Publié le 31 Mars 2011

C'est Chiffonnette qui le dit,

Jeudi citation

 

Un peu de vrai sens des priorités :

"Je n'aime pas la foule, j'ai toujours peur de mourir écrasée ou pire de marcher sur le pied de quelqu'un..."

Pilier de bar anonyme, 1996, recueilli par Jean-Marie Gouriot dans Brèves de Comptoir.

Rédigé par Isil

Publié dans #Citations du jeudi

Publié le 28 Mars 2011

Sire Gauvain et le Chevalier vertSire-Gauvain-et-le-chevalier-vert.JPG

De Anonyme

Titre original: Sir Gawain and the Green Knight

Première parution: XIVè siècle

Edition 10/18

154 pages

 

 

Quatrième de couverture : C'est Noël. Et, comme de coutume, avant de partager le festin de la Table Ronde, le roi Arthur attend un récit fabuleux. Pour cette fois, il ne sera certes pas déçu! Un personnage d'épouvante, à l'étincelante vêture verte, se dresse sur un cheval, vert lui aussi... Que lui veut-il? Pourquoi brandit-il à la fois une branche de houx et une cruelle hache de guerre? Qui est donc cet être monstrueux qui demande à être décapité et s'en retourne ensuite la tête sous le bras?

S'il vous plaît d'écouter ce lai... Je m'en vais vous le conter sur-le-champ...

 


Tolkien inside

Sire Gauvain et le Chevalier vert est un roman de chevalerie écrit en moyen anglais et en vers allitératifs à la fin du XIVe siècle. C’est l'une des premières grandes œuvres de la littérature anglaise, avec Les Contes de Canterbury de Chaucer.

 

Cette traduction française, si elle ne respecte probablement pas les allitérations d’origine (elle est une traduction de la traduction de Tolkien et pas du texte en moyen anglais), est très plaisante à lire. L’histoire est très prenante. Le merveilleux intervient rapidement et ce défi improbable semble vite un jeu de dupes. Lorsque le Chevalier vert, après un coup de hache donné par Gauvain, prend sa tête sous le bras et repart, on se demande bien comment Gauvain va s’en sortir puisqu’il doit également recevoir un coup de hache un an et un jour plus tard. Mais bien sûr, avant de subir cette épreuve, Gauvain va en outre devoir se mettre à la recherche du mystérieux chevalier qui n’a pas laissé d’adresse, ce serait trop simple. Et là encore, des épreuves vont l’attendre sur la route, surtout dans un château où le maître et la maîtresse des lieux sont bien étranges. Gauvain, personnage réputé et humble va découvrir que l’envie de survivre est parfois plus forte que le courage et ses qualités de chevalier pur et sans faille de la Table Ronde seront mises à rude épreuve. Il sera notamment soumis aux tentatives de séduction d'une belle dame de façon très osée (et le pauvre a une excellente raison de résister, ce qui rend ces scènes aussi surprenantes que délicieuses).

Je suis certainement passée à côté de la richesse du texte. Ainsi, le parallèle entre les scènes de séduction et de chasse, vers la fin du récit, semble évident mais il est difficile d’en déterminer les tenants et les aboutissants. De même, les longues descriptions  amusantes de l’équipement du Chevalier vert et de Gauvain (tout de rouge et d’or vêtu, des poulaines au heaume,  jusqu’au cheval Gringalet, tout est détaillé) sont probablement chargées de symboles. Si cela aiguise la curiosité voire provoque un peu de frustration chez le lecteur non spécialiste de l’époque médiévale, cela n’entache pas le plaisir de la lecture. Au contraire, l’auteur parvient à maintenir un grand suspense jusqu’à la fin. Il parvient même à introduire une surprise à la fin du récit car on y apprend que ce n’est pas le Chevalier vert qui est derrière tout le défi et la quête qui en découle.

 

J’aime beaucoup les romans de chevalerie en général, ceux qui mettent en scène Gauvain en particulier et ce Sire Gauvain et le Chevalier vert est mon préféré du genre. Si vous aimez les quêtes périlleuses et les héros virils en soieries rouge (car on peut être viril en soie chez les chevaliers), ce roman en vers est pour vous.

 rentrée littéraire 1220


Et bien sûr, je me devais de partager cette lecture avec une autre maniaque du moyen anglais plus ou moins dans le texte, Yueyin.


« ‘Si tu es le preux que tous les chevaliers disent,

Tu auras la bonté de m’accorder la partie de jeu que je te réclame de droit »

C’est alors qu’Arthur répondit,

Et lui dit : ‘Sire le courtois chevalier,

Si tu revendiques vraiment la bataille,

Ici les combats ne te feront pas faute.’ »

 

« Bot if þou be so bold as alle burnez tellen,

Þou wyl grant me godly þe gomen þat I ask

bi ryȝt.'

