Publié le 26 Février 2009

L’angoisse du roi Salomon

De Romain Gary (Emile Ajar)

Première parution: 1979

Edition Folio

349 pages

 

Salomon Rubinstein, 84 ans, ancien roi du prêt-à-porter, lutte contre l’angoisse de la mort, qu’il refuse. Pour calmer celle des autres, il emploie des jeunes gens qui répondent aux appels désespérés.

Montant dans un taxi, il se prend d’amitié pour le chauffeur, Jean. Il l’engage à son service.

 

Quatrième de couverture : - Je vous préviens que ça ne se passera pas comme ça. Il est exact que je viens d'avoir quatre-vingt-cinq ans. Mais de là à me croire nul et non avenu, il y a un pas que je ne vous permets pas de franchir. Il y a une chose que je tiens à vous dire. Je tiens à vous dire, mes jeunes amis, que je n'ai pas échappé aux nazis pendant quatre ans, à la Gestapo, à la déportation, aux rafles pour le Vél' d'Hiv', aux chambres à gaz et à l'extermination pour me laisser faire par une quelconque mort dite naturelle de troisième ordre, sous de miteux prétextes physiologiques. Les meilleurs ne sont pas parvenus à m'avoir, alors vous pensez qu'on ne m'aura pas par la routine. Je n'ai pas échappé à l'holocauste pour rien, mes petits amis. J'ai l'intention de vivre vieux, qu'on se le tienne pour dit!

 


« L’angoisse du roi Salomon » et moi, cela aurait pu être une rencontre ratée. Les récits à la première personne me gênent parfois (je me sens paradoxalement complètement rejetée du récit quand on essaie de m’obliger à me mettre dans la peau d’un personnage). Et quand on est habitué à une écriture classique, le langage familier du narrateur est perturbant. Pourtant, il ne m’a fallu qu'une vingtaine de pages pour accepter le style, tant c’est justifié et au service de la qualité du roman. C’est un vrai plaisir que de suivre les aventures presque burlesques de Jean, le jeune narrateur dont la propension à vouloir faire le bien à tout prix (même en encourageant la bêtise humaine, rien que pour faire plaisir) est du plus haut comique car bien sûr, cela va le mettre dans des situations très embarrassantes. Les personnages qui gravitent autour de Jean sont tous très bien cernés, M. Salomon en tête, en vieil homme qui a toujours le regard tourné vers l’avenir. Gary truffe son livre d’aphorismes et de trouvailles de langage formidables.

Tout cela fait de ce roman une œuvre drôle, émouvante souvent, lucide mais optimiste sur l’amour et la condition humaine. Même si ce style ne m'a pas tout à fait permis de l'apprécier complètement à sa juste valeur, je l'ai aimé.

Un beau moment de lecture. Je tenterai avec plaisir un autre roman de Romain Gary.

 

Maillon n°1 :

choix de Yueyin

 


Le livre va continuer sa route en rejoignant Levraoueg.

Publié le 24 Février 2009

Drood

De Dan Simmons

Première parution: 2009

Edition Little, Brown

771 pages

 

 

En 1865, alors qu’il rentre de France avec sa maîtresse, le train dans lequel se trouve Dickens déraille. Dickens s’en sort indemne. Il raconte à son ami Wilkie Collins comment alors qu’il aidait les victimes, il a rencontré un personnage inquiétant nommé Drood.

 


Je suis totalement partiale et confuse dans ce billet et en plus il est long, je vous préviens dès maintenant donc ne venez pas vous plaindre après.

 

J’ai découvert Dan Simmons avec Hypérion qui est le dernier roman de science-fiction à m’avoir vraiment épaté. Ensuite, je l’avais retrouvé dans le genre policier avec L’épée de Darwin qui m’avait beaucoup déçu, n’ayant provoqué que l’ennui. Mais lorsque j’ai appris, il y a neuf mois, que Simmons préparait un roman se nommant Drood, la fan de Dickens que je suis ne s’est pas posée de questions, il fallait que je le lise. D’autant plus que j’avais lu Le mystère d’Edwin Drood qui est à la base de ce roman. J’attendais donc cette sortie avec impatience mais sans en attendre grand-chose, m’attendant au meilleur comme au pire. Heureusement, c’est le meilleur qui est arrivé.

