Publié le 30 Janvier 2009

  Dans la méga-liste établie par Grominou pour son challenge Blog-o-trésor, j'ai trouvé quelques livres de ma pal (ou que je peux emprunter). Et comme les règles sont peu contraignantes, je peux me lancer sans trop de danger.

Il s'agit d'en lire quatre dans l'année. Je ne fais pas de choix définitif, je choisirai les quatre en fonction de l'inspiration du moment.
  1. Aragon Louis: Aurélien
  2. Barbery Murielle: L'élégance du hérisson
  3. Cervantes Miguel de: Don Quichotte
  4. Dickens Charles: Un conte des deux villes
  5. Doyle Conan: Une étude en rouge
  6. Du Maurier Daphné: Rebecca
  7. Gaiman Neil: Neverwhere
  8. Hugo Victor: Le dernier jour d'un condamné
  9. Ishiguro Kazuo: Auprès de moi toujours
  10. Jackson Lee: Les secrets de Londres
  11. Keyes Daniel: Des fleurs pour Algernon
  12. La Fayette Mme de: La Princesse de Clèves
  13. Marquez Gabriel Garcia: Cent ans de solitude
  14. Maupassant Guy de: Le Horla
  15. Priest Christopher: Le monde inverti
  16. Shaffer Mary Ann: The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society
  17. Stendhal: La Chartreuse de Parme
  18. Tolkien J.R.R.: Les enfants de Hurin
Et pour une raison qui s'expliquera en cours d'année, j'ajoute une relecture de Hamlet de Shakespeare.

Rédigé par Isil

Publié dans #Brèves de blog

Publié le 28 Janvier 2009

Les poubelles pleurent aussi

De Guillaume Suzanne

Première parution: 2008

Edition Griffe d’Encre

74 pages

 

Quatrième de couverture : La Terre, France.
Le Contact tant espéré a finalement eu lieu. Les Nods ont débarqué il y a six ans, apportant avec eux la dernière génération de poubelles organiques dans un but on ne peut plus noble : aider les Terriens, qui semblent avoir tant de mal à garder leur planète propre. Semant le progrès et la pagaille dans leur sillage, voilà qu’ils ont éradiqué le tabac sans demander leur avis aux fumeurs.

Les Nods se prétendent omnipotents, mais… jusqu’où ?

Et tandis que le président de la République apprend ses discours sur des fiches cartonnées et qu’Arnold Sextan se fait verbaliser pour stationnement de maison non autorisé, les montres se mettent à perdre l’heure, les GPS à perdre le Nord et les gens à perdre la tête.



Cette novella humoristique est sans grande surprise mais très agréable à lire. Elle prend clairement ses sources dans l’œuvre de Douglas Adams (ce « 42 » n’est sûrement pas là par hasard) et de Fredric Brown auquel il est même fait référence dans le texte. Et il est vrai que l’histoire de ces nods qui débarquent sur Terre pour faire notre bonheur malgré nous n’est pas sans rappeler « Martiens go home ». L’humour est absurde voire potache et fait passer un très bon moment si on aime ce type d’humour, avec une fin cruelle à souhait parce qu'évidemment dans ce genre de texte, l'humain en prend pour son grade. La seule trace d'humanité vient finalement de Betsy la poubelle.
Un bon petit moment de lecture.

Publié le 25 Janvier 2009

Burn after reading

Comédie, USA, 2008

Réalisé par Joel et Ethan Cohen

Avec George Clooney (Harry Pfarrer), Brad Pitt (Chad Feldheimer), Frances McDormand (Linda Litzske), John Malkovich (Osbourne Cox), Tilda Swinton (Katie Cox)

  

Osborne Cox est analyste à la CIA. Lorsqu’il est renvoyé pour alcoolisme, il décide d’écrire ses mémoires alors que sa femme décide de le quitter pour Harry, son amant.

Au club de fitness Hardbodies, Linda Litzke essaie de faire payer par sa mutuelle les opérations de chirurgie esthétique qui lui permettront de mener une nouvelle vie, sans succès, et rencontre des hommes sur Internet, sans plus de succès. Lorsque son collègue Chad et elle tombent sur le cd contenant des informations du futur livre de Cox, ils décident de le faire chanter, persuadés que ces informations valent une fortune.



Je n’avais pas suivi l’actualité cinématographique depuis des mois et je ne savais absolument rien de ce film avant de mettre les pieds dans la salle. Le premier quart d’heure est déstabilisant. On passe du coq à l’âne, on se demande où va l’histoire et puis j’ai assez vite compris qu’elle ne menait nulle part, ce qui se confirme. Il n’y a pas vraiment de scénario. On est dans un imbroglio burlesque où des personnages, tous des losers, se débattent dans une situation qui les dépasse.

