Le monde selon Monsanto - Robin

Publié le 4 Juillet 2009

Le monde selon Monsanto

De Marie-Monique Robin

Première parution: 2008

Edition La Découverte

400 pages

 

Quatrième de couverture : Monsanto est le leader mondial des OGM, mais c'est aussi l'une des entreprises les plus controversées de l'histoire industrielle. Production de PCB, de polystyrène, d'herbicides dévastateurs (agent orange) ou d'hormones de croissance bovine et laitière (interdites en Europe) : depuis sa création, en 1901, la firme a accumulé les procès en raison de la toxicité de ses produits. Pourtant, aujourd'hui, Monsanto se présente comme une entreprise des « sciences de la vie », récemment convertie aux vertus du développement durable. Qu'en est-il exactement ? Quels sont les objectifs de cette entreprise, qui, après avoir longtemps négligé les impacts écologiques et humains de ses activités, s'intéresse tout à coup au problème de la faim dans le monde ? Fruit d'une enquête exceptionnelle de trois ans qui a conduit Marie-Monique Robin dans trois continents (Amérique du Nord et du Sud, Europe et Asie), ce livre retrace l'histoire fort mal connue de cette entreprise.

 

 


J’ai mis énormément de temps à lire cette enquête sur l’entreprise Monsanto, version papier du reportage diffusé sur Arte il y a quelques temps. J’ai en effet un énorme défaut, lorsque je lis ce genre de chose, je suis tous les liens donnés. Ca ne facilite pas la lecture. Celui qui a déjà lu 64 pages en anglais sur le suicide des agriculteurs en Inde comprendra ma douleur. En outre, je n’ai jamais pris autant de notes. C’est un sujet qui m’intéresse puisque je suis fille d’agriculteur et que les produits phytosanitaires et les semenciers ont fait partie de mon quotidien pendant toute mon enfance (indirectement bien sûr, mes parents ne sont pas des tortionnaires qui envoyaient leurs enfants manier des produits dangereux à la sortie de l’école) et aujourd’hui encore, il m’arrive d’assister à de passionnantes conversations sur les avantages comparés de telle et telle variété de blé en terme de rendement ou de verse. Ma vie est tout à fait palpitante, n’est-ce pas ? 

Pour en revenir au livre, la thèse de Marie-Monique Robin est simple (voire simpliste ?) : Monsanto est prête à tout pour s’emparer de l’agriculture mondiale, ne se préoccupe pas de la santé humaine et met sur le marché uniquement des produits dangereux, que ce soient les PCB, le Roundup ou les OGM. Ses dirigeants infiltrent ou menacent tous les niveaux des Etats et toutes les institutions, y compris scientifiques.

 

 

Le début est incontestable, lorsque l’auteur évoque le scandale du PCB dans les années 70. Là, la journaliste s’appuie sur des faits reconnus et la seule chose qui me gêne un peu, c’est une forte tendance à vouloir faire pleurer dans les chaumières. S’en tenir aux faits me semble toujours plus probant que d’abuser d’un vocabulaire du domaine de l’émotion, phénomène assez généralisé et très agaçant du reportage de nos jours, qui passe encore moins à l’écrit. Cette petite facilité n’enlève rien à la démonstration cependant. Les problèmes posés par le lobbying et les liens entre économie et politique sont intéressants aussi mais parfois plus affirmés que clairement démontrés. Toute la partie sur les liens entre FDA (Food and Drug Administration, en charge de la réglementation légale pour la mise en place des produits sur le marché) et Monsanto (cela dit, ça marcherait avec la plupart des grandes entreprises) est intéressante. On voit que les liens étroits par le jeu des chaises musicales entre les entreprises et l’administration sont au moins discutables d’un point de vue éthique. Cela mériterait un livre en soi et pas juste quelques dizaines de pages.