 

Drood est un récit excellemment construit, complexe et envoûtant. C’est avant tout un roman sur la psychologie d’un homme, Wilkie Collins. C’est cet auteur du milieu du XIXe siècle, comme Charles Dickens, qui est le narrateur. C’est donc son regard qui est porté sur le récit et sur le personnage de Dickens, son ami. Car en effet, Collins et Dickens sont amis mais il s’agit d’une amitié particulière. Dickens est plus âgé et a pris Collins sous son aile. Dickens est très populaire et Collins pourtant gros vendeur de romans après le succès de La Dame en blanc est l’éternel deuxième, ce qui n’est pas sans le pousser à une certaine jalousie. Là ou c’est brillant, c’est que comme c’est Collins qui est le narrateur, il ne peut pas clairement dire qu’il est jaloux donc on comprend son aigreur en le lisant car il met une belle énergie à rabaisser sans cesse son ami. En fait c’est complexe car il a dans le même temps une sincère affection pour son mentor. Il n’arrive pas à se détacher de ce père symbolique qu’est pour lui Dickens. Cela donne un aspect parfois légèrement humoristique.

 

Dan Simmons mêle donc beaucoup d’éléments de la vie de Dickens et Collins à son histoire, les maîtresses, l’addiction grandissante de Collins au laudanum et la passion de Dickens pour le mesmérisme. Il a le sens du détail qui fait que l’on a l’impression de vivre avec Dickens et Collins, dans le Londres du XIXe siècle. Londres est très présent dans ce récit, le Londres des égouts même, loin du Londres aseptisé des romans victoriens. Même Dickens qui pourtant est l’un des rares à avoir traité des bas-fonds, n’est jamais allé aussi loin. On y rencontre aussi brièvement de nombreux personnages de l’époque, l’écrivain Thackeray, le peintre Millais, entre autres, on y découvre les influences des différents personnages les uns sur les autres Ainsi, j’ai découvert qu’Harold Skimpole, un personnage de La Maison d’Apre-vent avait pour modèle Leigh Hunt (c’est peu flatteur pour lui).

 

Mais le coup de génie de Simmons est d’avoir mêlé ces éléments de la vraie vie de ses personnages à une intrigue passionnante. Le récit se déroule sur cinq ans, depuis l’accident de train terrible dont Dickens est sorti indemne à sa mort en 1870, mort survenue alors qu’il était en pleine rédaction d’un roman, Le mystère d’Edwin Drood. Le dernier roman de Dickens est donc resté inachevé. Wilkie Collins rapporte le récit que Dickens lui fit de cet accident de train. Alors qu’il aidait les personnes blessées, Dickens rencontre un homme étrange, au nez et aux paupières coupés et qui dit s’appeler Drood. Ce personnage mystérieux et inquiétant (est-ce vraiment un homme ?) semble s’intéresser aux gens juste avant qu’ils ne meurent.

Collins va donc enquêter sur ce personnage mais aussi bientôt, sur la relation étrange qui semble s’être nouée entre Drood et Dickens, enquête qui va le mener dans les sous-sols de Londres, parmi le parias et les consommateurs d’opium. Le comportement étrange de Dickens l’intrigue. Pourquoi rencontre-t-il Drood secrètement ? Pourquoi visite-t-il des cimetières et s’intéresse-t-il tant à la chaux vive ?...

Et lorsque l’enquêteur Field (qui a  servi de modèle à l’inspecteur Bucket dans La Maison d’Apre-vent) se mêle à l’histoire, les événements deviennent encore plus inquiétants et dangereux.

Au fur et à mesure que son agacement personnel contre Dickens augmente, ses interrogations se multiplient. Et la menace de Drood et de ses adeptes se précise et se fait plus terrifiante.

Pour essayer de démêler les fils, il faut être attentif dès le début. C’est plein de détails, très dense et les quatre cent premières pages se lisent donc assez lentement. La suite est beaucoup plus vive, avec plus d’action.