C’est donc surtout un numéro d’acteurs. George Clooney fait un dragueur bourré de tics et parano assez convaincant, même s’il en fait un peu trop à une ou deux reprises et John Malkovich est toujours très bon. Tilda Swinton incarne son personnage de femme froide à la perfection mais c’est surtout le couple Pitt/McDormand qui est impressionnant. Pitt, bien aidé par une coiffure qui le fait ressembler à un marcassin, est désopilant. Il fait un bien piètre espion.

Ce film vaut surtout pour sa cocasserie un peu cruelle. J’ai particulièrement aimé la dernière scène : le film se clôt sur les commentaires désabusés de deux membres de la CIA.

 

Bref, c’est un film sans histoire et sans message mais qui m’a fait passer un très bon moment.

Rédigé par Isil

Publié dans #DVD & Cinéma

Publié le 23 Janvier 2009

Et le bébé était cuit à point

De Mary Dollinger

Première parution: 2008

Edition Jacques André Editeur

61 pages

  

Quatrième de couverture : Blanche, sous l'emprise d'une mère indigne et d'un prince qui se veut charmant, travaille dans une entreprise agro-alimentaire dirigée par un ogre. Sa vie morne, la solitude la ronge. Puis elle croise un chat, botté, et tout devient possible. Lorsque vous aurez lu ce court roman, vous ne porterez plus le même regard sur les chats en général, et le vôtre en particulier. Un conte cruel, écrit par une humoriste à l'anglaise mais d'une tendresse toute française, qui vous rappellera ce qui s'est toujours raconté depuis la nuit des temps : les hommes et le femmes s'aiment, mais ne savent ni le montrer ni le démontrer. Quant au bébé, sa cuisson restera toujours une affaire bien délicate.

 

Mary Dollinger a vécu ses premières années en Grange-Bretagne. Passionnée de civilisation française, elle a poussé l'expérimentation jusqu'à se marier en France, où elle survit depuis 1961.

  


Je ne sais même pas quoi dire à propos de ce très court récit qui m’a terriblement ennuyé. Je suis tombée dans une sorte de semi coma dès la quatrième page, d’où je me suis réveillée (vaguement) à la fin pour cette histoire de bébé cuit dont le seul effet a été une sorte de soulagement parce qu’annonciatrice de fin prochaine.

 

C’est censé être cruel ? Je n’ai trouvé cela que « gentillet ». La caricature de l’industrie agro-alimentaire, en plus d’être éculée, est trop superficielle pour être choquante. L’héroïne est trop molle pour être autre chose que… trop molle justement et elle est donc sans aucun intérêt ainsi que son histoire d’amour sans enjeu ni conviction, ni péripétie. Je pense que le côté conte ne l’a pas emporté sur le fait que ça ressemble trop à de la chick-lit, ou du moins à l’idée que je m’en fait parce que pour être honnête, je n’en ai lu qu’un, le journal de Bridget Jones que je n’avais pas aimé. J’ai trouvé que le seul avantage ici, c’est que c’est très court et plutôt mieux écrit.

Publié le 20 Janvier 2009

Picasso et les maîtres

Paris, Le Grand Palais / Le Louvre / Musée d'Orsay

8 octobre 2008 - 2 février 2009

 

L'ouverture jusqu'à 23h pendant les vacances scolaires m'a permis d'aller voir l'exposition "Picasso et les maîtres" en dehors des grandes foules et dans des conditions de confort très appréciables. Je ne suis pas très fan de l'oeuvre de Picasso mais j'étais curieuse de voir cette exposition où étaient également présentées des toiles de peintres que j'aime comme Velasquez ou El Greco.


J'ai donc pu y admirer des toiles splendides, certaines déjà vues car venant de musées parisiens, comme L'absinthe de Degas ou Olympia de Manet et d'autres venant du Prado à Madrid, du Metropolitan Museum, etc. Le principe de l'exposition est de montrer une oeuvre de maître, Ingres, Titien, Cranach, Goya, Velasquez... et de placer en vis à vis une ou des toiles de Picasso. Dans la première salle, dédiée au portrait, je n'ai pas toujours vu le lien. C'est une exposition qui s'adresse visiblement à plus érudit que moi (à ceux qui ne sont pas du genre à faire des commentaires stupides sur le sens des proportions chez Ingres sous le regard médusé des vrais amateurs éclairés, par exemple). Dans d'autres cas, la comparaison semble évidente et parfois, même particulièrement intéressante. Pour moi, le sommet de l'exposition est la juxtaposition des Ménines de Velasquez et des différentes versions de Picasso. Hélas, l'absence de l'original (un comble et l'écran placé très en hauteur ne facilitait pas la tâche) ne permet pas de faire le lien réellement pendant l'exposition mais c'est ensuite que grâce à Picasso, j'ai pu remarquer des détails fascinants de la toile du maître. L'amie qui m'accompagnait a trouvé que le catalogue, étudié avant la visite, était une aide précieuse. L'enlèvement des Sabines de Nicolas Poussin était un autre point clé de l'exoposition.

