Le monde selon Monsanto
De Marie-Monique Robin
Première parution: 2008
Edition La Découverte
400 pages
Quatrième de couverture : Monsanto est le leader mondial des OGM, mais c'est aussi l'une des entreprises les plus controversées de l'histoire industrielle. Production de PCB, de polystyrène, d'herbicides dévastateurs (agent orange) ou d'hormones de croissance bovine et laitière (interdites en Europe) : depuis sa création, en 1901, la firme a accumulé les procès en raison de la toxicité de ses produits. Pourtant, aujourd'hui, Monsanto se présente comme une entreprise des « sciences de la vie », récemment convertie aux vertus du développement durable. Qu'en est-il exactement ? Quels sont les objectifs de cette entreprise, qui, après avoir longtemps négligé les impacts écologiques et humains de ses activités, s'intéresse tout à coup au problème de la faim dans le monde ? Fruit d'une enquête exceptionnelle de trois ans qui a conduit Marie-Monique Robin dans trois continents (Amérique du Nord et du Sud, Europe et Asie), ce livre retrace l'histoire fort mal connue de cette entreprise.
Pour en revenir au livre, la thèse de Marie-Monique Robin est simple (voire simpliste ?) : Monsanto est prête à tout pour s’emparer de l’agriculture mondiale, ne se préoccupe pas de la santé humaine et met sur le marché uniquement des produits dangereux, que ce soient les PCB, le Roundup ou les OGM. Ses dirigeants infiltrent ou menacent tous les niveaux des Etats et toutes les institutions, y compris scientifiques.
Le début est incontestable, lorsque l’auteur évoque le scandale du PCB dans les années 70. Là, la journaliste s’appuie sur des faits reconnus et la seule chose qui me gêne un peu, c’est une forte tendance à vouloir faire pleurer dans les chaumières. S’en tenir aux faits me semble toujours plus probant que d’abuser d’un vocabulaire du domaine de l’émotion, phénomène assez généralisé et très agaçant du reportage de nos jours, qui passe encore moins à l’écrit. Cette petite facilité n’enlève rien à la démonstration cependant. Les problèmes posés par le lobbying et les liens entre économie et politique sont intéressants aussi mais parfois plus affirmés que clairement démontrés. Toute la partie sur les liens entre FDA (Food and Drug Administration, en charge de la réglementation légale pour la mise en place des produits sur le marché) et Monsanto (cela dit, ça marcherait avec la plupart des grandes entreprises) est intéressante. On voit que les liens étroits par le jeu des chaises musicales entre les entreprises et l’administration sont au moins discutables d’un point de vue éthique. Cela mériterait un livre en soi et pas juste quelques dizaines de pages.
La suite en revanche a fini par beaucoup me gêner. C’est un bel exemple d’une démonstration à charge avec une succession d’argumentations biaisées et d’affirmations assez vaguement étayées. Je ne prendrai qu’un exemple mais c’est loin d’être le seul. Le Roundup (un herbicide, produit phare de l’entreprise) est d’abord pris sous l’angle de l’argument de la publicité mensongère, ce qui est incontestable puisque la société a été condamnée : le produit n’est pas biodégradable à 100%. C’est alors que la démonstration part en vrille. De biodégradabilité, on passe à la toxicité (au passage, si le public fait l’amalgame entre les deux, j’imagine que ça ne nuira pas à la diabolisation voulue du produit et c’est toujours ça de gagné pour la suite) et alors, Marie-Monique Robin nous explique pourquoi il faut absolument interdire le Roundup et cette raison, c’est ... que des gens se suicident avec. Eh oui, j’ai découvert grâce à cet ouvrage qu’il ne faut pas boire de Round up (en tout cas, moins de ¾ de tasse, la dose létale). Alors, dans ma grande bonté, plutôt que de vous faire la liste de tous les produits qui devraient être interdits pour cause de suicide (ça va quand même de la corde (il faut dénoncer la Corderie royale de Rochefort) aux rivières, surtout celles avec des ponts - oui, interdisons les ponts et rendons Bouygues responsable), je vais vous apprendre que si une personne de 60 kg avale 240 grammes de sel, elle meurt aussi. Attention aussi à l’aspirine : chez les adultes, l’intoxication aiguë intervient à partir d'une prise de 10 g (http://www.freewebs.com/medicaments/medicament_aspirine.htm). Il est donc temps d’interdire l’aspirine, et je ne parle même pas du sirop contre la toux et du doliprane, véritables bombes à retardement (oui, avec moi, apprenez à manier le vocabulaire catastrophiste de base). Bref, si demain vous vous empoisonnez en avalant un sachet de sel entier, il ne faudra pas vous plaindre, je vous aurai prévenus.