 

Le roman est donc excellent d'un point de vue du suspense (même si de longs passages sont consacrés à la psychologie et à la description plutôt qu'à l'action), entre effroi et envoûtement mais en outre, la lectrice de Dickens que je suis est comblée par tous les détails se rapportant à ses œuvres (très compréhensibles pour ceux qui n’ont pas lu). Les références à L’ami commun, à La maison d’Apre-vent (mes deux romans préférés de l’auteur) et au Mystère d’Edwin Drood sont très nombreuses. Je chérirai les pages 206 à 212 à tout jamais. Les amateurs de Wilkie Collins y trouveront aussi leur compte en matière de détails sur sa vie et ses influences.

 

Pour être honnête, j’ai relevé quelques minuscules défauts ici ou là, le plus gros étant certainement que l’écriture de Simmons peut difficilement passer, malgré sa qualité, pour une écriture du XIXe siècle (je n’ai jamais trouvé le mot « fired » pour « renvoyé » dans un roman du XIXe) mais c’est tellement passionnant que ça ne m’a jamais gêné. Une autre petite réserve est une petite facilité que s’est permise Simmons en créant un personnage de maçon qui s’appelle Dradles, trop semblable au Durdle du Mystère d’Edwin Drood, allant même jusqu’à se faire jeter des pierres par un jeune garçon. A ce niveau, ce n’est plus de l’hommage, c’est de la paresse, mais qui ne pourra de toute façon éventuellement gêner que ceux qui ont lu le roman de Dickens. Et de toute façon, dans ma partialité totale après ce qu’il fait dire à Collins à la page 748, je ne le retiendrai pas contre lui.

Voilà en fait un roman passionnant de bout en bout que j’aurai certainement envie de relire un jour tellement il m’a emballé.

Publié le 23 Février 2009

Trouvé à petit prix, je suis sous le charme du piano de White Chalk de P.J. Harvey, album ensorcelant. Ce n'est pas une nouveauté, il date de 2007 mais j'étais passée à côté à l'époque. Il n'est jamais trop tard pour bien faire.
Mais comme je ne sais pas parler de musique, je vous propose deux morceaux que j'ai particulièrement aimé. Enfin, encore plus que les autres parce que j'ai tout aimé.

 

Rédigé par Isil

Publié dans #Musique

Publié le 23 Février 2009

L’affaire D.

ou Le crime du faux vagabond

De Fruttero et Lucentini (et Charles Dickens)

Titre original: La verità sul caso D.

Première parution: 1989

Edition Points

430 pages



Quatrième de couverture : Le 9 juin 1870, Charles Dickens mourait dans sa maison de campagne de Gadshill sans avoir résolu Le Mystère d’Edwin Drood.

Cent vingt ans plus tard, Fruttero & Lucentini, ayant décidé de relever le défi, nous offrent un formidable roman à six mains où l’Enquête se mêle au Mystère, le croise et le complète, créant un double suspens irrésistible.

Afin de tenter une fois pour toute de percer l’énigme, le tandem italien a imaginé une réunion pour le moins extraordinaire : celle, à Rome et sous le patronage de sponsors japonais, des plus grands détectives de tous les temps. A quelle conclusion aboutiront Holmes, Maigret, Poirot, Marlowe et tous les autres ? Le point final de cette affaire n’est autre qu’une lettre : D.

 


     Cette histoire complètement tordue est un pur délice. Tout commence par un colloque intitulé « Completeness is all » (« De l’importance de compléter »). Une assemblée de détectives tous plus célèbres les uns que les autres est chargée du MED (Le Mystère d’Edwin Drood pour les initiés), dernier . Charles Dickens n'en a écrit que la moitié avant sa mort en 1870. Depuis, de nombreuses fins ont été avancées par divers auteurs. Là, le principe est un peu différent puisque on assiste à l'enquête comme dans un roman policier. Que l’on connaisse Dickens ou pas, on peut prendre le même plaisir à lire cette affaire D. même si une petite culture des classiques permet de mieux comprendre les allusions littéraires nombreuses et qui augmentent le plaisir de la lecture, à Wilkie Collins, à R.L. Stevenson, à Dostoïevski…

     La construction du livre est excellente. Après une mise en place de la base, la rencontre avec les détectives, le cadre de la recherche, on passe à une alternance de passages consacrés au roman de Dickens (le découpage se fait par fascicule, comme lors de la première publication des œuvres) et des réflexions et hypothèses des enquêteurs. Rapidement, les partisans de l’innocence de Jasper, les « innocentistes », s’opposent aux partisans de la thèse de la double personnalité, les « jekyliens ».