 

La suite en revanche a fini par beaucoup me gêner. C’est un bel exemple d’une démonstration à charge avec une succession d’argumentations biaisées et d’affirmations assez vaguement étayées. Je ne prendrai qu’un exemple mais c’est loin d’être le seul. Le Roundup (un herbicide, produit phare de l’entreprise) est d’abord pris sous l’angle de l’argument de la publicité mensongère, ce qui est incontestable puisque la société a été condamnée : le produit n’est pas biodégradable à 100%. C’est alors que la démonstration part en vrille. De biodégradabilité, on passe à la toxicité (au passage, si le public fait l’amalgame entre les deux, j’imagine que ça ne nuira pas à la diabolisation voulue du produit et c’est toujours ça de gagné pour la suite) et alors, Marie-Monique Robin nous explique pourquoi il faut absolument interdire le Roundup et cette raison, c’est ... que des gens se suicident avec. Eh oui, j’ai découvert grâce à cet ouvrage qu’il ne faut pas boire de Round up (en tout cas, moins de ¾ de tasse, la dose létale). Alors, dans ma grande bonté, plutôt que de vous faire la liste de tous les produits qui devraient être interdits pour cause de suicide (ça va quand même de la corde (il faut dénoncer la Corderie royale de Rochefort) aux rivières, surtout celles avec des ponts - oui, interdisons les ponts et rendons Bouygues responsable), je vais vous apprendre que si une personne de 60 kg avale 240 grammes de sel, elle meurt aussi. Attention aussi à l’aspirine : chez les adultes, l’intoxication aiguë intervient à partir d'une prise de 10 g (http://www.freewebs.com/medicaments/medicament_aspirine.htm). Il est donc temps d’interdire l’aspirine, et je ne parle même pas du sirop contre la toux et du doliprane, véritables bombes à retardement (oui, avec moi, apprenez à manier le vocabulaire catastrophiste de base). Bref, si demain vous vous empoisonnez en avalant un sachet de sel entier, il ne faudra pas vous plaindre, je vous aurai prévenus.

 

Pour le reste, toute la démonstration (plus de la moitié du livre) est basée sur le prétendu danger lié aux OGM. Je n’ai pas vraiment d’avis sur le sujet. Le problème, c’est qu’il est difficile de juger si on manque de connaissances scientifiques comme c’est mon cas. Le principe « d’équivalence en substance » utilisé par la FDA (avec l’influence de Monsanto) pour faire passer la réglementation sur les OGM aux Etats-Unis est contesté par les anti-OGM. Mais là, j’avoue avoir eu du mal à suivre l’explication. Il y a aussi bataille d’experts sur des études, chacun y allant de son interprétation. Voici une étude qui est mise en cause par certains témoins : http://jn.nutrition.org/cgi/reprint/126/3/717. J’ai un peu cherché ce que les partisans OGM disaient de cette étude et en comparant avec ce que dit le chercheur interrogé par Marie-Monique Robin, il semblerait que ce soient plutôt ses adversaires qui aient raison puisque page 7, on peut lire que « There were no gross pathologic findings observed at necropsy that were considered related to genetic modification. However, the livers of several animals (males predominately) fed GTS and parental-line ground soy beans appeared a darker brown at necropsy; the liver of one diet control male also appeared darker. Because rats fed processed GTS and parental-line soybean meal did not exhibit a similar incidence of darker brown livers at necropsy, this finding may have been related to feeding rats high dietary levels of ground soybeans. Because this finding occurred both in rats fed ground GTS and in rats fed ground parental-line soybeans, it was not considered to be related to genetic modification. ». Bien sûr, là, je suis assez circonspecte parce que je ne suis pas scientifique et il y a forcément des termes qui m’échappent, donc c’est difficile d’avoir un avis absolument tranché.

      Mais dès que l’on sortait de l’explication purement scientifique, là encore, beaucoup d’arguments sont à la limite de la mauvaise foi. Comme lorsqu’elle tire des conclusions très ‘personnelles’ de réponses de Robert Shapiro (ancien PDG de Monsanto). Il est convaincu de la nécessité pour Monsanto de se lancer dans le développement durable et pense que les OGM en font partie, et pourtant il n’achète pas de produits laitiers biologiques (en relation avec le rBGH, l’hormone laitière). Ah ah ! Pris en flagrant délit ! De quoi je ne sais pas mais apparemment, pour l’auteur, c’est un signe. Bon, comme je suis plutôt de l'avis de ce méchant homme, même si j’ai tendance à penser que Monsanto n’est pas forcément le meilleur symbole de développement durable, je ne vois pas trop où est le problème.

