Macbeth - Shakespeare

Publié le 10 Juin 2010

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De William Shakespeare

Première parution: 1623

Edition GF bilingue

289 pages

 

 

Quatrième de couverture : Macbeth et Banquo, généraux de Duncan, roi d’Ecosse, de retour d’une campagne victorieuse contre les rebelles, rencontrent dans la lande trois sorcières qui leur font une prophétie : Macbeth deviendra roi, affirment-elles, et Banquo engendrera des rois… Poussé par Lady Macbeth et désireux d’accéder au trône, Macbeth entreprend d’assassiner Duncan – premier crime d’une longue série.

C’est ainsi que débute Macbeth (1606), l’une des plus célèbres tragédies de Shakespeare, qui relate une plongée dans le Mal extrême et absolu. Comme l’écrivait Victor Hugo dans William Shakespeare : « Dire : ‘Macbeth, c’est l’ambition’, c’est ne rien dire. Macbeth, c’est la faim. Quelle faim ? La faim du monstre toujours possible dans l’homme. Certaines âmes ont des dents. N’éveillez pas leur faim. »

 

 


Macbeth fait partie de mes pièces shakespeariennes préférées. C’est une de celles que je relis régulièrement. C’est une pièce sanglante dont l’ambiance très sombre est renforcée par l’omniprésence du surnaturel, spectres ou sorcières, dont on ne sait pas si elles annoncent le destin inéluctable ou si elles sont un élément corrupteur. Les textes de Shakespeare sont toujours d’une richesse infinie, à chaque lecture on y trouve de nouveaux détails qui avaient échappés auparavant. La pièce parle de thèmes intemporels, dont le pouvoir corrupteur de l’ambition (Macbeth et Banquo sont tous deux confrontés à l’ambition, l’un est prêt à tout, l’autre pas) et la destruction de celui dont les actes sont trop en désaccord avec sa morale.

J’adore la complexité de Macbeth, sa profonde humanité (comme la profonde humanité qui ressort des personnages principaux des meilleures tragédies de Shakespeare, Hamlet ou Othello, notamment). En effet, Macbeth est un personnage qui se débat avec sa conscience. C’est un personnage qui apparaît noble et courageux (on le découvre revenant d’une victoire, précédé par une grande réputation) mais qui va se déshonorer par ambition (sur l’instigation de Lady Macbeth dont l’ambition n’est pas freinée par le doute) et qui surtout, va montrer sa faiblesse à l’occasion. Je n’ai pu m’empêcher de comparer Macbeth à d’autres représentants du Mal chez Shakespeare. Là où Iago ou Richard III n’ont aucune conscience et ne regrettent jamais leur crime, Macbeth en est pourvu et ce sera sa perte. On peut d’ailleurs aussi remarquer, pour rester dans les comparaisons, que dans le cas de Richard III comme dans celui de Macbeth, l’usurpation mène à la tyrannie. J’aime la façon dont Macbeth s’interroge, tout en s’enfonçant de plus en plus profondément dans le crime. Il éprouve de la culpabilité mais surtout une grande peur car si la première partie de la prophétie des sorcières, la deuxième pourrait aussi se réaliser. Lady Macbeth n’est pas en reste. Si elle est peu présente, ses tirades sont très fortes. Sûre d’elle au début, elle soutient activement Macbeth dans l’action mais elle ne résiste finalement pas à la culpabilité. La scène où elle se frotte les mains pour en effacer le sang est celle qui m’avait le plus marquée lors de ma première lecture.

Et puis bien sûr, comme d’habitude, Shakespeare, c’est une langue magnifique et poétique, des phrases cultes et des passages éblouissants. Bref, Macbeth est un chef-d’œuvre (mais bon, le chef d’œuvre chez Shakespeare c’est banal car c’est la norme).

 "To-morrow, and to-morrow, and to-morrow,

Creeps in this petty pace from day to day,

To the last syllable of recorded time;

And all our yesterdays have lighted fools

The way to dusty death. Out, out, brief candle!

Life's but a walking shadow, a poor player,

That struts and frets his hour upon the stage,

And then is heard no more. It is a tale

Told by an idiot, full of sound and fury,

Signifying nothing."

 

"Demain, et demain et demain

Se glisse dans ce pauvre pas de jour en jour

Vers la dernière syllabe du temps des souvenirs;

Et tous nos hiers ont éclairé les fous

Sur le chemin de la mort poussièreuse.

Eteins-toi, petite chandelle!

La vie n'est qu'une ombre en marche, un pauvre acteur

Qui s'agite pendant une heure sur la scène

Et alors, on ne l'entend plus; c'est un récit

Conté par un idiot, plein de son et de furie,

Ne signifiant rien."