C’est une excellente façon de lire le roman de Dickens, pour ceux qui craignent les œuvres inachevées et c’est un moment de pure jubilation pour tous les autres. C’est plein d’humour (malgré quelques idées frôlant le ridicule, comme l’apprentissage subliminal) et la fin est complètement délirante mais enthousiasmante.


     A recommander aussi à ceux qui voudraient lire Drood de Dan Simmons par exemple, cela leur permettra de mieux saisir les allusions au roman de Dickens même si ce n’est pas indispensable.


Publié le 22 Février 2009

... parce qu’il n’y a pas que les victoriens dans la vie, il y a aussi les georgiens! Et le plus célèbre des écrivains georgiens bien sûr, Jane Austen.

Elle est très à la mode ces dernières années et le nombre d’adaptations de ses œuvres, de biopics la concernant et d’œuvres qui s’inspirent de ses romans est impressionnant.

 

Bientôt, je consacrerai une page à Austen pour répertorier les adaptations et autres informations la concernant. Il vous suffira de cliquer sur sa tête qui se trouve dans la colonne de gauche sur la page d’accueil et à droite, sinon, pour rejoindre la page.

Mais en attendant, voici quelques informations utiles :

 

Ce mois-ci, Koba Films a édité trois DVD des adaptations produites l’an dernier par MTV. Il s’agit de Northanger Abbey, Mansfield Park et Emma (pour lequel j’ai donné mon avis sur ce blog ). J’ai beaucoup apprécié Northanger Abbey. Il ne faut pas se laisser impressionner par l'horrible autocollant rose indiquant avec fierté "le sommet du romantisme" qui m'aurait fait fuir si je n'avais pas connu avant. Même s'il est vrai que je reproche à ces adaptations d'avoir trop accentué le romantisme et évacué la satire sociale.


Le vendredi 6 mars prochain, Arte diffuse la mini-série de la BBC Raison et sentiments (mon avis ). Il y a beaucoup de défauts dans cette adaptation, mais j’ai bien aimé. Attention, apparemment, il n’y aura pas de rediffusion.

 

En juin sort une parodie d’Orgueil et Préjugés version horrifique : Pride & Prejudice & zombies de Seth Grahame-Smith (et Jane Austen, puisqu’il reprend le texte d’origine pour y ajouter des scènes de zombies). Autant l’exploitation de Austen pour n’importe quoi me hérisse, autant là, je suis intéressée parce que, enfin, un public potentiellement différent va peut-être pouvoir découvrir que Austen n’est pas qu'un écrivain pour midinettes. Je le lirai certainement dès la sortie en anglais, sauf si les critiques sont vraiment effroyables. L’adaptation cinématographique est déjà prévue.

 

Dans la même veine, un film Orgueil et Predator est en cours de production.

 

Dans un style différent, plus habituel, Lost in Austen, la mini-série diffusée l’an dernier sur la BBC devrait devenir un film. Là, ne m’étant pas vraiment penchée sur la version BBC, je suis moins intéressée.

 

Merci à Amra pour toutes ces infos. Et pour suivre les derniers développements, c’est Emjy qui est toujours en pointe. Et comme ça fait longtemps que je n'ai pas lu Austen (ça fait bien deux ans, c'est trop), je profite du challenge de Fashion pour m'y remettre, même si j'ai un peu oublié le principe du challenge. Enfin, en gros, il s'agit de lire et de regarder, c'est à ma portée.

Rédigé par Isil

Publié dans #Brèves de blog

Publié le 22 Février 2009

Titus errant

Trilogie de Gormenghast, tome 3

De Mervyn Peake

Titre original: Titus alone

Première parution: 1959

Edition Phébus libretto

281 pages

 

Quatrième de couverture : Fin - et apothéose - de la Trilogie de Gormenghast, le chef-d'œuvre de Mervyn Peake que la critique compara en son temps à Tolkien. Rabelais ou Lewis Carroll, probablement à cause de sa démesure baroque.

Au cœur de la forteresse labyrinthique de Gormenghast, Titus, le soixante-dix-septième comte du nom, a aujourd'hui grandi. Il est prêt à quitter ce monde fantastique et clos, cet espace de tous les délires où l'enferment des rituels codifiés aux origines depuis longtemps perdues... Voyage initiatique, passage à l'âge adulte, Titus errant livre au lecteur ému les clés de l'aventure, celles de la quête d'une improbable mais nécessaire liberté.



