Tom Jones - Fielding

Publié le 16 Avril 2008

Histoire de Tom Jones

De Henry Fielding



Tom Jones est abandonné par sa mère et élevé par le bon mais naïf M. Allworthy. Amoureux de Sophie Western mais victime de ses faiblesses et discrédité aux yeux de son bienfaiteur par l’hypocrite M. Blifil, le neveu de M. Allworthy, il doit quitter sa vie confortable et partir sur les routes.

 

Quatrième de couverture : Tom Jones, enfant trouvé élevé par un châtelain, et amoureux de Sophie, rencontre de nombreuses aventures, de la campagne à la ville et au bonheur. Le roman est un vaste panorama de l'Angleterre au XVIIIe siècle. Il se place dans la tradition de la satire, à la suite de Gulliver de Swift et de L'Opéra du gueux de John Gay, mais aussi de Molière et de Cervantès : l'auteur ne veut pas seulement nous amuser, il défend une morale philosophique et chrétienne, tout en rejetant le conservatisme. Il se rattache à la philosophie de la liberté de Locke. Fielding renouvelle le roman d'aventures et de mœurs en le nourrissant de sa culture, qui va du roman gréco-romain aux picaresques espagnols et à Manon Lescaut. Il s'agit, et c'est ce qui en fait la gloire, d'une " épopée comique en prose ", comme le dit l'auteur lui-même. 

 


    Dans cette comédie de mœurs, le propos de Fielding est clair, il s’agit d’édifier tout en amusant. On sent d’ailleurs par rapport à sa propre œuvre, à travers les commentaires qu’il fait lui-même sur l’écriture dans certains chapitres, un certain recul qui est tout à fait agréable. Si le sujet qu’il traite est sérieux, la façon dont il est traité est, elle, légère et très ironique. La morale d’époque n’est pas pesante car en fait, à travers  cette histoire, Fielding s’attaque à l’hypocrisie plus qu’à l’absence de morale. Tom Jones n’est pas un héros parfait : pour le milieu du XVIIIème siècle, son libertinage est coupable mais il n’est pas fondamentalement mauvais par rapport à d’autres personnages qui n’ont que l’apparence de la vertu car lui n’est jamais dans le calcul. Il pêche uniquement par excès d’enthousiasme et de spontanéité. Cela le rend si attachant qu’on a plaisir à suivre ses aventures, malgré ses légers défauts qui l’entraînent toujours plus loin vers sa chute. Sur sa route, il va rencontrer toute la « nature humaine » sous la forme de la bêtise, de la jalousie, de l’extrémisme, de médecins, voleurs, aubergistes plus ou moins honnêtes, menteurs et hypocrites. 

    Ce roman est donc une satire qui s’attaque à cette « nature humaine », comme l’affirme l’auteur dans une de ses très nombreuses digressions. Celles-ci pourraient faire peur (Fielding a l’honnêteté d’avertir le lecteur dès les premières pages) mais elles ne ralentissent pas le récit et apportent plutôt une certaine richesse au roman qui, du coup, est très loin de se limiter à une histoire sentimentale. A aucun moment, mon attention n’est retombée et je dois dire que le retournement de situation final m’a particulièrement réjoui. L'écriture est également belle et fluide.

    J’ai également aimé les personnages, pas toujours nuancés à priori (les serments d’amour sont toujours très emphatiques, avec menace de mort par chagrin d’amour et autres), mais toujours intéressants et souvent amusants. Mr Allworthy et sa bonté un peu naïve, Mrs Bellaston, très soucieuse de son image, Mr Blifil et sa flagornerie, sont tous des personnages marquants. Même Sophie, seul personnage qu’on pourrait qualifier de parfait n’est pas monolithique (voyager seule de nuit sans s’évanouir dénote une certaine forme d’indépendance voire de courage coupable !). Le ridicule et superstitieux Partridge est un élément comique indéniable, tout comme le vulgaire et tyrannique Squire Western qui aime autant sa fille que son chien préféré (il a l'art du compliment!).


   Bref, c’est très agréable à lire. Fielding se réclame de Cervantès que j’ai déjà envie de lire depuis longtemps mais aussi des philosophes grecs et latins. Ce roman m’a aussi permis de tourner mon regard vers Manon Lescaut et Le Paysan parvenu, que je ne connais que de nom.


    En outre, comme de nombreux fans, j’en voulais à Francis Ledoux pour sa traduction du Seigneur des Anneaux, mais j’ai énormément apprécié l’écriture de celle de Tom Jones.

Rédigé par Isil

Publié dans #Livres - Les classiques

Commenter cet article

yueyin 17/04/2008 00:09

Cela fait un petit moment que j'ai envie de lire Tom Jones, ton billet confirmle :-) Tu sais qu'il a été longtemps considéré comme un livre limite amoral à ne pas mettre entre toutes les mains (ni trop jeune ni trop féminine si j'ai bien compris ;-))...

Isil 17/04/2008 08:45


Si tu le lis (ce que je conseille vivement), tu comprendras pourquoi! Tom Jones est effectivement un personnage qui a une vie sexuelle assez débridée et ça va loin
alors si on commence à parler sexualité à des femmes, où va-t-on? ;o)) Pour finir de te persuader, vas lire le billet d'Emjy qui a aussi aimé.


emjy 16/04/2008 17:26

Les grands esprits se rencontrent ... :)
Je suis d'accord avec tout ce que tu as dit !
Sinon, tu as raison de vouloir découvrir Manon Lescaut. C'est un roman que j'ai beaucoup apprécié (je l'ai lu en DEUG)

Isil 16/04/2008 19:35


N'est-ce pas?!! J'ai remarqué sur ton blog que tu avais beaucoup aimé Tom Jones toi aussi.
Ce sera ma prochaine bonne résolution: lire plus de classiques français que je connais finalement assez peu.