 

Ensuite, en suivant les liens donnés, j’ai eu quelques surprises. On a l’impression par exemple que de multiples documents viennent affirmer la toxicité des OGM. En suivant les liens, je me suis aperçue qu’en fait, tout tourne toujours autour de deux ou trois mêmes études (contestées par le reste de la communauté scientifique mais c’est tellement nébuleux que à part de la confusion, ça ne m’a pas apporté de réponse et je n’ai pas réussi à me faire d’opinion entre complot mondial d’un côté et excès de diabolisation de l’autre), qui sont reprises à l’infini par les anti-OGM. Les liens renvoient aussi très souvent à des articles de journaux étrangers qui utilisent les mêmes sources sans jamais les mettre en doute (alors que, quand tout ce qu’on trouve est sous-tendu par une idéologie, même sympathique à priori, cela devrait être questionné, me semble-t-il, que ce soit dans le domaine économique, politique ou environnemental). Là encore, la plupart des liens renvoient vers des organisations écologistes (dont la composition des comités scientifiques prêtent parfois à rire en plus), anti-OGM par principe et quand on essaie de voir sur quoi elles se basent, c’est le flou le plus total, toutes reprenant mot pour mot les mêmes phrases toutes faites censées être basées sur ces mêmes études contestées qui tournent en boucle. Pour moi, tout cela n’est donc pas totalement convaincant même si c’est troublant.

Mais le pire, c’est que les agriculteurs m’ont l’air bien trop passifs pour que ce soit honnête. On m’explique que l’hormone laitière est super dangereuse et provoque énormément de problèmes de mammites et là, j’avoue que je ne comprends pas bien les agriculteurs américains. Seraient-ils plus stupides que tous les agriculteurs autour de moi, qui quand ils sont déçus par un produit en changent ? Pareil pour les OGM. On ne parle pas de machines-outils hyper coûteuses qui prennent des années pour être rentabilisés. Lorsqu’un agriculteur n’est pas satisfait de la semence qu’il a utilisée, il en change (cela fait bien longtemps que la plupart des agriculteurs rachètent tous les ans leurs semences dans les pays occidentaux), donc cette idée qu’il soit difficile de revenir en arrière dans le cas des OGM, j’avoue que j’aurais besoin de beaucoup plus d’arguments pour être convaincue qu’une simple affirmation. Les agriculteurs indiens pourraient très bien revenir à des semences traditionnelles moins chères. Pourquoi s’obstinent-ils à semer ces plantes (et même de plus en plus nombreux, semble-t-il) s’ils voient qu’elles n’apportent pas plus de bénéfices que d’inconvénients à leurs voisins qui les utilisent ? S’il y avait tant de problèmes, serait-ce économiquement viable ? Le produit ne disparaîtrait-il pas de lui-même ? Cela fait pourtant des années que ces semences sont utilisées. Voilà des questions que je me pose à la lecture de ce livre. Au moins, les quelques pages qui expliquent pourquoi les résultats du Roundup-ready ne sont pas miraculeux sont probablement les seules qui ne m’ont pas fait sursauter et je les ai même trouvées très convaincantes (ça fait quand même seulement une dizaine de pages sur l’ensemble) sauf que finalement, c’est une cause plus politique que technique qui explique leur échec (le maïs s’est effondré à l’exportation en raison du rejet européen). Donc, globalement, plus j’avançais dans ma lecture et plus j’étais sceptique. Le problème, c’est qu’à force d’accuser chaque chose et chacun de tous les maux, ça finit par paraître un peu trop pour être honnête. Ainsi, dans le chapitre sur le brevetage du vivant, les agriculteurs américains sont présentés comme de pauvres victimes innocentes. Alors là, je veux qu’on me les présente. Un agriculteur qu’on oblige à signer quelque chose contre son gré, c’est une espèce rare qu’il faut exposer. Les agriculteurs occidentaux sont aussi des chefs d’entreprise qui savent en général faire jouer la concurrence et s’ils signent ces contrats, encore une fois, c’est qu’ils y trouvent certainement leur compte d’un point de vue économique. Que l’on puisse reprocher des abus à l’entreprise, certainement, mais qu’on le fasse au moins avec honnêteté. Même quand la journaliste dénonce les méthodes odieuses de l’entreprise en cas de litige avec ces agriculteurs, on commence par s’insurger devant des cas de toute évidence scandaleux, avant que ça devienne vite n’importe quoi. Sur cinq exemples d’agriculteurs abusés, deux sont d’une mauvaise foi totale. Ainsi le témoignage le plus intéressant qui montre bien des pratiques peu reluisantes et qui est en soi très efficace est gâché par d’autres qui font rire tellement ils sont maladroits. Ainsi, un certain Mitchell Scruggs garde des semences OGM Monsanto pour l’année suivante (contrairement au contrat qu’il a accepté de signer) car il trouve ça cher et pour des raisons idéologiques. Si c’est trop cher et qu’il refuse le principe de ne pas garder ses semences, qu’est-ce qui l’empêchait de semer uniquement des non-OGM ? (D’autant que 25% de ses semences sont encore conventionnelles) Ne sait-il pas que Monsanto a des concurrents très bien positionnés qui se feraient certainement un plaisir de lui vendre d’autres semences, qu’elles soient OGM ou pas ? Et en plus, ça lui ferait les pieds à Monsanto de perdre son marché. Ca, c’est un mystère qui n’est pas vraiment résolu dans ce livre. Personnellement j’ai deux pistes, idiotie ou malhonnêteté mais faute d’indice... Donc, Michael préfère tricher avec la plus parfaite mauvaise foi et est fort surpris d’être poursuivi en justice.