 

Bref, je n'ai pas trouvé l'ensemble très clair pour la novice que je suis et je me suis parfois demandé quel était le propos mais je ne regrette pas d'avoir vu quelques belles toiles, dont la Maja desnuda de Goya.



Avant la visite au Grand Palais, une visite au Louvre m'a permis de voir une autre partie de cet événement, consacrée à Delacroix et ses femmes d'Alger. Sur le même principe, à côté du tableau sont exposées les versions de Picasso.
Je n'ai pas encore vu la partie consacrée au Déjeuner sur l'herbe de Manet.

Rédigé par Isil

Publié dans #Sorties - Voyages

Publié le 17 Janvier 2009

Nord et Sud

De Elizabeth Gaskell

Titre original: North and South

Première parution: 1855

Edition Fayard

510 pages

 

Quatrième de couverture : C'est le choc de deux Angleterre que le roman nous invite à découvrir : le Sud, paisible, rural et conservateur, et le Nord, industriel, énergique et âpre. Entre les deux, la figure de l'héroïne, la jeune et belle Margaret Hale. Après un long séjour à Londres chez sa tante, elle regagne le presbytère familial dans un village du sud de l'Angleterre. Peu après son retour, son père renonce à l'Eglise et déracine sa famille pour s'installer dans une ville du Nord. Margaret va devoir s'adapter à une nouvelle vie en découvrant le monde industriel avec ses grèves, sa brutalité et sa cruauté. Sa conscience sociale s'éveille à travers les liens qu'elle tisse avec certains ouvriers des filatures locales, et les rapports difficiles qui l'opposent à leur patron, John Thornton. En même temps qu'un étonnant portrait de femme dans l'Angleterre du milieu du XIXe siècle, Elizabeth Gaskell brosse ici une de ces larges fresques dont les romanciers victoriens ont le secret.

 

Fille et femme de pasteur, Elizabeth Gaskell (1810-1865) connaissait intimement la vie provinciale et les milieux industriels. Sa sensibilité aux questions sociales la porta à peindre avec sympathie la condition des opprimés de son temps : les ouvriers et les femmes. Proche de Charles Dickens, George Eliot et Charlotte Brontë, elle a occupé une place importante sur la scène littéraire victorienne. On la redécouvrira avec bonheur.

 



A l’occasion de la réédition de Nord et Sud chez Fayard, j’ai décidé de relire ce roman qui m’a époustouflé il y a quelques années. Chaque lecture m’apporte un nouvel éclairage car c’est un livre trop riche pour être appréhendé en une seule lecture.

 

Nord et Sud est à priori une histoire simple mais en réalité, il s’agit d’une œuvre riche qui comporte plusieurs niveaux de lecture et dans laquelle de nombreux thèmes sont abordés.

Au premier niveau de lecture, on a un roman de formation classique à travers l’histoire d’amour de Margaret et John. Margaret est sûre de sa valeur voire un peu snobe au début de l’histoire, même si elle a conscience de la futilité de ce qui l’entoure à Londres. Elle va apprendre à se connaître et à évaluer ses priorités lorsqu’elle va subir une transformation profonde à travers une série d’épreuves. Les bases sont les mêmes que celles d’Orgueil et Préjugés d’Austen (écrit cinquante ans plus tôt). Une jeune femme de la gentry mais pauvre rencontre un homme riche qui lui déplait immédiatement. Contrairement à Austen qui ne donne que le point de vue des femmes dans ses romans, Gaskell donne parfois le point de vue de John Thornton et dès le début, on sait donc qu’il éprouve de l’agacement mais surtout une grande attirance face à Margaret. La sexualité sous-entendue est surprenante, le champ lexical tourne beaucoup autour du corps, de la bouche, de la « gorge ». C’est un personnage touchant, qui est aussi mal à l’aise dans sa relation à Margaret qu’il est sûr de lui dans sa profession (peut-être parce que pour la première fois, on ne lui témoigne aucune admiration alors qu’il est respecté dans sa communauté, même par ses ennemis). Cette histoire d’amour est centrale mais elle sert aussi de base à d’autres aspects du récit et notamment, le contexte social dans lequel se déroule l’histoire.