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J’avais été absolument emballée par les pièces de Shakespeare que j’avais vues lors  de mon voyage en Angleterre l’an dernier mais j’avais été très frustrée de ne pouvoir assister à une représentation au Globe (toutes les représentations étaient complètes, il est plus prudent de réserver), le théâtre londonien reconstruit à l’emplacement et sur le modèle de celui où la troupe de Shakespeare se produisait. Heureusement, l’association Caledonia a organisé un séjour shakespearien qui m’a permis d’y remédier. Avec quelques autres blogueuses, j’ai donc eu la chance d’assister à une représentation de Macbeth le 4 juin. J’en suis ressortie ébahie.

 

J’ai adhéré à tous les partis pris de la mise en scène. Elle fait ressortir des points intéressants de la pièce, comme la relation amoureuse de Macbeth et sa femme. Leur relation charnelle qui a son importance pour comprendre comment Macbeth peut se laisser convaincre d’aller à l’encontre de sa morale y est clairement montrée grâce à une scène torride lors des retrouvailles des époux. La mise en scène insiste aussi sur la virilité, la violence, le sang (la scène du meurtre de la famille de Macduff est poignante). La grande originalité est la présence des sorcières (derrière un voile car elles ne sont là que par l’esprit et n’agissent pas) lors de scènes où le mal est à l’œuvre. Tout est rendu très clairement mais on ne tombe jamais dans la démonstration trop évidente. Le dosage est parfait.

Quant aux décors, très sobres (la scène circulaire est recouverte de tissu noir et le parterre est même en parti couvert d’un tissu noir dont les têtes de spectateurs courageux dépassent), ils renforcent l’ambiance surnaturelle dans laquelle baigne la pièce. C’est très simple, mais terriblement efficace. macbeth-Globe-theatre.jpg

La roue du destin?

Merci Caledonia pour la photo


Les acteurs sont tous excellents, voire époustouflants. Elliott Cowan est un Macbeth très charismatique (même s’il n’articule pas assez et que sa voix est parfois voilée, et qu’il demande donc beaucoup de concentration pour être compris), Le reste de la distribution est à la hauteur.

 

Et la bonne nouvelle est qu’il est possible de voir cette merveille jusqu’au 27 juin 2010. Il est encore temps de vous décider. Pour en savoir plus (et voir des photos), rendez-vous sur le site du Globe.

 

Rédigé par Isil

Publié dans #Livres - Théâtre

Commenter cet article

Luna 03/05/2011 08:46



Macbeth est réellement une histoire fantastique, que ce soit la pièce de Shakespeare ou l'opéra du même nom l'histoire nous transporte totalement !


Je viens d'ailleurs de publier mon avis sur la pièce de Sjakespeare sur mon blog...


 


Joli article, je reviendrais ;)


Bonne continuation !!



Naïk 21/07/2010 01:08



A lire, à relire, à voir sur scène... d'ailleurs, ça fait un petit moment que je n'ai pas lu Shakespeare... à noter pour les vacances!


Je te souhaite un bel été et te dis à bientôt :-)



Isil 30/08/2010 21:02



Tout à fait d'accord. Sur scène c'est exceptionnel. A relire aussi.


Merci! L'été est presque fini mais je te souhaite quand même la réciproque.



akialam 02/07/2010 07:40



Macbeth et proprement prodigieux ! des rôles tendus, terribles, Lady Macbeth, est un des plus beauc personnages de femme que je connaisse (avec Lucrèce Borgia, dans mon panthéon)



Isil 30/08/2010 20:53



Tout à fait d'accord.



dasola 25/06/2010 17:15



Bonsoir, j'ai visité ce théâtre du Globe mais je n'ai pas encore eu la chance de voir de spectacle dans ce lieu (peut-être un jour...). En revanche, je confirme que voir des acteurs anglais sur
scène jouant Shakespeare ou n'importe quoi d'autre est une belle expérience. J'ai eu plusieurs fois l'occasion d'assister à des pièces en VO, tant à Paris qu'en Angleterre à Stratford on avon:
sublime. Bonne après-midi.



Isil 25/06/2010 20:21



J'ai aussi assisté à deux pièces à Stratford et c'était tout aussi exceptionnel. C'est vrai que les acteurs anglais ont une façon de vivre le texte qui est
incomparable.



Theoma 21/06/2010 15:16



Je bave d'envie et de jalousie !!



Isil 23/06/2010 15:33



Attention, c'est dangereux de baver sur du matériel électronique;-) Mais bon, sur Shakespeare, comment s'empêcher? :-D