout de suite, cette résolution ne passera pas l'automne mais bon, j'dis ça, j'dis rien).

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Après ces annonces raisonnables, je vais attendre demain pour l'annonce déraisonnable.

Rédigé par Isil

Publié dans #Brèves de blog