             Plus largement, la vision de l’agriculture véhiculée par ce livre me hérisse carrément. Ca se résume à « au temps de la bouillie bordelaise, c’était mieux » (d’ailleurs existe-t-il des études sur les méfaits du cuivre sur l’environnement ? Je serais curieuse de le savoir). Cette vision idyllique et simpliste de l’agriculture traditionnelle pure et naturelle et donc sans dangers (ah le bon vieux temps des charançons qui tombaient dans la soupe !) opposée à une agriculture moderne sans foi ni loi me porte sur les nerfs de plus en plus. L’idéologie de la journaliste est tellement visible que ça en devient désagréablement perturbant. Le vocabulaire béatifiant sur la nature laisse pantois. « Notre bonne vieille mère nature » (elle me semble au moins être aussi souvent capable de congeler ses enfants que d’être bonne pour eux, cette mère, me semble-t-il) est mise à toutes les sauces. Les seuls scientifiques qui ne sont pas corrompus sont ceux qui partagent son point de vue, même s’ils ne s’expriment pas dans leur domaine de compétence. Personnellement, ça ne me suffit pas pour être convaincue.
 

J’ai en fait parfois eu le sentiment qu’on essayait quasiment de me manipuler en faisant vibrer la corde sensible plutôt que mon cerveau. Un comble pour un ouvrage qui se veut dénonciateur. Dans le fond, je trouve que le vrai problème, ce n’est pas Monsanto mais c’est la FDA, dont le mode de fonctionnement est certes contestable, et le principe même du lobbying qui n’est pas l’apanage de Monsanto, loin de là, fait beaucoup de dégâts. Pour le reste, j’ai beaucoup de doutes, la démonstration me semblant trop être un mélange de théorie du complot et d’écologie de comptoir. Souvent, Monsanto est coupable là où il me semble que ce sont plutôt des Etats et leur politique ultra libérale qui sont responsables des abus. Je n’ai finalement pas le sentiment d’avoir appris grand-chose sur Monsanto. Mais ici, il s’agit d’ailleurs surtout d’une attaque contre ses produits et surtout les OGM. Certes, c’est une entreprise cynique dont les pouvoirs sont trop délayés pour que quiconque soit responsable. Certes, ils tentent de mettre en place des choses inacceptables, mais n’est-ce pas aux pouvoirs publics de jouer leur rôle alors ? Certes, les discours scientistes et béatifiants à base de « on va sauver le monde » d’une entreprise dont le premier objectif est le profit sont assez risibles. En dehors du gros scandale des années 70 (là, on est vraiment dans l’infâme), certaines choses sont encore inacceptables mais rien de ce qui est dans ce livre ne me semble effroyable au point de justifier un tel déchaînement.