 Titus errant reprend là où s’arrête Gormenghast. Titus a quitté Gormenghast et erre dans un monde qui ressemble étrangement au notre. Il y a là des voitures, des avions, des villes… Il a la nostalgie de Gormenghast mais il ne peut retrouver le château.

     J’ai éprouvé un petit sentiment de frustration à la lecture de ce troisième tome de la trilogie de Gormenghast. Il est moins grandiose que les deux premiers.

     J’ai été moins happée par l’histoire, par l’ambiance, par les personnages que dans les deux premiers tomes de la série. Titus est en quête de lui-même, en quête d’identité. Qui est-t-il s’il n’est plus comte, si le monde entier ignore l’existence de Gormenghast ? C’est intéressant de suivre le parcours initiatique de Titus mais je ne l’ai pas ressenti de manière presque viscérale comme pour les deux premiers. Même l’écriture m’a parue un peu moins merveilleuse. Le château de Gormenghast m’a manqué. C’était presque un personnage central de l’histoire. Et j’avais aimé vivre avec le docteur Salprune, le professeur Belaubois et tous les autres personnages étranges de cette étrange histoire. Là, j’ai moins ressenti l’étrangeté et je n’ai pas retrouvé le même plaisir avec Musengroin ou Junon. Ce n’est pas que la lecture en soit pénible mais elle n’est plus aussi réjouissante.


     J’ai adoré et dévoré les deux premiers tomes et j’ai seulement bien aimé ce Titus errant. La trilogie est quand même à lire (quitte à s’arrêter au tome deux mais ce serait dommage) parce que c’est tout simplement magnifique.



La Trilogie de Gormenghast:
1. Titus d'Enfer
2. Gormenghast
3. Titus errant

Publié le 21 Février 2009

Gormenghast

Trilogie de Gormenghast, tome 2

De Mervyn Peake

Titre original: Gormenghast

Première parution: 1950

Edition Phébus libretto

552 pages

 

Finelame est plus que jamais déterminer à grimper les échelons de la vie sociale de Gormenghast. Mais Titus grandit et n’a pas l’intention de le laisser gagner.

 

Quatrième de couverture : Deuxième roman de la " Trilogie de Gormenghast ", qui fit comparer Mervyn Peake (1911-1968) à Rabelais, à Swift, à Powys - et, par anticipation, à Tolkien. Où le lecteur retrouve les singuliers héros de Titus d'Enfer et tous les hôtes bizarres du château-labyrinthe de Gormenghast, pour de nouvelles aventures non moins sidérantes.

 


Après avoir été complètement happée par l’atmosphère de Titus d’Enfer, j’ai retrouvé le château de Gormenghast et ses personnages fantasmagoriques avec le même plaisir. A tel point que je n’ai pas grand-chose à ajouter à ma chronique du premier tome de la trilogie. On est dans la même ambiance et l’histoire est la suite presque directe (si ce n’est que quelques années ont passé depuis les événements de Titus d’Enfer.

Il y a deux parties relativement distinctes dans ce tome. Le début se concentre beaucoup sur l’éducation de Titus et sur sa rébellion. Titus se prend d’aversion pour Gormenghast, son titre et tout ce que cela représente. Il rêve de fuir et parfois part à l’aventure hors des limites du château. Il est terriblement intrigué par cette créature étrange, la fille de sa nourrice, qui semble narguer le domaine et ses lois. On découvre de nouveaux personnages, les professeurs, ce qui donne l’occasion à Peake de nous offrir une parodie du système éducatif anglais particulièrement réjouissante. Le professeur Belaubois est un personnage amusant, presque autant que le docteur Salprune, égal à lui-même dans ce deuxième tome. Cette première moitié est très amusante.


On retrouve ensuite une partie plus dramatique où les intrigues de Finelame se développent. Sa fourberie n’a plus de limites, il est désormais prêt à tout. Et il est aidé par la vie à Gormenghast elle-même. Le château est immuable mais on a l’impression dès le début qu’un rouage s’est grippé, que la vie de tous y est en suspens. Mais la résistance s’organise.