Arthour con onsware,

And sayd, 'Sir cortays knyȝt,

If þou craue batayl bare,

Here faylez þou not to fyȝt.' »

Publié le 24 Mars 2011

C'est Chiffonnette qui le dit,

Jeudi citation

 

Un peu d'amour courtois :

"Car, en vérité, je le sais, vous êtes Sire Gauvain,

Que tout le monde vénère, où que vous chevauchiez;

Votre honneur et votre courtoisie reçoivent les gracieuses louanges

Des seigneurs, des dames, et de tous ceux qui sont en vie.

Et voilà que vous êtes vraiment ici, et nous sommes rien que nous deux;

Mon seigneur et ses hommes sont partis au loin,

Les autres chevaliers sont au lit, et mes demoiselles aussi,

La porte est tirée et fermée d'une forte cheville;

Et puisque j'ai dans cette maison celui qui plaît à tout le monde,

J'emploierai bien mon temps, tant que cela durera, à parler."

Anonyme du XIVè siècle - Sire Gauvain et le chevalier vert

 

Et en moyen anglais

"For I wene wel, iwysse, Sir Wowen ȝe are,
Þat alle þe worlde worchipez quere-so ȝe ride;
Your honour, your hendelayk is hendely praysed
With lordez, wyth ladyes, with alle þat lyf bere.
And now ȝe ar here, iwysse, and we bot oure one;
My lorde and his ledez ar on lenþe faren,
Oþer burnez in her bedde, and my burdez als,
Þe dor drawen and dit with a derf haspe;
And syþen I haue in þis hous hym þat al lykez,
I schal ware my whyle wel, quyl hit lastez,
with tale."

Rédigé par Isil

Publié dans #Citations du jeudi

Publié le 20 Mars 2011

ProfondeursMankell-Profondeurs.jpg 

De Henning Mankell

Titre original: Djup

Première parution: 2004

Edition Le Seuil

344 pages

 

 

Quatrième de couverture : Automne 1914. La Suède, malgré sa neutralité, craint d'être entraînée dans la guerre, car les flottes allemande et russe s'affrontent au large de ses côtes. Le capitaine Lars Tobiasson-Svartman reçoit la mission de sonder les fonds de la mer Baltique et de chercher une route maritime secrète à travers l'archipel d'Östergöland. L'homme est hanté par l'idée de contrôle qu'il exerce en mesurant tout ce qui l'entoure, les masses, le temps, les distances entre les lieux, les objets et les êtres (sa femme Kristina restée à Stockholm). Mais lorsqu'il découvre Sara Fredrika vivant seule sur une île désolée, la présence de cette femme très vite l'obsède et il devient son amant. Le fragile couvercle qu'il maintenait sur son " abîme " intérieur se soulève et son univers tiré au cordeau vole en éclats…

 

 


J’aime beaucoup Henning Mankell depuis que j’ai découvert sa série policière mettant en scène le policier Kurt Wallander. Je n’avais encore lu aucun de ses autres romans. Profondeurs n’est pas une histoire policière. Ce roman met en scène un homme froid, qui peut paraître un peu attachant au départ car on sent que derrière cette volonté de mettre des distances entre lui et les autres, y compris sa femme, se cache un passé sordide et douloureux (au point qu’il a fait modifié son nom pour mettre une distance entre lui et son père) mais qui devient peu à peu perturbant. On sent de plus en plus que le contrôle n’est qu’en surface et que derrière, dans l’esprit de Lars, il y a des profondeurs qui sont terrifiantes.

Le début est lent mais je trouve que la façon dont Mankell nous présente son personnage est totalement réussie. On ne peut pas l’aimer mais on est réellement intrigué par cet homme qui se sent plus proche de sa sonde que de sa femme (et rien n'est laissé au hasard dans ce roman, la sonde aura son importance). Du coup, cette lenteur se justifie parfaitement. C’est d’ailleurs déjà ce qui fait le style de Mankell dans ses romans policiers où la psychologie du héros est aussi voire plus importante que l’action. On retrouve cela ici. Malgré tout, ça finit par traîner un peu en longueur et j’ai fini par me demander où l’auteur voulait en venir. Heureusement, ce sentiment ne dure pas, l’atmosphère pesante du début laisse place à une histoire glaçante comme un hiver sur l’îlot où vit Sara Fredrika, dont Lars devient l’amant. L’histoire prend de l’ampleur et se dénoue de manière impitoyable mais magnifique. C’est sombre de bout en bout (et l’aspect sinistre est merveilleusement rendu grâce à la plume très efficace de Mankell). Pourtant, ce roman est fascinant et me laissera certainement une profonde impression. J'aime aussi Mankell quand il sort de la littérature policière.