 

Car en plus d’une émouvante histoire d’amour, ce roman est l’histoire d’une double opposition. Margaret Hale et John Thornton représentent deux modèles à priori opposés. Pour Margaret, la « gentry » du Sud de l’Angleterre est au centre de sa vision de l’homme. Cela implique des devoirs : la compassion, la philanthropie… John Thornton représente une nouvelle classe dirigeante qui apparaît au milieu du XIXe siècle avec l’industrialisation. Il est un self made man qui pense que seule l’activité et la volonté forment l’homme. Là où le personnage est particulièrement intéressant, c’est qu’il ne peut se contenter de cela et éprouve l’envie d’acquérir la culture qui lui manque. En cela et dans le fait qu’il est partisan d’un certain progrès social à sa façon (pour des raisons pratiques et non philanthropiques), il est différent de l’ensemble de sa « classe » sociale. Ce thème me semble encore très actuel, notamment dans les discussions sur la réussite sociale, seul élément d’importance pour la grande majorité des industriels de Milton. Plus largement, cette opposition est une opposition Nord/Sud. Margaret naît dans le Sud et est en grande partie élevée chez sa riche tante à Londres. Lorsqu’on la rencontre pour la première fois, elle prépare le mariage de sa futile cousine Edith et s’apprête à rentrer chez ses parents à Helstone, petit village de la New Forest. Là, c’est un monde en grande partie agricole qui est décrit. Mr Hale, le pasteur y est le seul représentant de sa classe sociale. Toute l’activité tourne autour de l’école assurée par Mrs Hale et la charité. L’arrivée dans une grande ville industrielle du nord est donc un choc pour les Hale. C’est le premier d’une longue liste de malheurs qui vont s’abattre sur la famille.

 

Nord et Sud devient alors un roman industriel. La plus grande partie se déroule à Milton, ville ouvrière du Nord de l’Angleterre. Les tensions sociales sont extrêmes. On a donc un deuxième niveau d’opposition, la lutte sociale des ouvriers qui les oppose aux patrons des filatures de coton. Le lecteur découvre et suit cette partie à travers le regard extérieur de Margaret qui tente de découvrir ce monde ouvrier lorsqu’elle se lie d’amitié avec Bessy, jeune ouvrière malade à cause de son travail et fille de Nicholas Higgins, syndicaliste. Margaret essaie de comprendre le point de vue des patrons avec Thornton et celui des ouvriers avec Nicholas. La confrontation entre les deux hommes est un des moments clés du roman, un de mes passages favoris. Les deux sont des modèles de droiture et même s’ils sont dans des camps opposés, sont finalement assez proches. La réponse apportée à la confrontation sociale est certes naïve, teintée du christianisme de Gaskell, mais le développement du sujet est passionnant à suivre et c’est le simple fait de poser le questionnement qui en fait la valeur : pourquoi des hommes qui ont un intérêt commun (à savoir la marche d’une entreprise qui conditionne la subsistance des deux parties en présence) sont-ils en conflit permanent ? Il y a toujours chez Gaskell un équilibre des points de vue. Thornton donne son avis sur la question (tout est la faute des ouvriers) et est contrebalancé dans le chapitre suivant par le point de vue de Higgins (tout est la faute des patrons). Les thèmes soulevés sont intéressants et rarement aussi bien mis en valeur. On sent que Gaskell maîtrise son sujet et pour cause puisqu’elle fréquentait les milieux ouvriers. Sa vision du syndicalisme, pas toujours flatteuse, reste nuancée grâce au personnage de Nicolas Higgins.

 

C’est dans cette balance perpétuelle des points de vue dans tous les thèmes qu’elle aborde que Gaskell est particulièrement douée. Un exemple parmi d’autres, le salon des Hale vu à travers le regard de Mrs Thornton puis plus tard le salon des Thornton vu à travers le regard de Margaret en disent plus long sur les personnages et leur mentalité qu’un long discours. C’est cette finesse de la psychologie de ses personnages qui fait une grande qualité de l’écriture de l’auteur. L’évolution de Margaret est formidable parce que tout est lié: à partir du moment où elle commence à mieux connaître et apprécier Milton, grâce à Higgins, elle peut commencer à s’intéresser à Thornton. Et la façon dont jusqu’au bout, elle tente d’ignorer ses propres sentiments est particulièrement touchante. Il n’y a pas de « méchants » chez Gaskell. Ses personnages peuvent être désagréables mais avoir des moments d’humanité comme Mrs Thornton, d’apparence très dure mais qui a aussi ses failles. La famille Hale n’est pas exempte de défauts non plus. C’est Margaret, qui à dix-neuf ans assume presque seule la responsabilité de la tenue de la maison et des décisions importante, prise entre une mère maladive et un père faible lorsqu’il s’agit de sa famille alors qu’il est ferme et dynamique hors de ce contexte. Les relations filiales sont d’ailleurs très importantes dans Nord et Sud et font l’objet de quelques passages d’une grande beauté.