Pour le reste, toute la démonstration (plus de la moitié du livre) est basée sur le prétendu danger lié aux OGM. Je n’ai pas vraiment d’avis sur le sujet. Le problème, c’est qu’il est difficile de juger si on manque de connaissances scientifiques comme c’est mon cas. Le principe « d’équivalence en substance » utilisé par la FDA (avec l’influence de Monsanto) pour faire passer la réglementation sur les OGM aux Etats-Unis est contesté par les anti-OGM. Mais là, j’avoue avoir eu du mal à suivre l’explication. Il y a aussi bataille d’experts sur des études, chacun y allant de son interprétation. Voici une étude qui est mise en cause par certains témoins : http://jn.nutrition.org/cgi/reprint/126/3/717. J’ai un peu cherché ce que les partisans OGM disaient de cette étude et en comparant avec ce que dit le chercheur interrogé par Marie-Monique Robin, il semblerait que ce soient plutôt ses adversaires qui aient raison puisque page 7, on peut lire que « There were no gross pathologic findings observed at necropsy that were considered related to genetic modification. However, the livers of several animals (males predominately) fed GTS and parental-line ground soy beans appeared a darker brown at necropsy; the liver of one diet control male also appeared darker. Because rats fed processed GTS and parental-line soybean meal did not exhibit a similar incidence of darker brown livers at necropsy, this finding may have been related to feeding rats high dietary levels of ground soybeans. Because this finding occurred both in rats fed ground GTS and in rats fed ground parental-line soybeans, it was not considered to be related to genetic modification. ». Bien sûr, là, je suis assez circonspecte parce que je ne suis pas scientifique et il y a forcément des termes qui m’échappent, donc c’est difficile d’avoir un avis absolument tranché.
Ensuite, en suivant les liens donnés, j’ai eu quelques surprises. On a l’impression par exemple que de multiples documents viennent affirmer la toxicité des OGM. En suivant les liens, je me suis aperçue qu’en fait, tout tourne toujours autour de deux ou trois mêmes études (contestées par le reste de la communauté scientifique mais c’est tellement nébuleux que à part de la confusion, ça ne m’a pas apporté de réponse et je n’ai pas réussi à me faire d’opinion entre complot mondial d’un côté et excès de diabolisation de l’autre), qui sont reprises à l’infini par les anti-OGM. Les liens renvoient aussi très souvent à des articles de journaux étrangers qui utilisent les mêmes sources sans jamais les mettre en doute (alors que, quand tout ce qu’on trouve est sous-tendu par une idéologie, même sympathique à priori, cela devrait être questionné, me semble-t-il, que ce soit dans le domaine économique, politique ou environnemental). Là encore, la plupart des liens renvoient vers des organisations écologistes (dont la composition des comités scientifiques prêtent parfois à rire en plus), anti-OGM par principe et quand on essaie de voir sur quoi elles se basent, c’est le flou le plus total, toutes reprenant mot pour mot les mêmes phrases toutes faites censées être basées sur ces mêmes études contestées qui tournent en boucle. Pour moi, tout cela n’est donc pas totalement convaincant même si c’est troublant.
