Northanger Abbey - Austen

Publié le 16 Septembre 2009

Northanger Abbey

De Jane Austen

Première parution: 1818

Edition Collector’s Library

301 pages

 


La jeune et naïve Catherine Morland est invitée par des voisins de ses parents, Mr. et Mrs. Allen, à séjourner avec eux pendant quelques semaines à Bath, ville thermale très prisée par la petite bourgeoisie anglaise.

Elle y fait la connaissance d'Isabella Thorpe, une jeune fille hypocrite qui se prend d'affection pour elle, ainsi que de son frère John, vaniteux et impoli. Heureusement, elle rencontre aussi Henry Tilney, jeune homme drôle et plein de bon sens dont elle s'éprend rapidement, et de sa sœur Eleanor.

Leur père, le général Tilney, l'invite à séjourner à Northanger Abbey, une vieille demeure anglaise où Catherine trouve bientôt de quoi satisfaire son imagination débordante nourrie par des romans gothiques.

 

 


Northanger Abbey est le plus léger et peut-être le moins abouti des romans d’Austen. Publié après sa mort, il avait pourtant été le premier acheté par un éditeur. C’est donc le seul texte que Austen n’a pas vraiment remanié. Il s’agit en quelque sorte d’une oeuvre de jeunesse. Mais s’il n’a pas l’intérêt littéraire des autres, Northanger Abbey est certainement l’un des plus charmants.

 

C’est un roman en deux parties, voire deux romans en un. Le début est un récit de formation dans lequel la naïve Catherine, élevée à la campagne, aimée et protégée par ses parents va découvrir le monde et le cynisme lors d’un voyage à Bath, ville où les apparences font tout. Elle se retrouve auprès de personnages francs ou intéressés et n’a pas vraiment les armes pour les différencier. Cela donne quelques situations où l’on s’amuse aux dépends de l’héroïne car bien sûr, le lecteur n’est pas dupe. Même le personnage masculin a plus d’esprit que l’héroïne, ce qui est rarement le cas chez Austen.

 

La deuxième partie qui se déroule à Northanger Abbey, une résidence ancienne, est une parodie des romans gothiques de la fin du XVIIIè siècles, qu’affectionne particulièrement Catherine. Dans une ambiance qui s’y prête (il n’y a pas plus gothique qu’une vieille abbaye labyrinthique aux ailes condamnées et recoins sombres) Catherine s’imagine un effroyable mystère tel un de ceux qu’on peut trouver dans les Mystères d’Udolphe d’Ann Radcliffe, qu’elle dévore. Cela va lui apporter quelques désagréments, mais pas ceux auxquels on pourrait s’attendre. Les malheurs de Catherine sont tout à fait terre-à-terre et bien loin des disparitions ou apparitions mystérieuses.

 

J’aime qu’un auteur utilise l’ironie à ce point et ose se moquer de son héroïne qui est tout à fait sympathique mais vraiment naïve. Avec Austen, le lecteur ne se fait pas d’illusion sur un caractère comme Isabelle, archétype de l’arriviste hypocrite (contrairement à d’autres caractères austeniens, Isabelle n’est pas très douée et n’arrive à tromper qu’une innocente comme Catherine qui n’a pas d’autre référence qu’une famille qui pratique ce qu’elle affirme). La moquerie vis-à-vis de l’héroïne est toujours teintée d’affection cependant et Catherine est intelligente et comprendra la leçon. Les fils de l’intrigue de la première partie vont se dénouer dans cette partie.

 

Le plus délicieux de l’histoire, c’est le rapport au livre, notamment au roman gothique, si cher aux contemporaines de Jane Austen. Relire ce roman après avoir lu Les mystères d'Udolphe est un vrai plaisir. Le parallèle est évident, sauf que Catherine est le contraire d’une héroïne romantique typique : plus physique que cérébrale, elle n’a aucune aptitude particulière et est loin de la jeune fille accomplie. Ce n’est pas non plus une riche héritière (et pourtant, il sera encore beaucoup question d’argent, comme toujours chez Austen) et a une mère « with a good constitution », ce qui lui laisse peu de chances d’être orpheline avant la fin. Dès le départ, Austen ne cesse de dire ce qui se passerait si Catherine était l’héroïne d’un roman gothique. Mais elle nous ramène à la réalité à chaque fois. Et finalement, Catherine ne va pas vivre d’aventures trépidantes, elle va juste devenir adulte.

Un de mes passages préférés de la littérature se trouve dans ce roman, lorsque Catherine et Henry Tilney discutent de livres en général et de livres d’histoire en particulier :

"That is, I can read poetry and plays, and things of that sort, and do not dislike travels. But history, real solemn history, I cannot be interested in. Can you?"

"Yes, I am fond of history."

"I wish I were too. I read it a little as a duty, but it tells me nothing that does not either vex or weary me. The quarrels of popes and kings, with wars or pestilences, in every page; the men all so good for nothing, and hardly any women at all—it is very tiresome: and yet I often think it odd that it should be so dull, for a great deal of it must be invention. The speeches that are put into the heroes' mouths, their thoughts and designs—the chief of all this must be invention, and invention is what delights me in other books."