 

L’écriture est simple mais juste et élégante. Cette troisième lecture du roman m'a encore fait passer un très bon moment. J’ai juste un petit reproche à faire à la traduction française. Le langage parlé des ouvriers ne m’a pas semblé très naturel.

 

Le roman a fait l’objet d’une adaptation très réussie de la BBC en 2004 (en anglais seulement hélas).



« Au cours de ses promenades en voiture avec sa tante, Margaret avait circulé dans la capitale. Mais à Londres, les véhicules encombrants semblaient remplir de multitudes fonctions alors qu’ici, chaque fourgon, chaque chariot et tombereau transportait du coton, soit sous sa forme brute, en sacs, soit déjà tissé, en balles de calicot. Sur les trottoirs circulait une foule de gens bien vêtus pour la plupart, ou du moins portant des habits dont le tissu semblait de bonne qualité, malgré leur aspect débraillé et négligé. Margaret fut frappée par le contraste avec l’élégance élimée et miteuse de la même classe sociale à Londres. »



Autres livres lus :

Mary Barton

Cranford

Lady Ludlow

La sorcière de Salem

Mr Harrison’s confessions

Wives and daughters


Publié le 15 Janvier 2009

Napoléon III et la Reine Victoria
une visite à l'Exposition universelle de 1855

Château de Compiègne

 

4 octobre 2008 - 19 janvier 2009

 


Avec quelques blogueuses, nous sommes parties en excursion jusqu'à Compiègne pour voir l'exposition consacrée à l'exposition universelle de 1855, occasion de rencontre entre Napoléon III et Victoria, la souveraine britannique. Ce n'est pas tellement pour Napoléon III que j'y allais. A vrai dire, pendant toute ma scolarité, il est passé à l'as. C'est dire si dans mon esprit, c'est un personnage important. Presque autant que la reine Boulard - Napoléon IIIVictoria. L’exposition proposait des objets d’époque mais surtout, des peintures françaises et anglaises de la période victorienne. Ma déception a commencé avant l’arrivée lorsque Lamousmé m’a annoncé sans ménagement que l’Ophelia de Millais n’y était pas (après avoir découvert que Cryssilda a un très gros problème avec les restaurants parisiens, j’allais décidément de désillusion en désillusion).

 

Mais enfin, l’exposition s’est révélée assez intéressante néanmoins. D’abord CompiègneWinterhalter - Albertest une jolie ville et le palais où se situe l’exposition est beau. L’entrée en matière se fait avec une série de tableaux peints pour l’occasion de cette rencontre au sommet : Napoléon et Victoria vont à l’opéra, Napoléon et Victoria parcourent les rues de Paris sous les vivats… Plusieurs portraits de Winterhalter (peintre officiel de la reine) sont présentés. Une robe de Victoria est exposée ainsi que quelques croquis qu’elle a dessinés de Napoléon et Eugénie. On peut aussi y admirer deux petites toiles de Turner.

 

Ensuite, une grande salle est consacrée à l’exposition universelle et à des objets d’époque. On peut regretter le manque d’explications et de détails. On se contente de regarder des photographies, quelques meubles et des porcelaines de Sèvres, représentant les arts industriels.Landseer - Two tethered rams with coiled horns...

 

La partie qui m’a le plus intéressée (et je ne pense pas être la seule dans ce cas), c’est la peinture. Bien sûr commencer en tombant sur une photo minuscule du Millais (qui aurait dû y être donc) ça énerve un peu. Surtout quand on constate également que « Our English coasts » de William Holman Hunt était également absent (message personnel à Murielle : il y avait quand même un tableau de Landseer avec des moutons pour compenser).

 Ford Madox Brown - Chaucer at the Court of Edward IIIMais la suite a atténué la déception. Lamousmé s’est extasiée devant un tableau de Ford Madox Brown (et pleuré sur l’injustice de l’absence de Rossetti). Nous avons toutes vivement admiré la toile de Joseph Noel Paton, bel exemple de « Fairy painting », genre très populaire à l’ère victorienne. Les détails y sont incroyables, fées, satyres, lutins en tout genre, foisonnent. Paton - The quarrel of Oberon and Titania

Des peintures de Landseer, William Holman Hunt, William Mulready, côté anglais, Decamps et Meissonnier, côté français, ainsi que des gravures, aquarelles et Landseer - Jack in officephotographies venaient compléter ce petit panorama artistique de l’époque.

 

Bref c’est une belle exposition malgré sa petite taille mais qui mériterait plus d’explications. On est un peu démuni devant les œuvres.

Attention, ce sont les derniers jours pour en profiter.