C’est une histoire assez triste en fait, empreinte de mélancolie. A chaque événement, pour Fuchsia comme pour Titus, on a le sentiment que la réalité finit toujours par tuer le rêve et que la lucidité qu’ils finissent par retrouver est difficile à vivre pour eux. Bref, ils grandissent. Mais c’est toujours magnifiquement écrit et prenant. Encore mieux que Titus d’Enfer.



La Trilogie de Gormenghast:
1. Titus d'Enfer
2. Gormenghast
3. Titus errant

Publié le 20 Février 2009

Miss Austen regrets

G.B. - 85 min

Réalisé par Jeremy Lovering, scénario de Gwyneth Hughes

 

Avec Olivia Williams (Jane Austen), Greta Scacchi (Cassandra Austen), Imogen Poots (Fanny Knight), Phyllida Law (Mrs. Austen), Samuel Roukin (Harris Bigg)

 

Alors que Jane Austen approche la quarantaine, son succès comme auteur est assuré et ses comédies fines et pleines d’esprit sont très admirées. Pour sa nièce, Fanny Knight – une jeune et belle jeune femme qui attend désespérément de tomber amoureuse – Jane est la tante préférée qui la conseille dans sa recherche d’un mariage heureux.

 

Pourtant, lorsque Fanny lui demande de l’aide à approuver de futurs époux potentiels, l’assurance habituelle de Jane est menacée.

Elle se retourne sur ses propres choix et ses opportunités ratées. A-t-elle fait les bons choix, pour elle et sa famille ?

 


En anglais seulement (avec l’option sous-titrage en anglais)

 

Cette production de la BBC et moi, nous sommes parties sur de mauvaises bases. D’abord, j’ai eu peur que l’on ne retombe sur le même et éternel romantisme plus ou moins sirupeux qui semble inexorablement entourer tout ce qui tourne autour de Jane Austen. J’avais été un peu déçue par le film Becoming Jane, sorti un peu avant la diffusion de ce téléfilm. C’est pour ça que j’ai mis beaucoup de temps à regarder Miss Austen regrets.

J’ai eu des difficultés à passer le premier quart d’heure (j’ai dû m’y reprendre à deux fois). D’abord, les films tournés caméra à l’épaule me donnent en général des envies de sévices contre les réalisateurs, surtout à la télé où l’image et les éclairages sont déjà souvent de moins bonne qualité qu’au cinéma. Là, heureusement, j’ai pu m’y habituer parce que le réalisateur n’en abuse pas. Mon gros problème avec ce début tient au comportement de Jane et à l’image qu’il en donne. Elle répond aux remarques avec une agressivité qui peut passer pour de l’aigreur. Hors, les piques de Jane Austen sont d’autant plus efficaces si elles sont prononcées avec détachement (c’est le principe même de l’humour anglais après tout). Là, j’ai eu très peur du couplet habituel des mièvreries romanesques : une femme célibataire et sans enfants est forcément malheureuse et aigrie.

 

Heureusement, le talent de ce téléfilm est de dépasser cela et d’être beaucoup plus subtil. On voit vite que c’est le harcèlement des autres qui est pénible, le fait qu’on résume sa vie à cela alors qu’elle a bien d’autres préoccupations. Et on voit aussi une Jane Austen amusante, qui a de la répartie, un grand goût pour l’amusement (la danse notamment…), loin des vieilles filles sévères fantasmées.

En outre, Miss Austen regrets ne s’arrête pas à la comédie romantique. On y voit bien Jane et sa nièce s’interrogeant sur l’amour et le mariage, et ce, de façon assez subtile et jamais mièvre mais en plus, ces interrogations sont rattachées à l’un des autres thèmes chers à l’auteur, l’argent. Austen se pose des questions sur sa vie et ses choix aussi pour des raisons financières. Elle se préoccupe de la publication de ses œuvres car c’est vital pour elle et le bien-être de sa mère et sa sœur qui dépendent d’elle. C’est formidablement bien montré.

Et puis, il y a une partie de comédie très réjouissante, notamment une scène très amusante chez le prince régent. Et comme le téléfilm s’inspire beaucoup de la correspondance et des œuvres d’Austen, les répliques font mouche.