 

Attention à la quatrième de couverture qui révèle toute l’intrigue du livre. Je l'ai coupée volontairement dans ce billet.

 logo semaine nordique bis

Organisée par Cryssilda et Emma

Publié le 17 Mars 2011

C'est Chiffonnette qui le dit,

Jeudi citation

 

Un peu de culture scandinave recyclée:

"Vers la fin, bien sûr, il ne restait plus rien de toute cette splendeur. Il n'y avait plus que le claustrophobique hall à hydromel de Hrothgar, avec le monstre qui attendait dans les ténèbres de l'extérieur. Nous avions notre Grendel, pour sûr. Nous avions même notre Hrothgar, si l'on veut bien serrer un peu les paupières en regardant le profil pathétique et quelque peu voûté du roi Billy le Triste. Il ne nous manquait que les Geats, notre grand Beowulf aux larges épaules et à la petite cervelle, avec sa bande de joyeux psychopathes. C'est pourquoi, faute d'avoir un héros, nous nous sommes cantonnés dans les rôles de victimes, composant nos propres sonnets, répétant nos ballets et déroulant nos parchemins pendant que notre Grendel aux épines d'acier emplissait la nuit de terreur et moissonnait les fémurs et les cartilages."

 

"But, in the end, it was none of these things, of course. It was only Hrothgar's claustrophobic mead hall with the monster waiting in the darkness without. We had our Grendel, to be sure. We even had our Hrothgar if one squints a bit at Sad King Billy's poor slouched profile. We lacked only our Geats; our great, broad-shouldered, small-brained Beowulf with his band of merry psychopaths. So, lacking a Hero, we settled into the role of victims and composed our sonnets and rehearsed our ballets and unrolled our scrolls, while all the while our thorn-and-steel Grendel served the night with fear and harvested thighbones and gristle."

Dan Simmons - Hypérion (aidé par Beowulf)

 

logo-semaine-nordique-bis.jpgOrganisée par Cryssilda et Emma

Rédigé par Isil

Publié dans #Citations du jeudi

Publié le 14 Mars 2011

Troll hunterTroll-Hunter.jpg

1h43 – Norvège - 2010

Réalisé par André Øvredal

Avec Otto Jespersen, Hans Morten Hansen, Tomas Alf Larsen, Johanna Mørck

 

 

Un groupe d'étudiants norvégiens partent à la recherche de mystérieux trolls géants, accompagnés d’un chasseur spécialisé.


 

Dans un moment d’égarement m’est venue l’idée saugrenue d’aller voir un film tourné caméra à l’épaule. Oui, j’avoue, je trouve que le pied pour la caméra est une des plus belles inventions du cinéma qui fait toute la différence entre un film de Preminger et le film de vacances de tonton Léon (d’accord, pas toute mais ça y participe un peu). N’écoutant que mon courage (ou mon inconscience), j’ai pourtant profité du festival Ciné Nordica à Paris pour voir en avant-première Troll Hunter, qui sortira en juillet 2011 en France. L'appel des territoires sauvages de la Norvège a été le plus fort.

 

Troll Hunter  se présente donc comme un document réalité, tourné caméra à l’épaule. L’idée du film est plutôt amusante avec son histoire de complot gouvernemental pour cacher l’existence des trolls (et dès qu’on voit le premier débarquer à l’écran, on se dit que ce doit être un travail à plein temps). Il regorge de trouvailles scénaristiques amusantes, notamment dans les différentes techniques de chasse en fonction des espèces. D’ailleurs, avec ce film, on en apprend beaucoup sur les trolls et leurs mœurs. Cette idée de rationalisation de l’existence des trolls et l’adaptation du folklore sont savamment maîtrisés.

Je m’attendais à un voir un nanar, je craignais le navet, mais on se trouve en fait devant un petit film sympathique où l’humour est volontaire, où les dialogues sont efficaces, où les effets spéciaux sont loin d’être ridicules (et on n’est pas déçu par l’argument de vente du film, puisque du troll, on en a et de toutes sortes). La deuxième moitié du film a quelques longueurs hélas mais j’ai néanmoins passé un bon moment. C’est à voir comme une curiosité pour amateurs de créatures fantastiques originales.