"Historians, you think," said Miss Tilney, "are not happy in their flights of fancy. They display imagination without raising interest. I am fond of history—and am very well contented to take the false with the true. In the principal facts they have sources of intelligence in former histories and records, which may be as much depended on, I conclude, as anything that does not actually pass under one's own observation; and as for the little embellishments you speak of, they are embellishments, and I like them as such. If a speech be well drawn up, I read it with pleasure, by whomsoever it may be made—and probably with much greater, if the production of Mr. Hume or Mr. Robertson, than if the genuine words of Caractacus, Agricola, or Alfred the Great."

"You are fond of history! And so are Mr. Allen and my father; and I have two brothers who do not dislike it. So many instances within my small circle of friends is remarkable! At this rate, I shall not pity the writers of history any longer. If people like to read their books, it is all very well, but to be at so much trouble in filling great volumes, which, as I used to think, nobody would willingly ever look into, to be labouring only for the torment of little boys and girls, always struck me as a hard fate; and though I know it is all very right and necessary, I have often wondered at the person's courage that could sit down on purpose to do it."

"That little boys and girls should be tormented," said Henry, "is what no one at all acquainted with human nature in a civilized state can deny; but in behalf of our most distinguished historians, I must observe that they might well be offended at being supposed to have no higher aim, and that by their method and style, they are perfectly well qualified to torment readers of the most advanced reason and mature time of life. I use the verb 'to torment,' as I observed to be your own method, instead of 'to instruct,' supposing them to be now admitted as synonymous."

"You think me foolish to call instruction a torment, but if you had been as much used as myself to hear poor little children first learning their letters and then learning to spell, if you had ever seen how stupid they can be for a whole morning together, and how tired my poor mother is at the end of it, as I am in the habit of seeing almost every day of my life at home, you would allow that 'to torment' and 'to instruct' might sometimes be used as synonymous words."

"Very probably. But historians are not accountable for the difficulty of learning to read; and even you yourself, who do not altogether seem particularly friendly to very severe, very intense application, may perhaps be brought to acknowledge that it is very well worth-while to be tormented for two or three years of one's life, for the sake of being able to read all the rest of it. Consider—if reading had not been taught, Mrs. Radcliffe would have written in vain—or perhaps might not have written at all."

Même si c’est certainement le moins profond des romans d’Austen, je peux tout de même affirmer que Northanger Abbey est mon roman de Jane Austen préféré, à l’exception de tous les autres.


Les œuvres d’Austen :

Raison et sentiments

Orgueil et préjugés

Mansfield Park

Emma

Persuasion

Northanger Abbey

Sanditon (inachevé)

Les Watson (inachevé)

Lady Susan (œuvre de jeunesse)

Juvenilia (œuvres de jeunesse)

Rédigé par Isil

Publié dans #Livres - Les classiques

Commenter cet article

laine 16/10/2009 20:27


alors il faudra que je commence par les mystères d'udolphe.


Isil 18/10/2009 11:47


Bonne idée :-)


laine 16/10/2009 19:33


Bonsoir Isil,
je viens de lire ton billet sur Northanger abbaye (film et roman). Pour le film, ne l'ayant pas encore regardé, je ne peux me prononcer. Quant au roman, effectivement, c'est sans doute un
des moins aboutis de tous (juxtaposition de deux histoires). Mais j'avoue ne pas avoir fais le parallèle entre le roman gothique décrit dans le roman et l'héroïne. Il faudra donc que je le relise !


Isil 16/10/2009 20:00


En fait, ça prend de plusieurs romans gothiques mais tout ce qui concerne le portrait et la disparition/mort mystérieuse, c'est dans Udolphe. Sauf que bien sûr ici, le
résultat est très différent.


Naïk Feillet 09/10/2009 16:57



Le passage sur les livres et l'histoire m'avait également marquée ;) et j'avais apprécié toutes ces touches d'ironie ! Mais il me reste encore des romans d'Austen à découvrir et j'attends donc
pour faire un classement de mes préférés !



Isil 09/10/2009 21:40


Je me souviens parfaitement que tu avais cité un passage au sujet de l'histoire sur ton blog. J'adore quand Catherine dit en substance que c'est fait pour torturer les
enfants ;-)
Comme j'en suis à la sixième lecture de chaque tome, je commence à avoir une idée de mon classement... ou plutôt de mon incapacité à les classer :-)


Marie 07/10/2009 09:49


J'ai découvert cet auteur depuis peu avec Orgueil et préjugs grâce aux avis enthousiastes de la blogosphère... J'ai vraiment aimé, il faut que je me décide à lire les autres titres !


Isil 07/10/2009 22:41


C'est une excellente idée ;-)


Theoma 25/09/2009 16:44


6 fois ? Quel plaisir, je me sens moins seule ! MERCI Isil !


Isil 25/09/2009 20:46


Pas de quoi :-) Et ce n'est pas l'auteur que j'ai le plus relu.