 

Bref, le scénario est bon et est desservi par des acteurs tous excellents, Olivia Williams en tête et les dialogues sont réjouissants. Miss Austen regrets est donc, après un début un peu laborieux, une bonne surprise.



Un dialogue qui me semble bien résumer l’œuvre d’Austen :

« Fanny : - There, you just admitted it, love is the most important thing.

Jane : - But not the only important thing.

Fanny : - There’s money and position and family.

Jane : - And friendship and passion and shared purpose. »

Rédigé par Isil

Publié dans #DVD & Cinéma

Publié le 19 Février 2009

La ville intemporelle

ou Le vampire de Barcelone

De Francisco Gonzáles Ledesma

Titre original: La ciudad sin tiempo

Première parution: 2007

Edition L’Atalante

407 pages

 

Au XVe siècle, un personnage étrange et immortel naît d’une prostituée de Barcelone. De nos jours, un homme riche est retrouvé mort, exsangue. Marcos Solana, son avocat, s’interroge.

 

Quatrième de couverture : Je viens d'années sans frontières, de villes ensevelies, de cimetières qui me parlent, de chants dont nul n'a souvenir. Je viens d'un temps lointain. Quand je suis né, la grande plaine barcelonaise qui s'étendait au-delà des murailles gothiques était dévolue au vice. On. y trouvait des lupanars bon marché qui n'avaient pas été admis dans la ville close et décente, des bateleurs, toutes sortes de saltimbanques affamés, des mendiants et des hors-la-loi. Ma mère était une esclave. Il ne faut pas s'en étonner. Ce quelqu'un ait cherché à nous tuer tous les deux n'a rien d'étonnant là encore. Ce quelqu'un, c'était l'Autre. Je tairai son nom car il m'arrive souvent de le croiser.

L'œuvre de Francisco Gonzalez Ledesma, né en 1927, avocat puis journaliste, forme un romancero unique et poignant consacré à sa ville, Barcelone. La ville intemporelle, publié en 2007 en Espagne, y a connu un immense succès.

 


     La ville intemporelle est un roman étrangement ensorcelant. Il est composé d’une alternance de chapitres, les uns à la première personne, narrés par un vampire né au XVe siècle dans un lupanar de Barcelone et les autres à la troisième personne, et qui suivent l’histoire de Marta Vives, stagiaire d’un avocat dont un client a été retrouvé mort, exsangue. Ces chapitres se répondent très souvent. Cette construction entretient un suspense qui pousse à enchaîner les chapitres de manière compulsive.

     La figure du vampire est très éloignée du mythe forgé par la littérature fantastique. Ce narrateur-vampire est peu défini, son image assez floue. On ne connaît pas son nom. Il supporte la lumière du jour mais préfère la nuit. C’est un prédateur, il tue pour se nourrir, mais il n’en éprouve aucun plaisir. Il est aussi capable d’éprouver de l’empathie pour les humains, surtout les femmes qui croisent sa route au fil des siècles. Pourtant, il est asexué et c’est en fait ce qui en fait un confident privilégié pour des femmes qui tentent de lutter contre leur destin. En réalité, ce personnage est un témoin autant qu’un acteur. Son statut d’immortel lui permet de traverser l’Histoire de Barcelone. Et c’est surtout de cela que traite ce roman. De l’Inquisition à nos jours, on suit l’histoire et la construction de la ville. Ce proscrit nous fait entrer dans le monde des proscrits et laissés pour compte de la ville, des servantes engrossées par des maîtres brutaux et vouées au mépris général aux prêtres en crise de la foi. Certaines scènes sont dures mais c’est très fort.


     On suit avec le même plaisirs les recherches et interrogations de Marta sur sa famille et ses liens avec des faits étranges.

     Les thèmes du Bien et du Mal sont omniprésents, ainsi que le poids de l’Eglise et l’Inquisition. C’est traité de façon particulièrement intéressante. En outre, l’écriture est superbe, d’une rare finesse et très fluide. Bref, voilà un roman qui mérite d’être découvert, que l’on aime le genre fantastique ou pas. Exceptionnel.