Mais le pire, c’est que les agriculteurs m’ont l’air bien trop passifs pour que ce soit honnête. On m’explique que l’hormone laitière est super dangereuse et provoque énormément de problèmes de mammites et là, j’avoue que je ne comprends pas bien les agriculteurs américains. Seraient-ils plus stupides que tous les agriculteurs autour de moi, qui quand ils sont déçus par un produit en changent ? Pareil pour les OGM. On ne parle pas de machines-outils hyper coûteuses qui prennent des années pour être rentabilisés. Lorsqu’un agriculteur n’est pas satisfait de la semence qu’il a utilisée, il en change (cela fait bien longtemps que la plupart des agriculteurs rachètent tous les ans leurs semences dans les pays occidentaux), donc cette idée qu’il soit difficile de revenir en arrière dans le cas des OGM, j’avoue que j’aurais besoin de beaucoup plus d’arguments pour être convaincue qu’une simple affirmation. Les agriculteurs indiens pourraient très bien revenir à des semences traditionnelles moins chères. Pourquoi s’obstinent-ils à semer ces plantes (et même de plus en plus nombreux, semble-t-il) s’ils voient qu’elles n’apportent pas plus de bénéfices que d’inconvénients à leurs voisins qui les utilisent ? S’il y avait tant de problèmes, serait-ce économiquement viable ? Le produit ne disparaîtrait-il pas de lui-même ? Cela fait pourtant des années que ces semences sont utilisées. Voilà des questions que je me pose à la lecture de ce livre. Au moins, les quelques pages qui expliquent pourquoi les résultats du Roundup-ready ne sont pas miraculeux sont probablement les seules qui ne m’ont pas fait sursauter et je les ai même trouvées très convaincantes (ça fait quand même seulement une dizaine de pages sur l’ensemble) sauf que finalement, c’est une cause plus politique que technique qui explique leur échec (le maïs s’est effondré à l’exportation en raison du rejet européen). Donc, globalement, plus j’avançais dans ma lecture et plus j’étais sceptique. Le problème, c’est qu’à force d’accuser chaque chose et chacun de tous les maux, ça finit par paraître un peu trop pour être honnête. Ainsi, dans le chapitre sur le brevetage du vivant, les agriculteurs américains sont présentés comme de pauvres victimes innocentes. Alors là, je veux qu’on me les présente. Un agriculteur qu’on oblige à signer quelque chose contre son gré, c’est une espèce rare qu’il faut exposer. Les agriculteurs occidentaux sont aussi des chefs d’entreprise qui savent en général faire jouer la concurrence et s’ils signent ces contrats, encore une fois, c’est qu’ils y trouvent certainement leur compte d’un point de vue économique. Que l’on puisse reprocher des abus à l’entreprise, certainement, mais qu’on le fasse au moins avec honnêteté. Même quand la journaliste dénonce les méthodes odieuses de l’entreprise en cas de litige avec ces agriculteurs, on commence par s’insurger devant des cas de toute évidence scandaleux, avant que ça devienne vite n’importe quoi. Sur cinq exemples d’agriculteurs abusés, deux sont d’une mauvaise foi totale. Ainsi le témoignage le plus intéressant qui montre bien des pratiques peu reluisantes et qui est en soi très efficace est gâché par d’autres qui font rire tellement ils sont maladroits. Ainsi, un certain Mitchell Scruggs garde des semences OGM Monsanto pour l’année suivante (contrairement au contrat qu’il a accepté de signer) car il trouve ça cher et pour des raisons idéologiques. Si c’est trop cher et qu’il refuse le principe de ne pas garder ses semences, qu’est-ce qui l’empêchait de semer uniquement des non-OGM ? (D’autant que 25% de ses semences sont encore conventionnelles) Ne sait-il pas que Monsanto a des concurrents très bien positionnés qui se feraient certainement un plaisir de lui vendre d’autres semences, qu’elles soient OGM ou pas ? Et en plus, ça lui ferait les pieds à Monsanto de perdre son marché. Ca, c’est un mystère qui n’est pas vraiment résolu dans ce livre. Personnellement j’ai deux pistes, idiotie ou malhonnêteté mais faute d’indice... Donc, Michael préfère tricher avec la plus parfaite mauvaise foi et est fort surpris d’être poursuivi en justice.
J’ai en fait parfois eu le sentiment qu’on essayait quasiment de me manipuler en faisant vibrer la corde sensible plutôt que mon cerveau. Un comble pour un ouvrage qui se veut dénonciateur. Dans le fond, je trouve que le vrai problème, ce n’est pas Monsanto mais c’est la FDA, dont le mode de fonctionnement est certes contestable, et le principe même du lobbying qui n’est pas l’apanage de Monsanto, loin de là, fait beaucoup de dégâts. Pour le reste, j’ai beaucoup de doutes, la démonstration me semblant trop être un mélange de théorie du complot et d’écologie de comptoir. Souvent, Monsanto est coupable là où il me semble que ce sont plutôt des Etats et leur politique ultra libérale qui sont responsables des abus. Je n’ai finalement pas le sentiment d’avoir appris grand-chose sur Monsanto. Mais ici, il s’agit d’ailleurs surtout d’une attaque contre ses produits et surtout les OGM. Certes, c’est une entreprise cynique dont les pouvoirs sont trop délayés pour que quiconque soit responsable. Certes, ils tentent de mettre en place des choses inacceptables, mais n’est-ce pas aux pouvoirs publics de jouer leur rôle alors ? Certes, les discours scientistes et béatifiants à base de « on va sauver le monde » d’une entreprise dont le premier objectif est le profit sont assez risibles. En dehors du gros scandale des années 70 (là, on est vraiment dans l’infâme), certaines choses sont encore inacceptables mais rien de ce qui est dans ce livre ne me semble effroyable au point de justifier un tel déchaînement.