 

Sur le fond, je ne sais donc pas trop ce que vaut ce livre faute de capacités scientifiques pour le décortiquer plus avant. Sur la forme, je le trouve souvent sujet à caution et il y a trop de points qui m’ont semblés aberrants pour que je puisse accepter le reste sans plus de preuves que des témoignages (comme pour les maïs ‘monstres’ du Mexique). Le problème ici, c’est que s’il y a démonstration de réels dangers, ils sont noyés dans la masse du flou artistique et des imprécisions (le mélange des causes de tout ce qui est dénoncé pour l’Argentine et l’Inde* –je me suis demandée à plusieurs reprise ce que Monsanto venait faire dans ces histoires - serait presque risible si ce n’était une enquête censée être sérieuse) et au bout d’un moment, je me dis que si elle se trompe sur un point, elle peut aussi bien se tromper sur tout et que si ce n’est pas le cas, comment savoir ce qui est vrai ou pas ? Dans le doute, je vais donc m’abstenir de prendre ce livre au sérieux. J’ai en fait surtout appris que la surproduction agricole est un problème (c’est déjà arrivé avant les OGM), que les gros exploitants argentins se comportent très mal vis à vis des petits paysans locaux et que le surendettement et l’usure en Inde sont très importants. Que cela soit directement lié à Monsanto me semble plus sujet à caution.

Je ne regrette pourtant pas ma lecture. Cela me permettra d’aborder désormais les documentaires télévisés avec beaucoup plus de circonspection. En regardant le documentaire filmé, je dois reconnaître que je n’aurais certainement pas eu le même regard critique. Lire un témoignage n’a pas le même impact que voir une sympathique victime en vrai et on n’a pas le temps de s’arrêter pour réfléchir vraiment à ce qu’on a entendu et à en percevoir les limites. Avec un livre, on est moins dans la compassion immédiate ou l’émotion et plus dans la réflexion.

 

Un peu de démagogie pour terminer : merci à mes parents agriculteurs de m’avoir expliqué il y a fort longtemps qu’il ne faut pas boire de Roundup.

Merci à Babelio et Arte pour l'envoi du livre.


* Pour les suicides des agriculteurs indiens, une étude (publiée après l’enquête de Marie-Monique Robin) semble conclure qu’ils ne sont pas particulièrement liés aux OGM, même si les conclusions n’excluent pas totalement certains cas. Comme elle parait assez honnête, je donne le lien: http://www.navdanya.org/news/IFPRIDP00808.pdf.

Elle est très intéressante mais en anglais.

Rédigé par Isil

Publié dans #Livres - Autres

Commenter cet article

Daniel Fattore 16/07/2009 13:11

Quel long billet! Je m'en vais le lire attentivement. Mais une phrase m'a frappé: si une personne de 60 kg avale 240 grammes de sel, elle meurt aussiAeuh... j'ai déjà vu des chiffres nettement inférieurs, genre quelques grammes par jour, pas plus qu'une cuillerée (à sucre ou à soupe, je ne sais plus, mais c'est un autre ordre de grandeur)... Je vais me renseigner! J'ai aussi envie de vous suivre sur l'argumentation "portrait-charge": même si on est du même avis que l'auteur, ça peut agacer à la longue. Monsanto est par ailleurs évoqué dans un vieux truc de Jeremy Rifkin, "Le siècle biotech", soucieux de faire la part des choses.