 

Pour en savoir plus : http://www.musee-chateau-compiegne.fr/homes/home_id24350_u1l2.htm

 

 Quant à la rencontre entre blogueuses "victorianophiles", inutile de dire qu’elle fut très agréable. Merci Cryssilda, Lamalie, Lamousmé, Lou et Malice pour cette journée très sympathique et très victorienne.


Rédigé par Isil

Publié dans #Sorties - Voyages

Publié le 13 Janvier 2009

La reine Victoria

De Lytton Strachey

Titre original: Queen Victoria

Première parution: 1921

Edition Petite Bibliothèque Payot/Documents

295 pages

 

Biographie de la reine Victoria

 

Quatrième de couverture : Reine de Grande-Bretagne et d’Irlande, Victoria accède au trône en 1837, à l’âge de dix-huit ans. Elle témoigne d’un caractère indépendant et énergique et épouse en 1840, malgré l’avis de sa mère, son cousin Albert de Saxe-Cobourg. Initiée à la politique par Lord Melbourne, elle laisse fonctionner le régime parlementaire et essaie surtout d’intervenir en politique étrangère. C’est pendant son règne que la Grande-Bretagne s’installe au premier rang des puissances économiques mondiales et que l’Empire connaît son apogée colonial. Son ministre favori, Disraeli, lui fait donner en 1876 le titre d’impératrice des Indes.

Par son prestige et son autorité, Victoria symbolise l’Angleterre impérialiste et victorieuse.

 

La célèbre biographie que lui a consacrée Lytton Strachey (1880-1932), l’auteur de Victoriens éminents, se situe en marge des formes traditionnelles du genre. Elle reflète en particulier les préoccupations qui étaient celles du groupe de Bloomsbury, autour de Virginia Woolf et de ses amis.

 


C’est l’heure des scoops. J’aime la littérature victorienne. L’époque victorienne m’intéresse. J’y trouve un certain nombre de points communs (ou d’opposition) avec notre époque : la méritocratie, la « valeur » travail avaient déjà eu leur heure de gloire mais c’était alors une période d’effervescence économique, liée à l’industrialisation. En revanche, je n’ai pas particulièrement d’intérêt pour le personnage qui a donné son nom à cette période. Le grand mérite de Victoria a été de régner plus de soixante ans et par là même, d’assister à de grands changements dans le fonctionnement de l’économie et des mentalités. Si Lou ne s’était pas attaquée à ce livre de Strachey lors du swap victorien, je n’aurais même pas connu son existence.

 

L’ouvrage de Strachey est à peine une biographie, plutôt un portrait psychologique où l’humour à froid de l’auteur fait mouche. On n’est pas noyé sous les dates et parfois on a un peu de mal à se resituer dans le temps à cause de certains retours en arrière intempestifs. D’ailleurs, après son mariage avec Albert, c’est lui qui devient le « héros » de l’histoire et Victoria s’efface presque entièrement jusqu’à la mort du prince.


C’est donc très original mais c’est surtout très bien écrit. Il y a un très grand décalage entre le sujet traité (à priori académique) et le ton employé, détaché et ironique en général et faussement emphatique parfois (la mort de Charlotte, première dans l'ordre de succession au trône, au début, est digne d’un opéra, avec toute la grandiloquence qui s'impose de la part des protagonistes).

Visiblement, pour Strachey, Victoria n’est pas seulement le symbole de « l’Angleterre impérialiste et victorieuse » mais surtout celui de la petite bourgeoisie et de l’étroitesse d’esprit. C’est ce dernier trait qui frappe surtout. Elle est capable de se braquer sur une question de personne (et comme l’a vite compris Disraeli, on n’est jamais trop flagorneur pour Victoria : « Tout le monde aime la flatterie et, quand il s’agit de princes, il faut l’étendre avec une truelle. »). En revanche, elle est molle et peu intéressée face aux questions politiques essentielles. Elle est présentée comme orgueilleuse, bornée, incapable de nuance. Il est vrai que son mariage fut un coup d’arrêt à toute possibilité d’amélioration pour elle. Albert a immédiatement pris les rênes dans la couple. Et leur vision de la politique étrangère est assez personnelle, voire familiale (eh oui, quand vos cousins européens sont mêlés à l’affaire, difficile d’être objectif) et peu importe si le reste de l’Angleterre voit d’un mauvais œil l’influence grandissante que les Saxe-Cobourg occupent sur le plan géopolitique international.

 

C’est un ouvrage clairement à charge mais tout cela est très bien fait, délicieusement ironique et se lit avec plaisir donc, pour son aspect littéraire plus que pour son sujet.