 

« Il est un sourire plus terrifiant encore que celui de la mort : celui de la vie éternelle. »

Publié le 18 Février 2009

Génération MLF, 1968-2008

De Antoinette Fouque

Première parution: 2008

Edition Des Femmes

615 pages

 

Quatrième de couverture : Elles avaient 16 ans, 20 ans ou 33 ans en 1968. Venues de tous milieux, de tous horizons, de divers pays, elles ont créé ou rejoint le MLF. Ce mouvement a profondément transformé leur vie et celle de millions de femmes et d’hommes et engendré une mutation de notre civilisation.

Aujourd’hui une cinquantaine d’entre elles se souviennent, témoignent et, toujours en mouvements, imaginent les libérations à venir, affirment que, présentes au monde désormais, les femmes sont la force émergente du XXIe siècle.

Les témoignages sont accompagnés ici de documents d’époque –textes et photos – et d’une chronologie inédite, de la naissance du MLF, en octobre 1968, à nos jours.

 


Génération MLF est un document qui comporte trois parties : Une première regroupe des chronologies et des témoignages, une deuxième des photos, et la troisième et dernière, des documents d’époque.

Je n’ai pas compris à qui s’adresse ce livre. Dès le premier témoignage, celui d’une des fondatrices du MLF, il y a trop de psychanalyse (la créatrice du mouvement a créé un groupe « Psychanalyse et politique ») et je n’ai pas fait psychanalyse deuxième langue alors les discours (quand je les ai compris) me sont passés au dessus. Même si ça s’explique par une réaction à la lecture psychanalytique des femmes dominante à l’époque de la création du mouvement, les tenants n’acceptent pas des protocoles de validation scientifiques, donc pour moi, ça ne présente pas d’intérêt.

Ensuite, et là c’est plus grave, je me suis à peine sentie concernée par ces témoignages trop superficiels. Dès qu’un petit élément m’intéressait, ce n’était jamais développé et on passait à autre chose. Il est toujours fait référence à des attaques de féministes contre le MLF mais ce n’est pas développé (pourquoi ? Comment se manifestent-elles ? ... rien n’est clair). Les femmes qui témoignent répètent toujours que pour la première fois elles pouvaient parler librement mais ça ne va pas plus dans le détail. J’ai eu l’impression d’un album de famille fait par et pour les femmes qui militent et pas pour le grand public qui a envie de découvrir ce mouvement. Même les photos donnent souvent cette impression, à part quelques unes qui montrent les slogans de manifestations. Elles font en partie trop photo de famille : réunions des membres, photo avec Angela Davies, soit, mais et alors quoi ? Qu’est-ce que c’est censé dire ou montrer ?

 

Il y a tout de même au fil d’un témoignage par-ci par-là, un rappel salutaire que la « libération sexuelle » de 1968 était surtout pour les hommes dans le fond, parce que il y avait une quasi obligation sexuelle (pour utiliser un raccourci, c’était « si tu ne couches pas, tu es contre la révolte de 68 ») pour les filles qui n’était pas toujours libératrice pour elles. C’était à sens unique. Sans parler du fait que dans les AG étudiantes qui ont mené les mouvements de mai 68, les femmes étaient systématiquement « remises à leur place » quand elles essayaient de prendre la parole.

 

La partie la plus intéressante (et encore pas toujours, encore une fois, la majorité des documents se regarde un peu trop le nombril) est la partie documents. Le plus saisissant est l’appel à une manifestation devant un palais de justice en 1977 lors du procès d’un mari ayant tué sa femme. Le procès a tourné au procès de la victime et on a trouvé des circonstances atténuantes au « malheureux » mari meurtrier. Imaginez : c’était un artisan et elle… une enseignante (c’est-à-dire une intellectuelle castratrice) qui avait connu un autre homme avant le mariage (une femme perdue donc). C’est ce genre de documents que j’aimerais pouvoir montrer aux adolescent(e)s de mon entourage pour leur faire comprendre l’histoire des femmes. Hélas, ce n’est pas avec cet ouvrage que je le pourrai.


C’est un livre bien trop laborieux même pour qui s’intéresse à ça. Je vais retourner à mon histoire des femmes en 5 volumes, de Michèle Perrot, émanation du travail de fond du MLF, bien plus intéressant.


J’ai quand même aimé ce slogan d’une manifestation du 1er mai 1980 à Marseille : « Vive l’indépendance économique, politique et érotique des femmes. »


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Rédigé par Isil

Publié dans #Livres - Autres