Isil 16/07/2009 15:35


Pour le sel, j'ai trouvé ça: http://www.uoguelph.ca/cntc/educat/fre_guide/lesson1.shtml#ti (qui dit que 4g/kg de sels sont la dose mortelle mais c'est en une seule
fois - ou du moins en peu de temps). Si c'est par jour, c'est peut-être le risque d'avoir des maladies liées à la surconsommation, non? Le problème principal du livre est en effet de présenter trop
à charge et d'englober des choses qui sont sans lien avec l'entreprise (avec tendance au complot mondial un peu ridicule parfois). Si on n'a aucune thèse au départ, c'est impossible d'être
convaincu (alors même qu'un certain nombre de choses sont possibles et mériteraient donc, si elles sont vraies, un meilleur traitement que de se perdre au milieux d'arguments tendancieux). Merci
pour la référence. Je note car il n'est finalement pas facile de trouver de documents traitant du sujet de façon impartiale.


zarline 12/07/2009 09:46

bon, il faudrait qu'on aille boire un verre, on aurait beaucoup de choses à se dire. Mais comme ceci est un blog de lectures, on va éviter d'entrer dans des débats sur les OGM et les pesticides. J'ai par contre rajouté ton lien à mon article (beaucoup plus court) sur Le monde selon Monsanto. Comme ça tu pourras pas m'accuser d'être comme Marie-Monique Robin est d'essayer de cacher les avis contraires

Isil 12/07/2009 17:20


Tout à fait d'accord :-) Merci pour le lien. J'avoue que je suis très fainéante et que je n'ai pas le courage de mettre des liens dans mes billets. Je vais d'ailleurs
lire ton billet, ce que je n'ai pas eu le temps de faire encore.


Dominique Poursin 11/07/2009 11:57

Tu fais bien la part des choses, entre ce que l'auteur a pu dire de vraiment juste, et ce qui, chez elle,  relève d'une idéologie foireuse.

Isil 11/07/2009 20:26


L'idéologie ne me dérange pas, même si je ne la partage pas, si ça ne se cache pas derrière autre chose. Si c'est un pamphlet, pourquoi pas. Comme travail rigoureux, ça m'a laissé sur ma faim.


zarline 10/07/2009 15:00

Par contre cette postface sur combien son livre va changer le monde, Marie-Monique Robin aurait franchement pu s'abstenir...Voilà, promis, j'arrête de monopoliser ton blog.

Isil 11/07/2009 20:18


Oh tu floode! Bon, c'est juste que j'ai appris ce mot il y a peu et que je cherchais l'occasion de le ressortir.
Tu sous-entendrais qu'elle est un peu mégalo? Cela dit, je n'ai pas voulu charger la mule
mais j'ai trouvé le racolage à coup de "on connait tous quelqu'un qui a un cancer" assez limite comme argument.


zarline 10/07/2009 14:54

Quel billet Isil! je l'ai lu avec attention et j'ai trouvé tes opinions vraiment très intéressantes. J'ai également reçu Le Monde selon Monsanto par Masse Critique. En suivant comme toi certains liens, c'est vrai que les sources très partielles m'ont gênée mais à mon avis, elles ouvrent quand même la voie à ceux qui veulent faire plus de recherche et connaitre les avis divergents. Malgré quelques accusations qui je pense ne devraient pas viser Monsanto mais l'Etat, j'ai trouvé ce livre très instructif. Alors oui, ca joue un peu sur la corde sensible mais je pense que le manque de rigueur scientifique se retrouve dans les deux camps et que personnellement, à défaut de preuves tangibles, je préfére adopter le principe de précaution. Concernant les OGM par exemple, j'appuie totalement le moratoire en vigueur et j'apprécie que le Monde selon Monsanto permette une prise de conscience large des "possibles" (et là ok, l'auteur pourrait plus parler au conditionnel) effets à long terme. Mais comme toujours, il faut du sensationnel pour que la communauté internationale ou l'opinion publique se bouge. Je prends pour exemple le Protocole de Montréal qui a été signé grâce à des études un peu alarmistes sur la couche d'ozone mais qui a eu de grands effets positifs par la suite. Bon, je ne vais pas faire un commentaire aussi long que ton billet ;-) Mais voilà, à mon avis ce livre vaut la peine d'être lu et tout n'est pas à rejeter, loin de là, dans l'étude de Marie-Monique Robin. Même si elle tente parfois d'appuyer ses arguments de manière trop subjective, son étude est à mon avis un important travail de recherche (mais je sais que ce terme va t'ennuyer) ;-)

