Le Docteur Faust - Marlowe

Publié le 30 Avril 2011

La tragique histoire du Docteur Faust

De Christopher MarloweTheatre-elisabethain.jpg

Titre original: The tragical history of Doctor Faustus

Première parution: 1604

Edition Gallimard Pléiade (dans le volume 1 de Théâtre élisabéthain)

51 pages

 

Le docteur Faust, un érudit allemand, est frustré de ressentir les limites de la connaissance humaine. Après avoir étudié la logique, la médecine, le droit et la religion, il se tourne vers la magie noire qui lui permet de convoquer un démon, Méphistophélès. Faust va conclure un marché avec le diable. En échange de son âme, il obtient les services de Méphistophélès et des pouvoirs surnaturels qui lui permettront d’obtenir fortune et gloire pendant 24 ans.

 

 


L’histoire de Faust vient d’Allemagne mais c’est une pièce anglaise écrite par un contemporain de Shakespeare, Christopher Marlowe, qui va la rendre célèbre, bien avant la version de Goethe. Marlowe est un des précurseurs du théâtre élisabéthain et en impose notamment les règles de la versification.

Le Docteur Faustus de Marlowe est une pièce très courte (une cinquantaine de pages dans la version de 1604 de mon édition de la Pléiade, sans compter les annexes qui donnent les ajouts de l’édition de 1616), courte donc, mais pas sans défauts.

 

On ne peut pas dire que l’action soit captivante, loin de là. On a bien du mal à s’enthousiasmer lorsque Faust, fort de ses pouvoirs s’attaque au Pape lui-même… en lui volant sa coupe de vin alors qu’il est invisible. Certes, il s’agit probablement de montrer une certaine vacuité de l’ambitieux Faust mais ce n’est pas trépidant. De même, les personnages, en dehors de Faust et de Méphistophélès, sont sans relief et sans intérêt. La palme de l’inutilité allant à Wagner, serviteur de Faust qui va également s’essayer à la magie noire dans l'indifférence générale. Cela ne m’a pas semblé apporter quoi que ce soit.

Faust, en revanche m’a beaucoup plu. Sans avoir l’épaisseur d’un personnage shakespearien, il est relativement riche. Ainsi, son ambition qui semble démesurée au départ ne va finalement pas le mener si loin qu’on pourrait l’attendre car il manque de force intérieure. Pendant toute la pièce, il est constamment déchiré entre son incapacité à suivre pleinement la voie qu’il a choisi en connaissance de cause mais il est tout aussi incapable d’admettre son erreur et d’abandonner cette voie. Les monologues de Faust durant lesquels ces tensions internes sont développées sont mes passages préférés de la pièce. Méphistophélès m’a également plu car c’est une incarnation ambivalente du personnage à laquelle on n’est pas habitué. Il n’est pas tentateur comme c’est souvent le cas, bien au contraire. Il m'a même paru plus sympathique que Faust. 

 

Somme toute, j’ai beaucoup aimé la pièce, malgré des passages à vide pendant les troisième et quatrième actes, heureusement très courts dans la version de 1604 (ils sont plus longs d’un tiers dans la version 1616, je ne conseille donc pas cette version qui ne me semble pas indispensable). Les actes un, deux et cinq sont un délice où l'on suit les  hésitations de Faust parfaitement décrites. Le spectacle des Sept Péchers capitaux est brillamment écrit (je suis particulièrement impatiente de voir cette scène au théâtre), de même que le passage où Faust parle d’Hélène de Troie, qu’il ‘convoque’ pour son plaisir. Si l’idée de base semble en fin de compte un peu trop étirée, au point d’amener des longueurs, Faust est une belle pièce qui mérite une lecture.


Je regrette que l'édition de la Pléiade ne soit pas bilingue, la pièce est très agréable à lire en anglais (même si la version e-book trouvée chez Gutenberg n'indique pas le découpage en actes et scènes). 

 


Stipendium peccati mors est.

Ha! Stipendium…

The reward of sin is death: that's hard.

[Reads.]

Si peccasse negamus, fallimur, et nulla est in nobis veritas;

If we say that we have no sin, we deceive ourselves, and there

is no truth in us. Why, then, belike we must sin, and so consequently die:

Ay, we must die an everlasting death.

What doctrine call you this, Che sera, sera,

What will be, shall be? Divinity, adieu!”

 

“ Stipendium peccati mors est.

Ha! Stipendium…

La mort est le salaire du pécher. Ces mots sont durs.

[Il lit]

Si peccasse negamus, fallimur, et nulla est in nobis veritas;

Si nous nous disons sans pécher,

Nous nous abusons et il n’est point de vérité en nous.

Eh bien, il nous faut donc pécher,

Par conséquent mourir !

Oui, nous devons subir une mort éternelle.

Cette doctrine, quel en est donc le sens ? Che serà, serà,

Ce qui doit arriver, sera ? Théologie, adieu !”

 

“Philosophy is odious and obscure;

Both law and physic are for petty wits:

'Tis magic, magic that hath ravish'd me.”

 

“Odieuse et obscure est la philosophie;

Médecine et droit ne siéent qu’aux esprits médiocres ;

Plus méprisable encore est la théologie,

Déplaisante, vulgaire, sans noblesse et sans charme.

Seule la magie, oui, la magie, m’a ravi !” 

challenge élisabéthain 1Lecture commune pour le  challenge élisabéthain. Retrouvez les billets de mes co-lecteurs : Céline, Cryssilda, Emma, Fashion, Isleene, Lou, Martial, Sabbio, Stéphie, The Bursar, Titine, Yueyin

 

Et grâce à l’idée saugrenue de mourir assassiné dans une rixe à l’âge de 29 ans, Christopher entre doublement dans le challenge nécrophile de Fashion.

challenge nécrophile

Rédigé par Isil

Publié dans #Livres - Théâtre

Commenter cet article

Karine:) 20/05/2011 19:47



Il fait un peu peur ce livre.. surtout ce que j'en ai entedu avant... mais bon, tu as quand même aimé... Un jour, peut-être, sait-on jamais!



LouI 15/05/2011 20:04



Je le lis aussi dans la Pléiade... allez, je m'auto-motive malgré "les passages à vide des 3e et 4e actes" :)



Ankya 04/05/2011 21:12



J'ai très envie de découvrir ce livre car comme beaucoup je connais de nom Faust et Méphistophélès... sans pour autant connaître leur histoire véritable !



yueyin 01/05/2011 22:37



tout pareil comme toi mais bon je vais l'écrire quand même mon bilelt hein promis :-) rien que pour le début et la fin ça en valait la peine, il avait une sacrée plume quand il voulait le
christopher :-)



Cryssilda 01/05/2011 10:15



Moi je suspends un peu toutes mes réserves jusqu'à ce qu'on soit au Globe, je suis certaine que sur scène tout sera parfait et qu'on ne sentira plus les longueurs. Je reste persuadée que le
théâtre c'est plus fait pour être joué que pour être lu :-)