Juvenilia - Austen

Publié le 4 Décembre 2007

Juvenilia

De Jane Austen


 
Courts romans, contes, pièces de théâtre, poésie…

 
Quatrième de couverture : Les Juvenilia regroupent des textes composés lorsque Jane Austen était encore adolescente. Certains, comme Catherine, préfigurent les romans de la maturité, tandis que d’autres, à l’image d’Histoire d’Angleterre, laissent surtout s’exprimer librement un goût de la dérision, de la parodie et même de l’absurde. A la lecture des Juvenilia, l’on s’étonne du sens de l’humour et de la lucidité de cette si jeune fille. Ces œuvres, moins connues et plus spontanées, permettent de mieux saisir les qualités d’un écrivain subtil et secret.
Née à Steventon en 1775, Jane Austen est la benjamine d’une famille de huit enfants. Très tôt, suivant l’exemple familial, elle se met à écrire et s’oriente vers le récit sentimental. Dès 1795, elle commence Elinor et Marianne, première version de Raison et Sentiments. Puis First Impressions, qui connaîtra le succès sous le titre d’Orgueil et préjugés.
 
 

Ce livre recueille les premiers écrits de Jane Austen. Ce sont des textes courts, souvent inachevés qui montrent l’évolution de l’auteure. Toute jeune déjà, elle fait la démonstration de son humour, ici parfois à la limite de l’absurde ou de l’humour noir même.
En lisant son Histoire de l’Angleterre, je n’ai pu m’empêcher de penser à ce qu’Austen fait dire à Catherine Morland dans « Northanger Abbey » à propos de l’histoire. C'est aussi dans cette Histoire très décalée que Jane Austen montre le plus ses qualités comiques.
 
Ce n’est certes pas encore de la grande littérature, mais ces écrits sont parsemés de formules particulièrement brillantes et souvent amusantes :
« Où diable êtes-vous allé chercher pareilles inepties, Edward ? Je vous soupçonne d’avoir abusé des romans. »
 
« La silhouette parfaite, la beauté de son visage et les manières élégantes de Lucy lui gagnèrent si bien le cœur d’Alice, que lorsque les jeunes filles se séparèrent, seulement après le souper à vrai dire, celle-ci l’assura que mis à part son père, son frère, ses oncles, ses tantes, ses cousins et ses amis, Lady Williams, Charles Adams et quelques douzaines d’autres personnes, il était en ce monde peu d’êtres qu’elle aimât autant qu’elle. »
 
 « Ce n’était qu’une jeune fille bonne, civile et obligeante, rien de mieux, et comme nous ne pouvions guère la détester, nous nous contentâmes de la mépriser. » (Écrit alors qu’elle n’avait que 15 ans).
 
Et Jane Austen se moque déjà du romantisme et de la passion amoureuse :
 « - Les vivres, la boisson ! répliqua mon ami avec un mépris tout empreint de noblesse. Seriez-vous donc incapable d’imaginer qu’une âme aussi élevée que celle de ma Laura puisse trouver d’autre réconfort que dans des occupations aussi grossières et aussi pitoyables que le boire et le manger ?
-Je ne connais soutien plus efficace, répondit Augusta. »
 
Ce qui revient en permanence dans tous ces textes, c’est le peu d’illusions qu’Austen entretient sur le mariage du 19è siècle. Il y est très peu question d’amour mais beaucoup d’intérêt et peut-être plus encore de vanité. La grande majorité des héroïnes de ces récits sont d’ailleurs loin des grandes héroïnes austeniennes. Elles ressemblent plus à une Lucy Steele de « Raison et sentiments » ou une Isabella de « Northanger Abbey » qu’à Elizabeth Bennett ou Elinor Dashwood. Les romans épistolaires permettent d’avoir des récits en grande partie vus par les yeux de ces personnages, regard très décalé et amusant entre ce qu’elles pensent d’elles-mêmes et l’image qu’elles renvoient au lecteur comme aux autres personnages. C’est déjà très habilement fait pour une si jeune personne.
On assiste aussi à l’évolution vers une écriture plus belle, plus proche de ses futurs chef-d’œuvres. Dans « Catherine ou la Charmille », on commence à apercevoir une des grandes qualités de Jane Austen, la justesse de ses portraits : « Naturellement dotée d’un bon caractère mais privée de l’aide qu’apporte la réflexion, elle n’avait point de patience devant l’adversité et ne pouvait non plus sacrifier son caprice au bonheur d’autrui. Elle ne songeait qu’à son élégance, à ses robes, à la mode et à l’admiration qu’elle désirait exciter grâce à ces artifices. Sans lire, elle professait un grand amour pour les livres, elle était gaie sans avoir d’esprit et généralement de bonne humeur sans le moindre mérite. »
 
Même si j’ai moins été touchée par les lettres (fausses évidemment) elles ne sont pas dépourvues de qualités. Les autres écrits, poèmes et prières sont moins intéressants. Les commentaires sur deux de ses romans sont intéressants car montrent comment son entourage réagissait à la publication de ses écrits. 
 
Cette lecture est à réserver aux passionnés d’Austen mais ceux-ci devraient prendre beaucoup de plaisir à découvrir ces écrits (à condition de ne pas s’attendre à une très grande œuvre littéraire).

Rédigé par Isil

Publié dans #Livres - Les classiques

Commenter cet article

Lou 25/05/2009 14:58

Mmh je viens de voir dans l'intro qu'il s'agit d'une sélection. Mouarf... bon je devrais bien trouver les textes qui me manquent sur le net, non ? J'attends la liste des titres quand tu auras un peu de temps pour me la communiquer :)

Isil 25/05/2009 20:21


Dès que je peux. je pourrai même te prêter le livre.


Lou 25/05/2009 12:54

Je viens de recevoir la VO mais je ne sais pas si tous les textes sont bien présents. J'ai : Love and Friendship, Lesley Castle, The history of England, A collection of letters, the three sisters. ça correspond à ton édition aussi ?

Isil 25/05/2009 14:49


Je n'ai pas le livre sous les yeux. Je ne me souviens pas de "The three sisters". Je te
repréciserai les titres quand je le récupère. Il me semble qu'il y a plus que celà. Il y a des poèmes et des commentaires
sur Emma et Mansfield Park.


Naïk 06/12/2007 22:45

A lire en dernier donc ? Je vais d'abord continuer à lire les romans les plus "connus". Merci Isil !

Isil 08/12/2007 11:36

Tu as tout compris! C'est un ensemble de textes disparates, souvent inachevés. Intéressant mais pas le meilleur de l'auteur.

Emeraude 05/12/2007 20:45

A lire ton article, j'ai l'impression que ça doit être intéressant quand on est déjà bien connaisseur de l'oeuvre de Austen, non ?

Isil 08/12/2007 11:34

Oui. C'est très intéressant et j'ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture mais on est quand même très loin de ses chef-d'oeuvres.

Karine 04/12/2007 13:43

Je n'en ai jamais entendu parler non plus! Comme je suis fan d'Austen, je lirai probablement si je réussis à mettre la main dessus!!! Je sais maintenant à quoi m'attendre!

Isil 08/12/2007 11:26

Il n'est pas si difficile que cela à trouver. C'est une sortie assez récente et une maison d'édition connue (Bourgois). Bonne lecture.