Isil 11/07/2009 20:12


Les commentaires longs ne me dérangent pas :-)
Pour la rigueur scientifique, je n'ai rien trouvé (ni dans le livre de Robin, ni ailleurs) qui permette d'affirmer qu'il y a un manque de rigueur scientifique du côté
des pro-OGM, donc pour moi, jusqu'à preuve du contraire, je soutiens les scientifiques lorsqu'ils ne sont pas de parti pris. Ça ne veut pas dire qu'on doit absolument accepter les OGM absolument
mais au moins, que l'on admette que ce sont des raisons politiques ou idéologiques qui sont en jeu me semblerait déjà plus acceptable. Le moratoire n'est pas adopté pour des raisons scientifiques
(on va systématiquement à l'encontre de l'avis des commissions scientifiques). En plus, c'est super hypocrite (la politique dans toute sa spendeur) de refuser de planter ce qu'on a le droit de
manger puisque apparemment ces produits Monsanto ne sont pas interdits à la consommation.

D'ailleurs, c'est une des choses qui me gêne peut-être le plus dans ce livre. Officiellement, c'est un livre contre Monsanto mais finalement, tout le monde ne parle que des OGM en général alors que
d'autres groupes bien plus puissants comme Bayer en font aussi.
Et le problème de l'alarmisme, c'est que ça fait aussi faire des bêtises. Les dangers du DDT étaient réels mais l'interdiction totale est une catastrophe pour les africains alors que bien utilisé,
il permettrait de lutter contre le paludisme parce qu'il n'existe hélas pour le moment pas de produit moins dangereux qui le permette. Rien n'est tout blanc ou tout noir. Et les bonnes intentions
tuent aussi. Et puis, d'un point de vue de la déontologie du journalisme, une enquête d'investigation devrait être moins partiale à mon avis.

Je suis pour le principe de précaution comme l'a prévu l'Europe en 2000: (source wikipedia)
     - la mise en œuvre du principe devrait être fondée sur une évaluation scientifique aussi complète que possible. Cette évaluation devrait, dans
la mesure du possible, déterminer à chaque étape le degré d'incertitude scientifique ;
     - toute décision d'agir ou de ne pas agir en vertu du principe de précaution devrait être précédée par une évaluation du risque et des conséquences potentielles de
l'absence d'action ;
     - dès que les résultats de l'évaluation scientifique ou de l'évaluation du risque sont disponibles, toutes les parties intéressées devraient avoir la possibilité de
participer à l'étude des diverses actions envisageables.
Je trouve la loi française trop imprécise. Mais le risque zéro n'existe pas. On ne peut démontrer l'innocuité d'aucun produit (d'ailleurs je risque ma vie tous les jours en mangeant du fromage au
lait cru mais c'est tellement mieux) et l'agriculture a forcément un impact sur l'environnement, quelle qu'elle soit (d'ailleurs, je me suis un peu renseignée sur la bouillie bordelaise qui est une
belle saleté elle aussi). J'aimais bien les coquelicots dans les champs de mon enfance mais je dois dire qu'égoïstement, je suis bien contente que mes parents aient préférer me permettre une autre
vie plutôt que garder les coquelicots. Enfin, c'est sûr que les agriculteurs de la génération de mes parents sont aujourd'hui conscients que tout ce qu'ils ont balancé inutilement sur les cultures
était du gâchis (autant économique qu'écologique). Moi, je suis pour que les petites indiennes et les petites africaines puissent avoir cette opportunité aussi.

Ma réponse doit être aussi longue que ton commentaire. Ça montre que ce livre a au moins l'intérêt de discuter
:-)