Sur le fond, je ne sais donc pas trop ce que vaut ce livre faute de capacités scientifiques pour le décortiquer plus avant. Sur la forme, je le trouve souvent sujet à caution et il y a trop de points qui m’ont semblés aberrants pour que je puisse accepter le reste sans plus de preuves que des témoignages (comme pour les maïs ‘monstres’ du Mexique). Le problème ici, c’est que s’il y a démonstration de réels dangers, ils sont noyés dans la masse du flou artistique et des imprécisions (le mélange des causes de tout ce qui est dénoncé pour l’Argentine et l’Inde* –je me suis demandée à plusieurs reprise ce que Monsanto venait faire dans ces histoires - serait presque risible si ce n’était une enquête censée être sérieuse) et au bout d’un moment, je me dis que si elle se trompe sur un point, elle peut aussi bien se tromper sur tout et que si ce n’est pas le cas, comment savoir ce qui est vrai ou pas ? Dans le doute, je vais donc m’abstenir de prendre ce livre au sérieux. J’ai en fait surtout appris que la surproduction agricole est un problème (c’est déjà arrivé avant les OGM), que les gros exploitants argentins se comportent très mal vis à vis des petits paysans locaux et que le surendettement et l’usure en Inde sont très importants. Que cela soit directement lié à Monsanto me semble plus sujet à caution.
Je ne regrette pourtant pas ma lecture. Cela me permettra d’aborder désormais les documentaires télévisés avec beaucoup plus de circonspection. En regardant le documentaire filmé, je dois reconnaître que je n’aurais certainement pas eu le même regard critique. Lire un témoignage n’a pas le même impact que voir une sympathique victime en vrai et on n’a pas le temps de s’arrêter pour réfléchir vraiment à ce qu’on a entendu et à en percevoir les limites. Avec un livre, on est moins dans la compassion immédiate ou l’émotion et plus dans la réflexion.
Un peu de démagogie pour terminer : merci à mes parents agriculteurs de m’avoir expliqué il y a fort longtemps qu’il ne faut pas boire de Roundup.
Merci à Babelio et Arte pour l'envoi du livre.
* Pour les suicides des agriculteurs indiens, une étude (publiée après l’enquête de Marie-Monique Robin) semble conclure qu’ils ne sont pas particulièrement liés aux OGM, même si les conclusions n’excluent pas totalement certains cas. Comme elle parait assez honnête, je donne le lien: http://www.navdanya.org/news/IFPRIDP00808.pdf.


si une personne de 60 kg avale 240 grammes de sel, elle meurt aussi
Aeuh... j'ai déjà vu des chiffres nettement inférieurs, genre quelques grammes par jour, pas plus qu'une cuillerée (à sucre ou à soupe, je ne sais plus, mais c'est un autre ordre de grandeur)... Je vais me renseigner!
J'ai aussi envie de vous suivre sur l'argumentation "portrait-charge": même si on est du même avis que l'auteur, ça peut agacer à la longue. Monsanto est par ailleurs évoqué dans un vieux truc de Jeremy Rifkin, "Le siècle biotech", soucieux de faire la part des choses.
Voilà, promis, j'arrête de monopoliser ton blog.
Tu sous-entendrais qu'elle est un peu mégalo?
Malgré quelques accusations qui je pense ne devraient pas viser Monsanto mais l'Etat, j'ai trouvé ce livre très instructif. Alors oui, ca joue un peu sur la corde sensible mais je pense que le manque de rigueur scientifique se retrouve dans les deux camps et que personnellement, à défaut de preuves tangibles, je préfére adopter le principe de précaution.
Concernant les OGM par exemple, j'appuie totalement le moratoire en vigueur et j'apprécie que le Monde selon Monsanto permette une prise de conscience large des "possibles" (et là ok, l'auteur pourrait plus parler au conditionnel) effets à long terme. Mais comme toujours, il faut du sensationnel pour que la communauté internationale ou l'opinion publique se bouge. Je prends pour exemple le Protocole de Montréal qui a été signé grâce à des études un peu alarmistes sur la couche d'ozone mais qui a eu de grands effets positifs par la suite.