Je trouve toujours le personnage de cette reine inintéressant mais maintenant, je sais pourquoi. Ce que j’ai découvert, c’est un excellent écrivain qui sait faire de ce personnage qu’il montre comme une petite personne assez fade à l’orgueil démesuré, un personnage que l’on suit avec plaisir et ça, ce n’était pas évident. Ce qui fait que même les gens qui, comme moi, ne lisent jamais de biographies, peuvent trouver un certain attrait à cette « biographie » très particulière.

 

Merci Lou pour le prêt.

 

PS : la fan de Doctor Who qui sommeille en moi a frétillé à la mention du très fameux « cela ne nous amuse pas », cher à Rose.

Rédigé par Isil

Publié dans #Livres - Autres

Publié le 9 Janvier 2009

Far from the madding crowd

De Thomas Hardy

Première parution: 1874

Edition Oxford World’s Classics

433 pages


 

Gabriel Oak est fermier. Il tombe amoureux de la belle Bathsheba Everdene qui le rejette. Lorsqu’il perd ses brebis et donc son rêve d’indépendance, il est employé par Bathsheba mais ne peut plus prétendre à son amour puisqu’elle lui est alors socialement supérieure. Il doit donc être le témoin silencieux de la cour que lui font Boldwood, un fermier voisin et Troy, un jeune officier désargenté à la vie dissolue.

 



Hardy décrit la vie rurale et il le fait de façon délicieuse. Dans ce contexte, on voit évoluer quatre personnages, Bathsheba et ses trois prétendants. Gabriel Oak représente l’idéal proche de la nature, calme, honnête, attentif aux autres, responsable alors que le sergent Troy est l’exact opposé, égoïste, vivant au jour le jour, destructeur. Boldwood ne se préoccupait pas des femmes avant que Bathsheba, par jeu, n’attire son attention. Il devient alors un amoureux passionné.

 

Les désordres de l’amour et les dangers de la passion sont très délicatement exprimés dans ce magnifique roman. Bathsheba est une héroïne intelligente et indépendante, elle gère une ferme d’une main suffisamment ferme pour être prise au sérieux, ce qui n’est pas un petit exploit dans l’Angleterre rurale du XIXe siècle. Pourtant, elle va se laisser mener par la vanité dans sa vie amoureuse, vie qui n’est pas sa priorité, au début de l’histoire tout au moins, et sa vision du mariage est assez atypique.

Finalement, ce que montre Hardy, c’est que le véritable amour se construit alors que l’amour romanesque, basé sur la seule passion est voué à l’échec car inconstant et destructeur. L’analyse psychologique des personnages y est excellente. J’ai éprouvé une capacité d’empathie assez rare avec des personnages à priori pas des plus palpitants. Oak est trop terre à terre pour être un séducteur, Troy est très beau mais sa manière de séduire est assez pathétique et Boldwood est un peu terrifiant dans son amour très démonstratif. Pourtant, j’ai trouvé que chacun à sa manière vaut le détour.

L’écriture très belle qui semble couler de source ne manque pas d’ironie parfois. Moins pessimiste que Tess d’Urberville, Far from the madding crowd est un roman tout aussi beau selon moi et Hardy est un auteur que je vais désormais ne plus quitter trop longtemps. Somptueux !



Publié le 5 Janvier 2009

Promenades anglaises

De Christine Jordis

Première parution: 2005 (sous le titre

« Une passion excentrique. Visites anglaises. »)

Edition Points

531 pages

 

Quatrième de couverture : Du cœur de la forêt de Sherwood à l'Angleterre victorienne de Trollope, en relisant Emily Brontë et Virginia Woolf, l'auteur nous convie à un voyage fascinant et inédit. Dans les pas de cette voyageuse passionnée, nous parcourons les chemins et les mythes anglais, de Londres à Manchester, de Margaret Thatcher à Lady Di, à la découverte d'une île singulière et éternelle.

 

Christine Jordis est responsable de la littérature anglo-saxonne chez Gallimard. Essayiste et romancière, elle est notamment l'auteur de Gens de la Tamise et d'autres rivages (prix Médicis essai, 1999) et de La Chambre blanche, tous deux disponibles en Points.

 

 


Ce récit de voyage littéraire est une excellente surprise. Je goûte peu le genre en général mais la recommandation de Lamousmé m’a fait tenter l’aventure.

D’abord, les circonstances de lecture ont participé au plaisir. Lire la partie sur Londres dans le train qui y mène est une sensation étrange et merveilleuse. Et puis surtout, c’est plus qu’un récit de voyage classique. C’est avant tout un voyage dans la littérature anglaise et chaque découverte géographique est un prétexte pour s’immerger dans le monde des écrivains, surtout classiques.

