Erewhon - Butler

Publié le 30 Novembre 2008

Erewhon

De Samuel Butler

Titre original: Erewhon

Première parution: 1872

Edition Penguin Classics

270 pages

 

 

1870, un homme, gardien de moutons, est intrigué par une chaîne de montagnes qui semble infranchissable. Il espère trouver là de nouveaux pâturages pour s’établir à son compte ou de l’or. Mais il va découvrir une civilisation inconnue, Erewhon, coupée du monde et ayant ses règles et ses lois.

 

 


     La fan de Dune que je suis ne pouvait qu’être intriguée par la quatrième de couverture d’un auteur qui se nomme Butler et où il est question d’interdiction des machines. Le jihad butlerien d’Herbert, qui frappe d’interdit l’ordinateur, ne peut être une coïncidence, il a dû s’en inspirer pour son œuvre.

 

     Erewhon  est l’anagramme de « nowhere » (nulle part), dont le grec a servi à créer le mot « utopie ». Erewhon est dans la lignée des voyages de Gulliver de Swift. C’est en réalité une satire de la société victorienne, une critique de ses certitudes et de son hypocrisie. Mais là où l’utopie traditionnelle utilise la critique pour envisager un monde meilleur, Butler ne se fait guère d’illusions. En fait, il commente sans apporter d’alternative. Erewhon est considéré comme la première dystopie ( ou contre-utopie). Dans ce monde, il n’y a pas de société idéale. On juge un homme à sa beauté, la maladie et l’argent sont des enjeux importants de la société erewhonienne. L’hypocrisie sociale est un mode de vie, l’euphémisme est de mise pour éviter les sujets délicats. En outre, les habitants ne croient de toute évidence pas à tout ce qu’ils professent et il n’est pas admis de sortir du lot, c'est-à-dire d’avoir une pensée propre (ou tout au moins de la mettre en pratique). Butler va même plus loin en inversant les valeurs morales. Si vous détournez des fonds, on vous soigne et on vous réhabilite tandis que si vous êtes malade, vous êtes un criminel et la récidive est passible de la peine de mort.

 

     Le sujet est donc très intéressant et porte à la réflexion mais hélas, la lecture en est très fastidieuse. D’abord, c’est daté sur certains thèmes, la religion par exemple. D’autres heureusement restent plus d’actualité. Mais surtout, l’écriture est très plate. Les personnages n’ont aucune substance, ne dégagent aucune vie. Même le héros narrateur n’a aucun intérêt. Il est donc très difficile d’entrer dans le récit si l’on n’est pas très intéressé par l’époque. Le récit n’en est pas un puisqu’il ne se passe rien. C’est une succession de chapitres descriptifs sur un thème : les erewhoniens face à la maladie, face à la religion, face aux machines (avec un parallèle avec la théorie darwinienne qui sert à développer d’autres thèmes…)

 

     J’avoue avoir failli abandonner. J’ai même lu quelques chapitres en pensant à ma liste de courses. Heureusement, les derniers chapitres, à partir de la vision du monde universitaire est devenu plus attractif et même, la fin n’est pas sans humour avec l’hypocrisie d’une société végétarienne par obligation mais qui aime la viande, ce qui entraîne un taux de suicide très important chez les animaux (il est interdit de tuer un animal mais on peut manger ceux qui sont morts). Malgré l’intérêt que j’ai pu porter à certaines parties, cette lecture m’a été trop pénible pour que je puisse dire que j’ai aimé. Erewhon mérite peut-être une lecture, ne serait-ce que parce que c’est un des livres fondateurs d’un genre, mais il demande beaucoup de courage. Cela ressemble parfois plus à un essai qu’à une œuvre littéraire.

 

Ce roman est traduit en français chez L’Imaginaire Gallimard.

 

 

Citation à propos des machines (en lien avec la théorie de Darwin) :

“There is no security”—to quote his own words—“against the ultimate development of mechanical consciousness, in the fact of machines possessing little consciousness now.  A mollusc has not much consciousness.  Reflect upon the extraordinary advance which machines have made during the last few hundred years, and note how slowly the animal and vegetable kingdoms are advancing.  The more highly organised machines are creatures not so much of yesterday, as of the last five minutes, so to speak, in comparison with past time.  Assume for the sake of argument that conscious beings have existed for some twenty million years: see what strides machines have made in the last thousand!  May not the world last twenty million years longer?  If so, what will they not in the end become?  Is it not safer to nip the mischief in the bud and to forbid them further progress?

“But who can say that the vapour engine has not a kind of consciousness?  Where does consciousness begin, and where end?  Who can draw the line?  Who can draw any line?  Is not everything interwoven with everything?  Is not machinery linked with animal life in an infinite variety of ways?  The shell of a hen’s egg is made of a delicate white ware and is a machine as much as an egg-cup is: the shell is a device for holding the egg, as much as the egg-cup for holding the shell: both are phases of the same function; the hen makes the shell in her inside, but it is pure pottery.  She makes her nest outside of herself for convenience’ sake, but the nest is not more of a machine than the egg-shell is.  A ‘machine’ is only a ‘device.’”

Rédigé par Isil

Publié dans #Livres - Les classiques

Commenter cet article

Schlabaya 15/02/2009 17:43

Ruth Rendell a intitulé lun de ses romans "Erewhon" (Trapellune en français), elle a dû s'inspirer de celui-ci !

Isil 15/02/2009 17:47


C'est certain puisque ce nom ne veut rien dire, c'est l'annagramme de "nowhere".
Je ne le savais pas mais je n'ai jamais lu de Rendell et le titre français ne me dit rien non plus.


Karine :) 30/11/2008 17:40

Ca semblait intéressant à prime abord... mais si tu dis que c'est fastidieux... je passe!

Isil 30/11/2008 17:52


Oui, je ne pense pas que ce livre puisse t'intéresser.


Cryssilda 30/11/2008 17:29

Ca semblait vraiment intéressant pourtant! Ah la la, ces auteurs qui ont de bonnes idées mais qui ne savent pas en faire quelque chose de bien!
Il m'intrigue pourtant du coup ce livre.... dis, y'a pas de voyage en bateau dedans?

Isil 30/11/2008 17:50


Oui, il a juste oublié d'écrire une histoire, dommage. Il y a un court voyage en ballon.


Pimpi 30/11/2008 14:31

Pas sûre que je le lise, celui-ci.... j'ai un peu de mal avec les romans auxquels on a du mal à accrocher!

Isil 30/11/2008 17:48


Si tu n'es pas super fan d'uchronie, utopie et autres romans de ce type, c'est dur de tenir jusqu'au bout.


Brize 30/11/2008 13:27

Je me disais justement que ça ressemblait davantage à un traité qu'à un roman... quand je suis arrivée à ta conclusion qui évoquait un essai.
C'est un livre que je n'aurai jamais le courage de lire (donc j'apprécie d'en avoir eu un aperçu grâce à ton billet !).

Isil 30/11/2008 17:46


Juste un petit aperçu alors :-)