 

semaine nordique

voire un peu plus

Organisée par Cryssilda et Emma

Rédigé par Isil

Publié dans #DVD & Cinéma

Publié le 10 Mars 2011

C'est Chiffonnette qui le dit,

Jeudi citation

 

Un peu de prolongement de la semaine nordique, encore:

"- L'homme travaille sans relâche à rendre ses dieux superflus. C'est un être qui mesure toute chose, un jour il pourra peut-être mesurer et contrôler l'espace et le temps à des échelles encore inconnues. Le surnaturel n'est qu'un jeu d'ombres dansant sur les restes de nos peurs d'enfant."

Henning Mankell - Profondeurs

Rédigé par Isil

Publié dans #Citations du jeudi

Publié le 3 Mars 2011

 

C'est Chiffonnette qui le dit,

Jeudi citation

 

Un peu de prolongement de la semaine nordique:

"- J'ai appris à agir raisonnablement. La vie et l'amère nécessité me l'ont appris.

- Et moi, la vie m'a appris à ne pas croire aux belles paroles.

- Alors la vie vous a appris une chose fort sensée."

Henrik Ibsen - Une maison de poupée

 

Rédigé par Isil

Publié dans #Citations du jeudi

Publié le 1 Mars 2011

Le héros aux mille et un visagesCampbell-Héros aux mille et un visages

De Joseph Campbell

Titre original: The Hero with a Thousand Faces

Première parution: 1949

Edition Oxus

410 pages

 

 

Quatrième de couverture : Toutes les civilisations ont perpétué de grands mythes issus de la nuit des temps. Peut-on les relier entre eux ? C’est ce qu’a réalisé Joseph Campbell dans cet essai, où il expose sa théorie selon laquelle tous les mythes répondent aux mêmes schémas archétypaux. En effet, le périple de presque tous les grands héros se déroule selon un enchaînement bien déterminé : appel à l’aventure, épreuve, affranchissement de l’aide du mentor, accomplissement de l’objet de la quête, retour au pays. Nouvelle édition entièrement revue et enrichie, avec de nombreuses illustrations ! Joseph Campbell, reconnu aujourd’hui comme le plus grand spécialiste mondial du mythe, démontre ici que quasiment tous les héros, de quelque époque ou culture que ce soit, suivent dans les grandes lignes le même schéma. Les œuvres plus contemporaines ne font pas exception : Star Wars, tout comme Matrix ou Le Seigneur des Anneaux sont construits selon ce même archétype. Ce n’est pas un hasard si Le Héros aux milles et un visages est le livre de chevet des plus grands scénaristes et metteurs en scène. Joseph Campbell a enseigné près de quarante ans au Sarah Lawrence College (New York) où une chaire de mythologie comparative a été créée en son honneur. Ses livres ont influencé des millions de lecteurs.

 


Joseph Campbell est un universitaire américain spécialiste de la mythologie comparée. Dans le héros aux mille et un visages (mais pourquoi le héros a-t-il gagné un visage à la traduction ?), Campbell décrit ce qu’il nomme le monomythe, c’est-à-dire la théorie selon laquelle tous les mythes, légendes et contes du monde racontent dans leurs grandes lignes la même histoire. Campbell décrit donc, en comparant des récits de tous les continents le schéma archétypique du voyage du héros, de l’appel de l’aventure au retour et même à l’utilisation de son expérience, en passant par les épreuves qu’il doit affronter (avec ou sans adjuvant).

 

On sent à la lecture de l’ouvrage que Campbell a entre autres été très influencé par la psychanalyse (Freud et Jung planent sur l’ensemble de l’ouvrage). Pour un essai, c’est assez accessible et on y trouve peu de vocabulaire très spécialisé même si le langage devient quelquefois un peu métaphysique, surtout dans la deuxième partie consacrée au cycle cosmogonique. Si ça ne se lit pas comme un roman, cela reste néanmoins accessible au plus grand nombre. Ce qui est particulièrement réussi dans l’ouvrage, c’est le choix des récits. Il est particulièrement intéressant de voir les récits bibliques ou bouddhistes comparés aux contes et légendes des frères Grimm, du Japon, des Scandinaves, des Celtes (Cuchulainn, l’Edda, le Kalevala et le Mabinogion sont là), des Maoris, des anciens Egyptiens, des peuples précolombiens ou de divers peuples africains. Pour quelqu’un qui aime tous ces récits, il est passionnant de voir tout ce qui les relie. En outre, cet ouvrage a eu une grande influence sur de nombreux artistes (George Lucas s’en est inspiré pour écrire la Guerre des Etoiles, par exemple) et il est donc aussi intéressant de ce point de vue. Pour finir, en bonus, les illustrations sont très bien choisies.

 

Merci à Babelio et aux éditions Oxus.

Rédigé par Isil

Publié dans #Livres - Autres