 

La première rencontre, évidente lorsqu’on écrit sur Londres, c’est Dickens. Et quelle rencontre ! C’est « L’ami commun » et son exploration de la Tamise qui est mise en avant. Evidemment, les auteurs que je connais ou que je voudrais découvrir m’ont particulièrement intéressée : Trollope, Hardy, Austen, les sœurs Brontë, Shakespeare, Woolf, Du Maurier…autant de portraits passionnants. Et si j’ai survolé certains passages (le jardin d’Harold et Vita Nicolson ne m’a pas enthousiasmé), je n’ai pas ressenti d’ennui car si chaque sujet est merveilleusement traité, il l’est assez rapidement. L’auteur a une grande capacité de concision, elle est capable de dire beaucoup en peu de temps. Ainsi, en quelques pages, on comprend en quoi le paysage et la vie à Haworth, dans les landes du Yorkshire, ont pu déterminer le roman d’Emily Brontë.

 

Une autre réussite du livre est l’aller et retour permanent entre les époques. Dans le même chapitre, elle peut passer de l’amour courtois à la notion de « gentry » puis à l’époque actuelle et sa volonté de réussite clinquante (j’ai aimé sa vision des partisans de la fameuse « méritocratie » qu’elle qualifie « d’élite anti-élitiste ». Jordis fait d’ailleurs un parallèle intéressant entre la vision victorienne de la société et la vision actuelle, qui aboutissent au même résultat économique. On y découvre alors le parcours de philanthropes du XIXe siècle qui ont tenté d’autres voies, Owen à New Lanark, John Ruskin qui dans Les Pierres de Venise décrit la vie des ouvriers de Sheffield : « Ce n’est pas que les hommes soient mal nourris, c’est qu’ils n’ont pas de plaisir à faire le travail qui les fait vivre ; alors, ils considèrent la richesse comme leur seule source de plaisir. ». Ruskin était aussi un grand amateur d’art et il choisit Sheffield, ville la plus crasseuse selon lui, pour y construire un musée et une communauté ouvrière.

L’auteur ne se complait pas dans une Angleterre romantique et disparue dont elle est consciente d’ailleurs de la grande part de mythe. Elle sait aussi parler de l’Angleterre contemporaine. Et là, j’ai souvent ressenti mon expérience personnelle refaire surface. Qui a déjà essayé de dîner après vingt heures le soir dans une petite bourgade anglaise comprendra.

 

Avec un peu de nostalgie mais sans complaisance, c’est donc l’Angleterre littéraire aussi bien, voire plus que réelle qui défile sous nos yeux, du sud au nord. Et le voyage est fantastique pour qui aime cette littérature. Lamousmé va finir par me rendre intelligente.

 

 


A propos de Dickens :

« Il était hanté par le crime autant qu’il l’a réprouvé. Par le crime et la façon dont le mal ronge et tord le corps des possédés ; « toutes ces contorsions bizarres, ces bonds désordonnés et ces grimaces », tous ces soubresauts, ces tics, ces manies qui affligent ses personnages (comme ceux de Dostoïevski qui l’admirait) sont les marques imprimées au corps par la violence d’impulsions dont ils ne sont pas maîtres, les signes d’une lutte titanesque entre les instincts rebelles et les lois d’une société acharnée à les juguler.

Tourbillonnement incessant, semblable au mouvement des atomes, action intérieure sans fin ni repos, dont les grimaces ne seraient que l’affleurement, la mise au jour. Les créatures de Dickens foisonnent, bougent, dansent, gesticulent, bourgeonnent. Elles se multiplient ces silhouettes, elles entrent, sortent, réapparaissent, munies chacune de leur excroissances drolatiques ou de quelque particularité inquiétante : une bosse, un regard fixé sur l’Afrique, un tic de langage, une odeur… « Couvert de graisse, de chaleur, de senteurs végétales et de mastication », voici Mr Snagsby, marqué par un thé éternel dans une arrière-boutique. En fait, rien n’est immobile, pas même les cadavres qui ont toujours l’air de rire ou de faire des clins d’œil. Le peuple étrange et tourmenté de ces petits personnages nous habite ou nous poursuit, aussi intensément présent que les visions de la nuit. »

 

A propos de Trollope :

« Trollope avait trop le goût du réel, et pas assez celui de l’héroïsme, pour s’insurger contre l’ordre, ou le désordre du monde. Il regardait la société changer et ne s’en offusquait pas. Un peu de regret seulement, et la distance prise par l’humour. Sa prose, sûre indication de son état d’esprit, néglige d’ailleurs l’enflure et les effets. Rapide, sûre, aisée, invisible pour ainsi dire, elle nous restitue ce que James nommait en un compliment ambigu « sa faculté d’appréciation entière de l’habituel ». »

Rédigé par Isil

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