Bon, je ne vais pas faire un commentaire aussi long que ton billet ;-) Mais voilà, à mon avis ce livre vaut la peine d'être lu et tout n'est pas à rejeter, loin de là, dans l'étude de Marie-Monique Robin. Même si elle tente parfois d'appuyer ses arguments de manière trop subjective, son étude est à mon avis un important travail de recherche (mais je sais que ce terme va t'ennuyer) ;-)
Pour la rigueur scientifique, je n'ai rien trouvé (ni dans le livre de Robin, ni ailleurs) qui permette d'affirmer qu'il y a un manque de rigueur scientifique du côté des pro-OGM, donc pour moi, jusqu'à preuve du contraire, je soutiens les scientifiques lorsqu'ils ne sont pas de parti pris. Ça ne veut pas dire qu'on doit absolument accepter les OGM absolument mais au moins, que l'on admette que ce sont des raisons politiques ou idéologiques qui sont en jeu me semblerait déjà plus acceptable. Le moratoire n'est pas adopté pour des raisons scientifiques (on va systématiquement à l'encontre de l'avis des commissions scientifiques). En plus, c'est super hypocrite (la politique dans toute sa spendeur) de refuser de planter ce qu'on a le droit de manger puisque apparemment ces produits Monsanto ne sont pas interdits à la consommation.
D'ailleurs, c'est une des choses qui me gêne peut-être le plus dans ce livre. Officiellement, c'est un livre contre Monsanto mais finalement, tout le monde ne parle que des OGM en général alors que d'autres groupes bien plus puissants comme Bayer en font aussi.
Et le problème de l'alarmisme, c'est que ça fait aussi faire des bêtises. Les dangers du DDT étaient réels mais l'interdiction totale est une catastrophe pour les africains alors que bien utilisé, il permettrait de lutter contre le paludisme parce qu'il n'existe hélas pour le moment pas de produit moins dangereux qui le permette. Rien n'est tout blanc ou tout noir. Et les bonnes intentions tuent aussi. Et puis, d'un point de vue de la déontologie du journalisme, une enquête d'investigation devrait être moins partiale à mon avis.
Je suis pour le principe de précaution comme l'a prévu l'Europe en 2000: (source wikipedia)
- la mise en œuvre du principe devrait être fondée sur une évaluation scientifique aussi complète que possible. Cette évaluation devrait, dans la mesure du possible, déterminer à chaque étape le degré d'incertitude scientifique ;
- toute décision d'agir ou de ne pas agir en vertu du principe de précaution devrait être précédée par une évaluation du risque et des conséquences potentielles de l'absence d'action ;
- dès que les résultats de l'évaluation scientifique ou de l'évaluation du risque sont disponibles, toutes les parties intéressées devraient avoir la possibilité de participer à l'étude des diverses actions envisageables.
Je trouve la loi française trop imprécise. Mais le risque zéro n'existe pas. On ne peut démontrer l'innocuité d'aucun produit (d'ailleurs je risque ma vie tous les jours en mangeant du fromage au lait cru mais c'est tellement mieux) et l'agriculture a forcément un impact sur l'environnement, quelle qu'elle soit (d'ailleurs, je me suis un peu renseignée sur la bouillie bordelaise qui est une belle saleté elle aussi). J'aimais bien les coquelicots dans les champs de mon enfance mais je dois dire qu'égoïstement, je suis bien contente que mes parents aient préférer me permettre une autre vie plutôt que garder les coquelicots. Enfin, c'est sûr que les agriculteurs de la génération de mes parents sont aujourd'hui conscients que tout ce qu'ils ont balancé inutilement sur les cultures était du gâchis (autant économique qu'écologique). Moi, je suis pour que les petites indiennes et les petites africaines puissent avoir cette opportunité aussi.
Ma réponse doit être aussi longue que ton commentaire.
Quant aux hormones, au-delà des risques sanitaires (je ne sais pas ce que disent les études), je n'en voudrais pas parce que c'est tout simplement pas terrible comme résultat au goût, un peu comme les poulets en batterie. Je suis trop habituée à manger de la très bonne viande (car contrairement à l'idée répandue, beaucoup d'agriculteurs pensent qu'on peut être productiviste (enfin il y a des limites) et faire de la qualité aussi).
Je trouve ça fatigant qu'à l'heure actuelle, il soit quasi-impossible de se trouver face à des informations fiables, impartiales. Il faut toujours se méfier de tout... On m'a prêté le documentaire (filmé, donc), je le regarderai avec vigilance, et intérêt (grâce à toi qui me défriches un peu le terrain !).
Sinon, je suis d'accord, asséchons les rivières ! ;-)
Pour les rivières, les vider ne suffit pas, tu n'y songes pas, c'est super dangereux une rivière vide! Il faut les remplir de tapis de mousse pour amortir les chutes en plus. Et encore, je n'ai pas osé parler du danger des piscines à cause des lobbys.
voici deux liens sur le round up et ses conséquences :
http://www.lesmotsontunsens.com/ogm-faucheurs-au-secours-agriculteurs-americains-mauvaises-herbes-4229 et http://inventerre.canalblog.com/tag/Roundup
c'est comme la résistance aux antibiotiques ou les mutations des virus ... la nature s'adapte à ce que nous lui imposons (ici le round up) ... c'est l'escalade qui m'inquiète sur le long terme...
Sur le fond, je trouve normal de s'intéresser aux conséquences à long terme d'un produit (le roundup est commercialisé depuis 1975, on a du recul tout de même). Si en effet on voit des résistances apparaitre qui posent des problèmes, il faudra agir (cela dit, si ça pose des problèmes économiques insolubles aux agriculteurs comme dit dans l'article, il ne sera plus utilisé bien avant d'avoir été interdit) mais pour la résistance aux antibiotiques par exemple, ce n'est pas parce qu'on a constaté son existence qu'on a interdit tous les antibiotiques qui apportent encore plus de bénéfices pour la santé que de problèmes, on a juste commencé à faire plus attention à leur utilisation, ce qui est bon pour la santé, le trou de la sécu (enfin ça devrait) et mon cerveau puisque j'ai appris la différence entre une bactérie et un virus. Est-ce que ces résistances sont locales sur certaines espèces ou posent-elles globalement problème (je n'ai rien lu de tel sur une revue agricole française par exemple)? Ce sont des questions qui m'intéressent mais je ne panique pas pour autant et pourtant des proches sont concernés au premier plan. Après, si on me disait que le roundup n'a absolument aucune conséquence sur rien, je serais tout aussi sceptique.
J'ai vu une vidéo - via un lien - sur une étude se déroulant en italie sur les OGM. Les chercheurs expliquaient qu'au bout de deux ans d'alimentation aux OGM, les souris présentaient de nombreuses mutations d'organes. cette étude n'a pu se poursuivre car l'état italien leur aurait coupé les subventions. c'est vraiment étrange.
Tu dois penser à l'étude de Malatesta. Les détracteurs de cette étude disent qu'elle n'est pas valide scientifiquement parce que contrairement à ce qui est annoncé dans le reportage, il ne s'agit pas d'une répétition de l'étude de Monsanto et la méthodologie est très douteuse (les lignées des soja utilisés dans les deux groupes -en plus dans l'expérience de base il y a 3 groupes - sont différentes et que donc, on ne peut rien en conclure d'un point de vue toxicologique - je ne prends qu'un petit argument mais il y en a d'autres qui sont avancés). Et vu le prix des études, il ne me semble un peu anormal qu'une université arrête les frais, si elle n'a pas de conclusions publiables au bout de 2 ans. Je suis bien incapable de dire qui a raison mais j'ai des doutes sur l'honnêteté intellectuelle de quelqu'un qui fait un reportage de 400 pages sans même faire allusion à ces doutes sur la méthodologie. Elle aurait au moins pu demander à l'université mise en cause son avis sur la question. C'est vraiment le genre de choses qui m'a exaspéré dans ce livre.
Le problème, c'est qu'il n'y a plus débat parce que tout le monde finit par se raidir et on arrive tout de suite aux quasi-insultes de part et d'autre à cause de tout ce battage et c'est celui qui parle le plus fort qui a raison. Je trouve ça beaucoup plus malsain pour notre société que tout ce que pourrait faire Monsanto en fait :-)
Enfin mes parents sont un peu des fachos, vu qu'ils m'ont aussi interdit de mettre les doigts dans les prises de courant et plein d'autres trucs.